‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 3 sur 30 · T. PLAN PROVIDENTIEL · texte numérisé non relu

T. PLAN PROVIDENTIEL

N'est-ce pas une croyance primitive et uni- Ycrselle, que le Créateur, dont la sagesse toutepuissante a si admirablement coordonné toutes les parties de ce monde, continue d'en prévoir et gouverner tous les événements, jusques aux moindres, et qu'il préside notamment à la fondation des empires, ainsi qu'à leurs révolutions? C'est la foi de tous les peuples; c'est l'enseignement de toutes les pages des livres saints, comme le montre si bien Bossuet dans son magnifique Discours sur l'histoire universelle ; c'est la première de toutes les leçons que Dieu nous donne par ses prophètes, en leur faisant annoncer avec tant de précision ce qu'il se proposait d'accomplir dans l'avenir.

Or, quelle est la grande promesse qui ressort de toutes les divines prophéties et qui se retrouve dans les traditions premières de tous les peuples, comme l'espérance suprême du genre humain déchu? N'est-ce pas celle d'un Réparateur, qui doit réconcilier l'homme avec Dieu? N'est-ce pas l'établissement d'un immense empire, qui ramènera l'âge d'or sur la terre et qui n'aura point de fin? Cette attente générale des

nations, avant Jésus-Christ, est un point d'histoire reconnu même par les incrédules les plus hostiles à la révélation ' . La Chine et tout l' Orient attendaient le Libérateur devant venir de l'Occident ; la Grèce et Rome l'attendaient de l'Orient : Tacite et Suétone l'ont constaté dans leurs histoires % et la magnifique églogue de Virgile à Pollion n'a pas de sens raisonnable, si l'on n'y voit la poétique expression des traditions populaires de cette époque ' :

Magims ab integro sœclorum nascitur ordo

Tu modo nascenti puero, quo ferrea primum Desinet, ac toto surget gens aurea mundo, Gasta, fave, Lucina.

Egl. IV.

Nos livres saints n'ont-ils donc pas pour eux toute raison, toute sagesse, toute autorité, quand ils nous montrent Dieu dirigeant tous les grands mouvements des peuples, selon le plan qu'il a tracé dès l'origine, et subordonnant tous les événements à sa propre gloire , à l'avènement du Rédempteur, à l'établissement de son Église, enfin aux décrets invariables qu'il a

' Études sur le Christianisme, par A. Nicolas, t. H, liv. Il, ch. IV.

' Tac., Hist., liv. v, ch. xiii. — Suét., in Vespas. ^ Études sur le Christ., id., ch. v.

portés pour le bonheur temporel et éternel du genre humain ?

Qui pourrait refuser d'admettre, avec ces mêmes livres saints, avec tous les docteurs de FÉgiise, avec les hommes les plus éminents des siècles éclairés , que dans ce plan divin Jésus- Christ est le centre universel, vers lequel gravitait tout l'ancien monde, et duquel le nouveau découle tout entier, j usqnes aux siècles à venir les plus reculés? qu'il est l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier mot de tout * ? que tout a été fait pour lui % et que rien ne saurait être jamais fait sans lui? qu'il est et sera, suivant ses propres expressions, la voie, la vérité et la vien

Quant à l'empire universel qu'il devait fonder, c'est-à-dire son Église, peut-on nier qu'il n'occupe la première place, dans les desseins providentiels, entre tous les royaumes de la terre ? c( C'est l'empire des saints du Très-Haut, s'écrie Bossuet ; c'est l'empire du Fils de l'Homme ; empire qui doit subsister au milieu de la ruine de tous les autres, et auquel seul l'éternité est

* Ego sum alpha et oméga, primas et novissimus, principium et finis. (Apoc, xxii^ 43.) ^ Omnia per ipsmii facta sunt, etc. (Joan., i, 3.) ' Ego sum Yia, \eritas et vita, (Id., xiv, 6.)

promise. » {Hist. univ.^ iif part., Révol. des Emp.)

Comprenez-vous que le triomphe de cette Eglise est le but principal du Créateur, non-seulement au point de vue du salut des âmes et des fins éternelles, qui l'emportent à ses yeux sur toutes les choses terrestres , sur toutes les institutions politiques, sur tous les intérêts matériels, sur tout ce qui doit finir, mais encore au point de vue temporel, parce que le Rédempteur, étant la vraie lumière du monde et la vie des âmes, a seul reçu mission pour élever l'humanité à la perfection de sa nature et pour la conduire au terme surnaturel de sa destinée? Jésus-Christ est vraiment la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde \ et il est Tunique voie qui conduit au but -. Nul n'a la vie que par lui , et nul ne sera sauvé que par son nom ^ Le genre humain n'a pas d'autre espérance ', les oracles divins sont incontestables.

Jésus-Christ est envoyé par son Père pour re-

' Erat lux vcra qiisp illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. (Joan., i, 9.)

' Nemo venit ad Patrem, nisi per me. (kl., xiv, 6.)

' Non est in alio aliquo salus. Nec onim aliud nomen est sub cœlo datum hominibus , in quo oporteat nos aivos fieri. (Act., iv, 12.)

* In nomine ejus gentes sperabunt. (Matth., xn, 51.)

lever par lui-même et par son Eglise rhumanité déchue ', pour lui enseigner toute vérité , pour lui faire pratiquer toutes les vertus, pour lui communiquer toutes les grâces dont elle a besoin, pour l'entraîner dans une voie nouvelle, dans celle du vrai progrès et de la véritable gloire *, et surtout pour l'élever par une action surnaturelle à sa fin céleste '\ Ne pensez pas que ce soient là de vaines spéculations : ici tout est vrai, réel, effectif; Dieu ne trompe jamais. Le Verbe est venu en personne, il s'est incarné; les hommes l'ont vu, l'ont entendu, l'ont touché de leurs mains ; il leur a donné l'exemple avec le précepte, et la force pour l'accomplir; il a établi des sacrements qui produisent la grâce avec une efficacité divine; il s'est livré luimême, par un prodige inouï d'amour, dans la sainte Eucharistie, en faisant de sa propre chair la nourriture de ses disciples, et en étendant ainsi à toute créature de bonne volonté le mystère de son incarnation. Qu'est-ce, en effet, que l'Eucharistie, si ce n'est la présence réelle et permanente de Jésus-Christ , sur tous les points

* Ego sum resurrectio et vita. (Joan., xi, 25.) ' Ego veni ut vitam habeant et abundantiùs habeant. (Id., X, 10.)

^ Ego vitam œternam do eis. (ïd., 28.)

de la terre et dans tous les temps, agissant directement sur les âmes et sur les corps, pour y opérer la sublime transformation qui les divinise, en quelque sorte, et qui les unit dès cette vie à l'adorable Trinité? Point de figures, point d'ambages, point d'expressions détournées ; vous voyez à nu le grand mobile de la régénération humaine. Que l'esprit de l'incrédule , dans son audace, conçoive quelque chose de plus sublime et de plus touchant ! Ou plutôt qu'il renonce à une obstination coupable et à des théories mensongères, pour adorer la main qui le cherche et qui veut le sauver. La parole sacrée peut-elle être plus expresse? 11 n'y a point d'autre lumière que celle-là pour éclairer l'intelligence , point d'autre morale pour purifier et sanctifier le cœur, point d'autre vertu surnaturelle pour réformer la créature, pour la tranfigurer et pour l'élever à la hauteur où Dieu l'appelle. Jésus- Christ est l'unique foyer de la vérité, de l'amour et de la grâce. Le Père a tout restauré par lui •; il sauvera tout par lui ; et toutes les créatures, dit saint Paul , gémissent et soupirent , jusqu'à ce que cette restauration soit complète *.

* Inslaurare omnia in Christo, qua3 in cœlis, et quse in terra sunt. (Ephes., i, 10.)

' Omnis creatura ingcmiscit et parturit usqiie adhuc, (Rom., vin, 22.)

Elle est commencée depuis dix-huit siècles.

Les nations qui ont reçu l'Evangile et qui se sont attachées au char du Rédempteur, sont sorties des ténèbres et de la fange du paganisme. Elles ont marché à la tête des peuples, et maintenant elles occupent les sommets de la civilisation. Au contraire , celles qui n'ont pas encore connu ou accepté les lumières et les grâces de Jésus-Christ sont restées dans la barbarie ; elles n'en sortiront, comme nous, que par sa vertu toute-puissante; mais elles en sortiront, car l'oracle divin est formel : l'Évangile sera prêché à toutes les nations '. Nul obstacle humain ne pourra l'empêcher. Quand toutes auront entendu la voix du Fils de Dieu et que toutes auront répondu à son appel, quand il n'y aura plus <{u'un troupeau et qu'un pasteur 2, quand le monde entier, éclairé des lumières de la foi et animé par des espérances célestes, s'enflammera d'un amour surnaturel pour les vrais biens , la société catholique arrivera promptement à sa perfection, et l'œuvre temporelle de laRédempiion sera accomplie. Dans le temps marqué, après les dernières épreuves annoncées par les évangélistes , l'humanité régénérée se présen-

* Ev. S. Marc, xin, 10; xiV;, 9.

* Fiet unum ovile et unus pastor. (Joan., x, 16.)

tera aux portes de T éternité, sous la houlette du dernier successeur de Pierre ; et Jésus-Christ , tenant en main sa croix glorieuse, introduira dans le ciel tous les élus, transfigurés à son image et resplendissants de son immortelle clarté. Il les présentera lui-même à son Père, comme les fruits de son sang; et le Père, les ayant bénis avec effusion, les admettra définitivement dans son repos éternel.

Tel est le plan divin que la foi nous révèle, et que la raison ne saurait trop admirer.

On y trouve la réponse à la question fondamentale que nous nous sommes proposée :

ce Quelle est, dans cet univers, la place de Jésus- Christ et de son Église? » C'est pour le moins celle du soleil au milieu des planètes : l'astre roi en est le centre, il les dirige, il les éclaire, il les échaufie, il en est le dominateur et le bienfaiteur.

Page 1