‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 5 sur 30 · III. RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

III. RÉSUMÉ

La doctrine que nous venons d'exposer n'est point de nous : elle n'est autre que celle des prophètes, de Jésus-Christ et de ses apôtres, c'est-à-dire celle de Dieu. Voilà pourquoi nous la proposons avec confiance. Pour les chrétiens elle ne peut souffrir un doute ; pour ceux qui ne le sont pas, mais dont l'esprit impartial et élevé cherche sincèrement la vérité, elle s'offre à leur attention appuyée sur la plus imposante tradition qu'il y ait au monde, sur une tradition qui remonte aux premiers siècles, qui seule est demeurée pure quand tout était fable, qui seule s'est accordée avec les événements postérieurs, qui a été confirmée par Jésus- Christ et qu'on ne saurait nier enfin sans ébranler les bases de toute autorité historique ; elle porte en elle-même un tel cachet de vérité

qu'elle saisit l'âme au premier abord, et répond si bien à cet instinct mystérieux du bien que Dieu a mis en nous, qu'il suffit d'y réfléchir avec calme pour se sentir attiré vers un enseignement si haut et si beau. On peut en dire avec justice ce que Mgr Giraud disait de l'ensemble du catéchisme catholique : « Supposons qu'un catéchisme fut tombé sous la main d'un Socrate, d'un Platon, d'un Aristote, d'un Cicéron, ces infatigables chercheurs de vérités ; nous adjurons vos consciences de déclarer si ces grands hommes ne seraient pas restés confus d'étonnement, muets d'admiration, ravis d'un suprême plaisir de curiosité satisfaite, devant cette grande lumière soudainement levée sur eux, en présence de cette magnifique synthèse, qui explique toutes les énigmes..., qui relie si merveilleusement l'homme à Dieu, la terre au ciel, les choses du temps à celles de l'éternité! » (Mand.) Certains hommes, sans être ennemis de l'Église ou même avec une sorte de respect pour elle, se sont accoutumés cependant à la considérer comme une toute petite institution parmi les grandes et belles choses de ce monde ; c'est la place qu'on lui a faite dans leur éducation pleine de préjugés, il ne faut pas les en croire trop coupables. Mais ils n'en éprouvent pas

moins une certaine répugnance et comme une secrète jalousie à lui céder l'empire des intelligences et des cœurs j et jusqu'à un certain point l'empire de la terre et des siècles. Le clergé leur apparaît comme une ombre envahissante, et peut-être que le mot de prétentions cléricales leur revient à la mémoire. Car il est de ces mots heureux et de ces fantômes à grand effet que l'impiété a créés avec un art merveilleux, pour lui servir d'argument contre Dieu en toute rencontre.

Est-il nécessaire de faire observer aux bons esprits qu'il n'est pas digne d'eux, et qu'il est outrageant pour Dieu, de ravaler à de misérables questions de personnes la plus grande œuvre morale que la Sagesse éternelle ait opérée pour le salut du genre humain ? Ah ! qu'ils daignent s'élever au-dessus de ces vues étroites et partiales, qui rapetissent le plan sublime de l'Église à des combinaisons cléricales , à des affaires de sacristie. C'est n'avoir pas la première idée de Faction de Dieu sur l'humanité. Quand on s'honore d'aimer le vrai, le grand et le beau, on n'adopte pas sans examen les préjugés du vulgaire ; mais on se reproche jusqu'à un sourire de complicité, arraché à l'inadvertance par de vieilles plaisanteries de mauvais aloi. Et si

l'on a dans le cœur de secrètes antipathies, n'est-ce pas une raison pour se défier des jugements qu'elles inspirent? Tous nos lecteurs connaissent-ils bien ce sacerdoce dont on leur a dit tant de mal? Ont-ils suffisamment étudié son institution, son but, ses bienfaits, tout ce qu'il peut faire encore pour le bonheur des hommes ? Ce sont là des points fort graves dont l'examen n'entre pas dans notre plan, mais qu'il serait très-utile de mettre en lumière, pour achever de dissiper d'injustes préventions ; tristes souvenirs d'un siècle dont le nôtre rejette à bon droit l'héritage ! Très-certainement la plupart de ceux qui feraient cette étude passeraient bientôt de la défiance à l'admiration. Mais, pour le moment, il nous suffit de rappeler qu'en traitant la grande question de l'Église, la raison ne permet pas d'y voiries intérêts mesquins du clergé ; que Jésus-Christ met en jeu d'autres instruments que ses prêtres, pour étendre son empire sur les cœurs ; que d'ailleurs cet empire est tout spirituel et tout religieux, comme on le voit en France et dans les pays catholiques ; qu'il ne saurait effrayer aucune puissance temporelle, ni même offusquer aucune ambition laïque ; et qu'enfin son extension et son triomphe, suivant le plan que Dieu a tracé et que son Fils Jésus-

Christ exécutera infailliblement, seront pour le genre humain la plus salutaire, la plus douce, la plus aimable, la plus parfaite des transformations.

Nous adjurons les hommes de bon sens et de bonne foi de se tenir en garde contre les préjugés des époques mauvaises que la société vient de traverser. Nous autres cathoUques, qui avons eu le bonheur de nous en dégager avant eux, et qui nous sentons en pleine possession de cette vérité qu'ils cherchent encore, nous osons leur affirmer qu'ils n'ont besoin, pour devenir croyants et jouir du repos de l'esprit avec nous, que de mieux connaître la doctrine catholique et par conséquent d'étudier plus à fond les éternels principes, dont ils trouvent ici le simple énoncé. Qu'ils fassent cet essai, après tant d'autres, et bientôt ils nous serreront la main fraternellement.

Les déceptions philosophiques et les révolutions politiques n'en ont-elles pas déjà détrompé un grand nombre ? Les meilleurs esprits n'ontils pas aperçu le vide de ces systèmes mensongers, et rejeté avec dégoût ce qu'ils avaient d'abord poursuivi avec l'ardeur de l'inexpérience ? Combien de belles âmes et de nobles cœurs ont maudit les rêves panthéistes d'écri-

vains insensés, ou les jouissances matérielles de la chair et de l'argent ! La foi de leur enfance a de nouveau brillé au fond de leur conscience honnête, comme une étincelle cachée sous la cendre. Ils ont levé des regards mouillés de larmes vers le ciel, pensant qu'il y avait réellement quelque chose de plus solide et de plus vrai au-dessus de ces nuages formés parla fumée des usines. Ils se sont élancés, sur les ailes d'une prière encore incertaine, vers le Dieu qu'ils avaient autrefois béni. Leurs âmes dégagées de la poussière ont plané avec bonheur dans les hauteurs célestes, au-dessus des agitations fiévreuses de la passion. Elles ont découvert un horizon plus vaste ; elles ont jugé les hommes et les choses avec plus de calme et plus de sûreté ; elles ont senti comme le voisinage de Dieu, et elles ont contemplé avec plaisir l'action de sa providence sur les sociétés et sur les siècles; elles l'ont admirée, elles Tout acceptée, elles l'ont adorée. Vainement les cris des faux prophètes sont encore montés jusqu'à elles : « C'en est fait de la religion, c'en est fait du Pape, c'en est fait de l'autorité ! » Elles ont vu que la religion, le Pape et les autorites légitimes vivaient et vivraient toujours sous la protection du souverain Maître qui les a établis pour la conduite

des hommes ; et que de leurs adversaires seuls il serait vrai de dire pour conclusion : « C'en est fait ! »

Si toutes ces âmes, aujourd'hui dégagées des illusions et des préjugés de Firréhgion, ne sont pas encore enfants dociles de la sainte Église, elles n'en sont pas éloignées; car qui ne tient plus à l'erreur n'attend plus qu'une apparition de la vérité, avec une grâce efficace, pour l'aimer et l'embrasser. Or l'Église possède toute vérité , c'est à elle que Dieu en a confié le dépôt. Elle est, comme son divin Chef, pour les individus et pour les sociétés, la voie, la vérité et la vie.

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