‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 7 sur 30 · I. INSTITUTION DIVINE · texte numérisé non relu

I. INSTITUTION DIVINE

Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ choisit

ses deux premiers apôtres, il dit à Tun d'eux en le regardant fixement : a Tu es Simon, fils de Jean; tu t'appelleras Pierre '. » Plus tard, il ajouta : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel *. » Saint Pierre marchait déjà le premier des apôtres ; sa primauté était confirmée pour toujours, avec les plus magnifiques promesses qu'un homme eût jamais reçues du ciel. Le Sauveur, après sa résurrection et sur le point de retourner vers son Père, demande trois fois à Pierre s'il l'aime et s'il l'aime plus que les autres. Sur la réponse tendrement affirmative de l'Apôtre, il ajoute : « Pais mes agneaux, pais mes brebis % » c'est-à-dire qu'il lui confie tout son troupeau en lui laissant tous ses pouvoirs.

^ Joan., I, 42.

* Tu es Petrus, et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam, et portée inferi non prsevalebunt adversùs eam. (MaUh., xvi, 18, etc.)

* Pasce agnos meos, pasce oves meas. (Joan., xxi, 15-17.)

Après avoir ainsi organisé son Église, au moment de quitter la terre, Jésus-Christ rassemble ses apôtres autour de Pierre et leur dit : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Comme mon père m'a envoyé, je vous envoie.

Allez donc, et instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai ordonnées ; et comptez que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde ' . »

C'est ainsi que les apôtres reçurent leur mission de Jésus-Christ, et que saint Pierre, constitué le fondement inébranlable de l'Église, en devint le pasteur suprême, avec ses successeurs, pour la gouverner jusqu'à la consommation des siècles. De cette source découle toute la hiérarchie sacrée, et il n'y a point d'autre sacerdoce légitime. C'est par institution divine que le Pape est vraiment la tête et le centre de cet immense empire spirituel, qui doit embrasser toutes les nations dans sa vaste et parfaite unité, sous le sceptre di^in du Rédempteur.

Voulez-vous entendre Bossuet résumant la tradition imiverselle sur les prérogatives de

* MaUh., xxvïii, Joan., xx.

cette chaire de saint Pierre, fondement de tout l'édifice? « C'est cette chaire, tant célébrée par les Pères, où ils ont exalté, comme à l'envi, la principauté de la chaire apostolique , la principauté principale, la source de l'unité, et, dans la place de Pierre, réminent degré de la chaire sacerdo-taie ; r Église mère, qui lient en sa main la coîi" dulte de toutes les autres Églises ; lé chef de F épiscopaty d'où part le rayon du gouvernement, la chaire principale, la chaire unique , en laquelle seule tous gardent l'unité. Vous entendez dans ces mots saint Optât, saint Augustin, saint Gyprien, saint Irénée, saint Prosper, saint Avite, saint Théodoret, le concile de Chalcédoine et les autres; l'Afrique, les Gaules, la Grèce, l'Asie, l'Orient et r Occident unis ensemble. » [Sermon sur r Unité,)

Après cela est-il difficile de comprendre que sans le Pape, qui est la tête de l'Église et le centre de l'unité, il n'y a pas d'Église, pas de société spirituelle divine, pas de vraie religion? « Point d'unité d'Eglise, dit saint Thomas, sans unité de foi, et point d'unité de foi sans un chef suprême*. » Saint François de Sales ne faisait que traduire avec une énergique concision ces

* Adv. génies, lib. ÏV, c. lxxyï.

paroles déjà si fortes, quand il disait : « Le Pape et l'Eglise, c'est tout un * ; » comme saint Ambroise avait dit dès le troisième siècle : « Où est Pierre, là est l'Église". » Le célèbre cardinal Bellarmin ne tenait pas un autre langage à la fin du seizième siècle : « Savez-vous , écrivait-il, de quoi il s'agit lorsqu'on parle du souverain Pontife? 11 s'agit du christianisme'.» Telle est la grande tradition catholique. N'est-il donc pas évident que les hérétiques, qui demandent l'abolition de la Papauté, demandent la destruction de l'œuvre du Christ, la ruine de cet empire universel, et la déchéance de Dieu? Le protestantisme ne nous en fournit-il pas la démonstration historique? Mélanchton et les premiers disciples de Luther comprirent si vite la portée de leur faute, quand ils se furent séparés du Pape, qu'ils ne se montrèrent pas trèséloignés d'un rapprochement : « On s'accorderait facilement sur la supériorité du Pape, avouaient-ils, si l'on était d'accord sur tout le reste \ » Vous en trouverez les principaux motifs dans ces plaintes de Bèze : « Je vois les

» Lettr. spir., liv. VU, lettre 49. (Lyon, i03-4.)

* Ubi Petrus, ibi Ecclesia. [Enarr. inpsal. xL, n« 30.) ^ De potest. summi Pont.^ in prœf.

* Bossuet, Var., 1. 5.

nôtres errer à la merci de tout vent de doctrine, et, après s'être élevés, tomber tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Ce qu'ils pensent aujourd'hui de la religion, tu peux le savoir; ce qu'ils penseront demain, tu ne pourrais l'affirmer. Sur quel point de religion les églises qui ont déclaré la guerre au Pontife romain sont-elles d'accord? Examine tout, depuis le commencement jusqu'à la fin; à peine trouveras-tu une chose afiirmée par l'un d'eux, qu'un autre aussitôt ne crie à l'impiété'... » c( Je reconnais, écrivait à Farel un ami intime de Bucer, les grands dommages que nous avons causés à l'Eglise, en rejetant avec tant d'imprudence et de précipitation l'autorité du Pape \ «La suppression de l'autorité du Pape, ajoutait un autre protestant, a semé dans le monde des germes infinis de discorde ^ »

A ces aveux des réformateurs, ajoutons l'opinion si grave du plus grand génie de la Réforme, Leibnitz : « La hiérarchie des pasteurs de l'Église, écrivait-il, comprend non-seulement le sacerdoce et les degrés préparatoires qui y conduisent, mais encore l'épiscopat, et

' Epi. ad Andreani.

* Gapito.

» Puffendorf.

même encore le rang suprême du souverain Pontife, que nous devons tous regarder comme institué de droit divin.,,

a Ou a dû admettre, d'après le droit divin, d'après les paroles mémorables du Christ à saint Pierre, et d'après l'opinion de toute l'Église, que l'un des apôtres, et après lui l'un des évê~ ques, serait revêtu d'un plus grand pouvoir, afin que, placé comme le centre de l'unité, il pût servir de lien au corps de l'Église, pourvoir aux besoins communs, convoquer les conciles en cas de nécessité, les diriger, et, dans leur vacance, veiller à préserver de tout dommage la république chrétienne. Or, il est constant, par la tradition des anciens, que l'apôtre Pierre, établi dans la capitale de l'univers, à Rome, y gouverna l'Église, y souffrit le martyre, et désigna son successeur; et, comme aucun autre évêque ne peut faire dériver son pouvoir d'une telle origine, c'est avec justice que nous avons reconnu F évêque de Rome comme le prince des pasteurs \ » Si tous les protestants avaient eu cette logique et cette bonne foi, il eût été facile de s'entendre.

Giterai-je le témoignage d'im homme qui ne

' Systema theologicum, traduit par M, de Broglie.

sera suspect pour personne? a Si j'étais né catholique, dit-il , je demeurerais catholique, sachant bien que votre Église met un frein trèssalutaire aux écarts de la raison humaine, qui ne trouve ni fond ni rive, quand elle veut sonder l'abîme des choses; et je suis si convaincu de l'utilité de ce frein, que je m'en suis moimême imposé un semblable, en me prescrivant pour le reste de ma vie des règles de foi dont je ne me permets plus de sortir. Je vous jure que je ne suis tranquille que depuis ce temps-là. Je vous parle, Monsieur, avec effusion de cœur, et comme un père parlerait à son enfant. » Ce philosophe sentait donc aussi le besoin d'une autorité suprême en matière de foi ; il s'appelait Jean- Jacques Rousseau. (Lettres, t. XXXI, édit. Paris, 1793).

De nos jours, les docteurs de la célèbre université d'Oxford, après avoir étudié sérieusement la même question, pendant que les ignorants criaient au papisme, n'ont pas dissimulé qu'ils enviaient aux catholiques l'admirable constitution de leur Église. « L'antiquité, l'universalité, l'unité de leur Église, disent-ils en parlant de nous , les élevèrent au-dessus du monde et des nouveautés religieuses du jour. A la vue d'un système si beau et si bien ordonné, nous ne

pouvons nous empêcher de soupirer, en pensant que nous sommes séparés d'eux. » [Traités pour le temps présent, t. 3'.)

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