‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 8 sur 30 · II. PROTESTANTS. — ORIGINE · texte numérisé non relu

II. PROTESTANTS. — ORIGINE

Après de si beaux et de si généreux témoignages, n'est-il pas douloureux d'avoir à enregistrer les insultes et les fureurs de sectaires ou d'impies , tels que Edgard Quinet , qui convie tous les hommes de progrès à courir sus au catholicisme et à Y étouffer dans la boue? Nous épargnerons à nos lecteurs ces odieuses manifestations. Ceux qui voudraient se faire une idée du ton de nos adversaires pourront jeter un coup d'œil sur les œuvres de Marnix de Sainte-Aldegonde, en tête desquelles les paroles que je viens de citer figurent maintenant comme préface.

Hâtons-nous de dire, pour l'honneur du protestantisme, qu'on trouve sous son drapeau, à côté de ces hérétiques violents, des hommes graves, modérés , vertueux et de bonne foi , qui méritent plus d'égards. Mais, par un instinct qui tient de ringratitude et de la vengeance, le protestantisme est demeuré l'irréconciliable ennemi de r Église-mère, dont il s'est séparé. 11 n'a rien pardonné à la Papauté ; elle ne peut faire un

mouvement vers lui qu'il n'invective et ne proteste. On voit que c'est sa nature même; il ne sait faire autre chose. Il a toujours un mot à dire contre le Vicaire de Jésus-Christ, et, quand il le peut, il lui suscite des embarras jusque chez lui; il accueille ses ennemis, il les encourage, il aiguise volontiers leurs armes empoisonnées.

Quel crime le Père des fidèles a-t-il donc commis envers ces enfants rebelles? Quel mal leur fait donc ce Siège immobile de Pierre, que leurs pères regrettaient si vivement d'avoir quitté? Sa vue leur reproche leur révolte, leur origine schismatique, leur nouveauté, et conséquemment leur illégitimité. Ils sentent qu'ils ne sont pas nés de Dieu, mais de la volonté de l'homme, et ils ne sauraient se le pardonner * .

1 II leur est cruel d'entendre Bossuet dire aux catholiques :

« Quelle consolation aux enfants de Dieu ! mais quelle conviction de la vérité, quand ils voient que du pontife. qui remplit aujourd'hui si dignement le premier siège de l'Église, on remonte sans interruption jusqu'à saint Pierre, établi par Jésus-Christ, prince des apôtres : d'où. en reprenant les pontifes qui ont servi sous la loi, on va jusqu'à Aaron et jusqu'à Moïse; de là jusqu'aux pa triarches et jusqu'à l'origine du monde ! Quelle suite, quelle tradition , quel enchaînement merveilleux î Si notre esprit, naturellement incertain et devenu par ses incertitudes le jouet de ses propres raisonnements, a

Les plus hardis ont beau nier aujourd'hui leur origine schismatique et hérétique, en répudiant leur fiUation avec Luther, Calvin , Bèze et autres apostats, qui sont historiquement et au-

besoin, dans les questions où il va du salut, d'être fixé et déterminé par quelque autorité certaine ; quelle plus grande autorité que celle de l'Église catholique, qui réunit en elle-même toute l'autorité des siècles passés, et les anciennes traditions du genre humain jusqu'à la première origine du monde ?

« Ainsi la société que Jésus-Christ, attendu durant tous les siècles passés, a enfin fondée sur la pierre, et où saint Pierre et ses successeurs doivent présider par ses ordres, se justifie elle-même par sa propre suite et porte dans son éternelle durée le caractère de la main de Dieu.

« C'est aussi cette succession, que nulle hérésie, nulle secte, nulle autre société que la seule Église de Dieu n'a pu se donner. » {Hist. univ.^ W part., ch. xxxi.)

« Les hérésiarques, qui ont fondé des sectes nouvelles parmi les chrétiens, ont bien pu rendre la foi plus facile, éblouir les hommes par leur éloquence ou par une apparence de piété, les remuer par leurs passions^ les engager par leurs intérêts ; ils ont pu facilement, ou se tromper, ou tromper les autres, car il n'y a rien de plus humain ; mais il y a toujours un fait malheureux pour eux, que jamais ils n'ont pu couvrir, c'est celui de leur nouveauté. Il paraîtra toujours, aux yeux de tout l'univers, qu'eux et la secte qu'ils ont établie se seront détachés de ce grand corps et de cette Église ancienne que Jésus-Christ a fondée... C'est le faible inévitable de toutes les sectes que les hommes ont établies. Nul ne

thentiquement leurs pères en religion ; ils ont beau secouer le joug de leur autorité, rejeter leur fatalisme avec ses conséquences immorales, et laisser à leur charge personnelle tous les actes qui ont déshonoré leur vie, jamais ils ne se justifieront d'avoir accepté leur révolte contre l'autorité légitime, sous prétexte d'abus, et d'admettre encore la plupart de leurs erreurs sans aucun motif plausible.

Quelles preuves de mission divine ont données ces étranges apôtres de la prétendue Réforme? Où sont leurs miracles? D'où viennent-ils? Qui les envoie? En vertu de quel droit se posent-ils en fondateurs de religion, seize siècles après que Jésus-Christ a fondé son Église pour toute la durée des temps? Ce sont des orgueilleux, des libertins, des pohtiques avides, qui ne s'entendent pas, qui se disputent , qui se déchirent , qui s'anathématisent entre eux, et qui meurent sans avoir pu se faire estimer de personne ; voilà ce que nous apprennent les biographes et les historiens. Jamais hérésiarques n'ont été moins

peut changer les siècles passés, ni se donner des prédécesseurs, ou faire qu'il les ait trouvés en possession. La seule Église catholique remplit tous les siècles précédents par une suite qui ne peut lui être contestée. » (Bossuet, ihid.)

dignes de confiance. Et ce sont là pourtant les hommes dont plusieurs nations ont été les dupes !

m. CHEFS DES ÉGLISES SÉPARÉES.

Incapable de se défendre au point de vue de son origine, l'antagoniste de la Papauté se réfugie dans la beauté du système protestant, qui est, à ses yeux, le chef-d'œuvre de la raison humaine. Voyons donc avec impartialité ce que le monde civilisé a enfanté de plus merveilleux pour remplacer le Pape et la sainte hiérarchie de l'Église.

En fait de gouvernement, rien n'a été plus simple : les princes se sont déclarés chefs spirituels de la portion de l'Église qu'ils gouvernaient déjà comme chefs temporels, oubliant cette parole de l'Écriture, que personne ne peut s'attribuer une telle dignité, et que Jésus-Christ lui-même l'a reçue de son Père (Hébr. v, 4). Ils sont entrés hardiment en fonctions, et se sont mis à réglementer les affaires religieuses, comme ils faisaientles impôts et la police. Tout cela parut superbe aux sectaires enthousiastes, qui voulaient se venger de l'Église, dépouiller les monastères et supplanter les catholiques. Mais, depuis que cette fureur est calmée, et que la froide raison a

révisé les pièces de ce grand procès, est-il un homme de quelque instruction qui reconnaisse dans le premier venu, fût-il roi ou empereur, le droit d'abolir ce que Jésus-Christ a établi, et de fabriquer à la place un simulacre d'Église? Estil en Europe un esprit sérieux qui croie, par exemple, à la mission divine de Henri VIII? Estil, même en Angleterre, un étudiant, ayant lu l'histoire, qui ignore les honteux motifs pour lesquels ce lubrique et cruel monarque a rompu avec l'Église catholique? Crut-on jamais qu'il ait transmis un sacerdoce quelconque à sa vertueuse fille, la papesse Elisabeth? Est-on même persuadé que la bonne et gracieuse reine Victoria ait reçu de Jésus-Christ le pouvoir divin de régir l'Église anglicane? Dans quel endroit des Évangiles, le code unique des protestants, voiton que le Christ ait dévolu le souverain sacerdoce aux femmes? En vérité, si une mère pouvait avoir de la rancune, l'Église romaine ne serait-elle pas suffisamment vengée par là de ces anglicans, si fiers et quelquefois si insolents à l'égard de son vénérable Pontife?

Les petits souverains d'Allemagne ont-ils des titres plus respectables?

L'empereur de Russie, serait-il plus en mesure de montrer la légitimité de son pontificat im-

périal et de justifier les droits qu'il s'arroge sur les Églises séparées de leur mère par Photius?

Qu'est-ce que Photius? Qu'est-ce que le czar, dans la hiérarchie ecclésiastique? Ce sont des usurpateurs sacrilèges. Pauvres Églises, qui sont à la merci d'un souverain dont rien ne garantit l'orthodoxie, et qui ont échangé le doux empire du Vicaire de Jésus-Christ contre l'autocratie militaire !

Écoutez sur ces rois-papes un orateur illustre : « Pontifes et rois en même temps, ils se crurent le droit de régner en maîtres absolus sur les âmes aussi bien que sur les corps. Ils pensèrent qu'ils pouvaient se passer de tout pouvoir religieux , qui , interprétant la loi divine, aurait pu balancer ou contrôler leur autorité temporelle ; ils crurent que l'État leur appartenait en propre, que tout devait relever d'eux, dépendre d'eux , se rapporter à eux et servir d'aliment à leur ambition, d'instrument à leurs plaisirs et de jouet à leurs caprices

« Ce césarisme n'est qu'une immense erreur, aussi bien qu'un immense crime, et le crime comme l'erreur sont toujours funestes. Le vrai bonheur n'est que la fleur de la vertu et de la vérité...

« On appelle à juste titre crime de lèse-ma-

jesté, crime de félonie, crime de haute trahison, toute atteinte à l'autorité publique. Or, si c'est an grand crime que de vouloir arracher des mains du souverain le sceptre que Dieu lui a donné pour régir une seule nation, ou un seul état, comment ne serait-ce pas un crime plus grand encore de vouloir arracher des mains du Pontife des pontifes la houlette pastorale, que Dieu lui a confiée pour gouverner toutes les nations et toute FÉglise? Si c'est un grand crime de porter la main sur l'épée, comment ne serait-ce pas un crime encore plus grand de toucher à l'encensoir? Si c'est un grand crime d'usurper la souveraineté, comment ne seraitce pas un crime plus grand d'usurper le sacerdoce? » (P. Ventura, serm. prêché à la cour des Tuileries en 1858.)

Saint Ambroise, tous les docteurs de l'Église, et les pontifes romains, bien avant notre époque, ont tenu constamment le même langage.

Quand les cours d'Angleterre, de Prusse et de Russie envoyaient à Napoléon I" des négociateurs officieux, pour lui conseiller de se faire le chef de la religion en France S en lui affirmant qu'il n'y vSerait jamais le maître, tant qu'il ne

* Histoire univers, de V Eglise cathoL, par Rohrbacher, t. XXYHÏ, liv. xci, p. 8, 9 et 22. (Gaume, 1849.)

tiendrait pas dans ses mains ou sous ses pieds la conscience de son peuple, que prouvaient ces ténébreuses machinations de la politique, si ce n'est l'insigne mauvaise foi des ministres qui se jouaient ainsi de la religion des peuples, et l'erreur déplorable des malheureuses nations qui ont laissé naguère asservir leurs âmes par la puissance temporelle? Napoléon (à qui l'ambition fit commettre plus tard de grandes fautes envers le Pontife romain) avait du moins trop de lumières et trop de génie, si ce n'est trop de foi, pour ignorer que le catholicisme est la seule religion vraie et la seule par conséquent qui élève les nations à leur perfection providentielle; il sentait que la France demeurerait le premier peuple de l'univers, en conservant la plénitude de la vérité, tandis que ses voisins, affaibUs par leurs erreurs religieuses, s'agiteraient dans une infériorité morale irrémédiable. Il rejeta donc avec fermeté ces conseils coupables et intéressés; répétons-le à sa gloire, et félicitons-en notre patrie.

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