EN VOYANT UNE NODRRICE
Dans un affreux berceau fait éclore un cercueil, Attend qu'un enf^t naisse, ordonne qu'on bâtisse Un tombeau sur sa tête, et dit: C'est la justice! * Elle veut, au milieu de ce saint univers, Quand les cieuxversent l'aube et sont tout grands ouverts, Devant le jour sans fin, devant l'azur sans voiles. Dans le fourmillement des fleurs et des étoiles, Qu'une mère éperdue ait horreur du moment Où son enfant n^ùtra sous le bleu firmament!
J'ai vu cela. Si bien que cette misérable Était là, regardait fuir l'heure inexorable.
Écoutait dans la nuit le glas dire : 11 le faut ! Et sentait dans son sein remuer l'échafaud.
<ïuoi ! peuple contre peuple ! ô nations trompées !
(S'>f isfant •au* lu dau irméu.)
De quel droit avez-vous les mains pleines d'épées? Que faites-vous ici? Qu'est-ce que ces pavois? Que veulent ces canons? Hommes que j'entrevois, Dans l'assourdissement des trompettes farouches, Plus forts que des lions et plus vains que des mouches. Pour le plaisir de qui vous exterminez- vous? Tous n'avez qu'un seul droit, c'est de vous aimer tous. Dieu vous ordonne d'être ensemble sur la terre. Dieu, sous sa douce loi, cache un devoir austère ; Comme è. l'érable, au chêne, à l'orme, au peuplier. Il vous a dit de croître et de multiplier.
Aimez-vous. Lespalais doivent la pajx aux chaumes. O rois, des deux côtés vous voyez des royaumes, Des fleuves, des cités, la terre i. partager, Des droits pareils aux loups cherchant à se manger. Des trânes se gênant, les clairons, les chimères, La. gloire; et moi je vois des deux côtés des mères. Je vois des deux côtés des cœurs désespérés.
Je vois l'écrasement des sillons et des prés.
Parce que l'un, ce jeune, et l'autre, ce vieillard, Semblent grands h. travers on ne sait quel brouillard, Étant, le jeune, un fou, le vieux, un imbécile. C'est parce qu'un vain sceptre entre leurs mains oscille A tous les tremblements du vice et de l'erreur. C'est parce que ces deux atomes en fureur S'insultent, qu'on entend, ô triste foule humaine, peuples, sans savoir pourquoi, dang cette plains Votre stupidité formidable rugir !
Vous êtes des pantins que des fils font agir ; On vous met dans la main une lame pointue, Vous ne connaissez pas celui pour qui l'on tue, Vous ne connfùssez pas celui que vous tuerez. Est-ce vous qui tuerez? est-ce vous qui mourrez? Vous l'ignorez. Demain, la mort ouvrant son aile, Vous entrerez dans l'ombre en foule, pêle-mêle. Sans que vous puissiez dire au sépulcre pourquoi. Oui, du moment que c'est décrété pîu* un roi, Par un czar, un porteur quelconque de couronne. Sans rien comprendre aubruit menteur qui l'environne, A tâtons, sans savoir si l'on est un bandit, On n'écoute plus rien; battez, tambours, c'est dit;