MALÉDICTION ET BÉNÉDICTION
Regarde un effrayant penchement de fantômes, Et tremble. L'inconnu lui jette des clameurs. Le matin lui dit : Pleure! et le soir lui dit : Meurs! Dans r Inde, tous les dieux taillés dans tous les marbres, Lés blêmes hommes nus vivant au creux des arbres. En Grèce Bacchus ivre et traîné par des lynx, Les molochs en Afrique, en Egypte les sphinx, Le Baal monstrueux, le Jupiter inique.
Au Vatican le pâle et sanglant Dominique, Tout menace. Partout les peuples sont maudits. Les rois seuls, noirs élus, sont dans des paradis, Joyeux, superposés aux supplices des hommes; Les courtisans dorés sont les vils astronomes Qui contemplent d'en bas les rois, ces faux soleils; Et les rois sont contents de vivre; et leurs sommeils. Leurs réveils, et leurslitsde pourpre, et leurscarrosses. Leurs trônes, leurs palais, leurs festins, sont féroces. La guerre en sort. Le prêtre est reptile au tyran. Le Talmud n'est pas moins lâche que le Koran. César vEÙnqueur se fait du ciel une province. Loyola, dur au peuple, est complaisant au prince. Le fakir est atroce et le bonze est hideux;
Le crucilix est glaive au poing de Jules Deux; Caîphe, âme où l'enfer profond se réverbère, Interprôte Moïse au profit de Tibère.
O deuil! Accablement du morne genre humain!
Pleurs et cris! Sang des pieds aux cailloux du chemin! Noirceur du ciel empli par l'immense analhème!
La faute est dans Je hais! La faute est dans Je t'aime! Tout est la chute. Hélas! que faire? Hommes damnés ! Responsables de vivre et punis d'être nés !
Je médite éperdu dans la nuit formidable.
Quel labeur que jeter la sonde à l'insondable! Quel gouiïre que l'azur qui devient de la nuit ! Tert-eur ! tout apparaît et tout s'évanouit.
Le deuil reste.
Oh ! disais-je, où donc est l'espérance ?
Soudain il me sembla, comme, dans leur souffrance. Pensif, je regardais les peuples douloureux.
Voir l'ombre d'une main bénissante sur eux ;
MALÉDICTION tT BÉNÉDICTION.
Il me sembla sentii' quelqu'un de secom-able, El je vis un rayon sur l'homme misérable, Et je levai mes yeux au ciel, et j'aperçus, LJi-haut, le grand passant mystérieux, Jésus.
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En voyant un petit enfant.
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En voyant im potit enfant.
Il est le regard vierge, il est la bouche rose ; On ne sait avec quel ange invisible il cause. N'avoir pas îail de mal, ô mystère profond!
Tout ce que les meilleurs font sur terre, ou défont, Ne vaut pas le sourire ignorant et suprême De l'enfant qui regarde et s'étonne et nous aime.
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N'avoir pas une tache efTace nos splendeurs.
Nous nous croyons le droit d'être altîers, durs, grondeurs.
Et lui qui ne se sait aucun droit sur la terre,
Les a tous. Sa fraîcheur pure nous désaltère;
Il calme notre fièvre, il desserre nos nœuds,
Il arrive des lieux obscurs et lumineux,
Des gouffres bleus, du fond des divins empyrées ;
Ses beaux yeux sont noyés de lueurs azurées ;
S'il parlait, des soleils il nous dirait les noms.
Dès qu'un enfant est là, nous nous examinons.
Pensifs, nous comparons nos âmes k ta sienne ;
Le plus juste est rêveur de quelque faute ancienne ;
Il suffit, pour qu'on wt besoin d'être à genoux
Et pour que nous sentions de la noirceur en nous,
Que ce doux petit être inexprimable vive ;
Et la création entière est attentive
Aux reproches que fait, même à ce qui reluit, ■
Même au ciel, puisqu'il est par instanlsplein de nuit,
Même à la sainteté, triste quand on l'encense, .
Cette blancheur sans ombre et sans fond, TLiiiocence.
De quel droit sommes-nous autour d'elle méchants?
Que nous a-t-elle fait? Nos cris couvrent sei chants.