‹ Le papeChapitre 16 sur 24 · IL PARLE DEVANT LUI DANS L'OMBRE. H · texte numérisé non relu

IL PARLE DEVANT LUI DANS L'OMBRE. H

Toi qui te sens lion et qu'on traite en fourmi,

Ne perds pas patience et sache attendre, ami! —

En venir aux mains? Non. Certes, ton droit suprême,

C'est de vivre, d'avoir du pain, d'exiger même

Plus -de- salaire et moins de peine, j'en conviens;

L'immensité te doit ta part des vastes biens ,

Vie, harmonie, amour, joie, hyménée, aurore.

L'avenir n'est pas noir ; c'est le matin qui dore

Et remplit de clarté rose les petits doigts-

Du nouveau-né riant dans sa crèche, et tu dois

Vouloir cet avenir éblouissant et juste ;

Tu dois, ferme, appuyé sur le travail robuste,

Réclamer le paiement de tes eiïorts, tu dois

Protéger ton foyer, et faire face aux lois

Si leur -sagesse fausse à tes droits est contraire.

Et nourrir ton enfant, — mais sans tuer ton frère!

Sans blesser la patrie et meurtrir la cité!'

L'idéal ne veut point mêler à. sa clarté

Les Saint-Barthélemys et les Vendémiaires ; .

Les principes sereins sont de hautes lumières;

Dans la Terre Promise on ne met pas la mort ;

L'espérance n'est pas faite pour le remord ;

Peuple, sur le cloaque informe du carnage, Quel que soit le tueur, sais-tu ce qui surnage ? C'est sa honte. — L'opprobre éternel du vainqueur, La pâle liberté morte et l'épée au cœur, Pour soi l'abjection, pour d'autres le martyre, • C'est là toute la gloire, ô peuples, qu'on retire Des fauves actions faites aveuglément.

Hélas! sous le regard fixe du firmament, . Pas de tueurs; laissons les bourreaux dans leurs bouges. Je hais une victoire ayant les ongles rouges ; Je n'aime pas qu'un droit ait des mains de boucher. Et, quand il a vaincu, soit forcé de cacher Les fentes des pavés des villes sous du sable. Le paradis de Dieu deviendrait haïssable S'il fallait qu'à travers un meurtre on l'espérât. Quoi! le droit malfaiteur! le progrès scélérat ! Homme, crains la balance oli tout destin s'achève. Le mal qu'on fait est lourd plus que le bien qu'on rêve. L'aurore est hors.de l'ombre et les nuits vont finir ; Crains de mettre une tache au front de l'avenir ; La liberté n'a pas l'assassin pour ministre; L'astre dont la sortie ouvre un gouffre est sinistre ;

IL PARLE DEVANT LUI llANS L'OMBRE. (19 Le progrès n'a plus rien de providentiel S'il ne peut, sans creuser l'cnfor, monter au ciel; Nul soici! n'a l'ampleur horrible de l'abime; Si grand que soit un droit, il est moins grand qu'un crîme; Jamais, non, même ayant la justice pour soi, ■On ne peut la servir par le deuil et l'cITroi ; I^ vérité qui lue. affreuse vengeresse, A des yeux de démon sous uu front de déesse; Une étoile n'a pas droit de verser du sajig; L'aubeestblanche;ctlebienn'estlebien — qu'innocent.

Malédiction et bénédiction.

et bénèdictio

Les malédictions sont sur les mullitudes, Les tonnerres profonds hantent les solitudes, Rien n'est laissé tranquille en ce sombre univers. Les prêtres sont pareils à des gouffres ouverts; . Qui regarde dedans voit des choses affreuses.

Situ planes, tout fuît; tout croule, si tu creuses.

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morne angoisse !

Hélas ! l'anxiété partout.

Que de rêves tombés ! Que de spectres debout! L'homme, en proie àlanuii dont le prêtre est complice, Peut-être a devant lui l'échelle-d'un supplice Quand, sentant des degrés dans l'ombre, il dit : Montons. Le genre humain ignore, erre, marche à tâtons, Souffre, et ne voit, s'il cherche une lueur propice, Qu'un flamboiement farouche au fond d'un précipice. Tout est-il donc fatal? Rien n'est-il donc clément? La vie est une dette et la mort un paiement, Satan règne; le mal fait loi; l'enfer, c'est l'ordre.

Et j'entendais gémir et je voyais se tordre,

Dans la brume que nul n'explore et ne connaît.

Les tristes nations sur qui tout s'acharnait,

Prêtres, juges, bourreaux, scribes, princes, ministres;

Les innombrables Ilots ne sont pas plus sinistres;

Le tragique Océan n'est pas plus torturé

Par les souffles confus du vent démesuré.

L'homme, ences profonds cieux qu'il nomme noirs royaumes.

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