UN ÉCHAFAUD. U
' Sur nous la forme humaine, «i nous l'àme immortelle; Nous sommes des noirceurs sous le ciel étoile. Je m'igoore, je suis pour moi-même voilé, Dieu seul sait qui jesuisetcommentjemenomme.
L'arrachement du masque es1r-il permis à l'homme? De quel droit faites-vous cette surprise à Dieu? Quoi! vous mettez la fin de la vie au'milieu! Vous ouvrez et fermez la fatale fenêtre !
A tâtons! Apprenez ceci: mourir c'est nïdtre Ailleurs. Quel noir travail, ô p^es travailleurs ! Comprenez-vous ce mot épouvantable, ailleurs? Frémissez. Savez-vous le possible d'une âme?
(uoDirant le cooduoné.)
Cet homme a fait le mal pom* nourrir une femme Et des enfants sans pain ; mais vous, avez-vous faim ? Vous le tuez. Pourquoi ? Trouvez-vous bon qu'enfin Le crime et la justice aient la même figure?
mort, sauvage oiseau, qui sait ton envergure? Tes ailes couvriraient l'horizon de la mer.
La blanche touche au ciel et la noire à l'enfer. Que savons-nous? Hélas! le prêtre craint la bible.
lU LE PAPE.
Notre Ame glisse au bord sinistre du possible. La conscience humaine habite un cabanon.
Ce que vous faites là, le comprenez-vous? Non. Avcz-vous jamus vu quelqu'un tomber dans t'ombre? Vous représentez- vous l'immense chute sombre. Le gouffre, rinfini plein d'un vague courroux, Ce damné tombant là? Vous représentez-vous L'ouverture des mains terribles dans l'abtme? Horreur ! l'homme interrompt le silence sublime, Lui que Bien mît sur terre afin qu'il attendit. La justice d'en bas prend la parole et dit :
justice d'en haut, .c'est moi qui suis la vraie ! Fils, croyez un vieillard, nous sommes tous l'ivraie. A peine aperçoit-on la fauk; quant à la main, Cachée en ce heu noir qu'on appelle Demain, Nous ne la voyons pas. Elle frappe à son heure. Tuer cet homme ! 6 ciel ! il me fait peur. Je pleure. Est-ce qu'il est k moi? Qu'est-il? Dieu seul le sait. Tuer, sans pouvoir dire au juste ce que c'est. L'homme au-dessus duquel le ciel profond diffère. Avez-vous bien pesé ce que vous allez faire?
Vous figurez-vous, juge, et toi, peuple inclément,
UN ÉCHÂFACD. US
L'aile étrange que peut déployer brusquement L'être subit, sorti du viol de la tombe?
Vautour peut-être, hélas ! mais peut-être colombe. Vous dites-vous ceci : S'il était innocent?
'Peut-être il monte alors qu'on pense qu'il descend. Que devient votre arrêt devant Dieu ? Les ténèbres Peuvent faire à. nos lois des réponses funèbres. Soyons prudents devant ce que nous ignorons.
La terre est un point sombre avec des environs Illimités de brume et d'espace farouche.
Tout l'infini frémit d'un atome qu'on touche. N'est-il pas monstrueux de penser que la loi Et l'homme, en cette lutte oEi l'on sent de l'efi'roi, Mêlent des quantités inégaies de crime?
Vous êtes regardés par dessus l'âpre cime; Ne faites pas pleurer les invisibles yeui.
Vous avez des témoins attentifs dans les cieux; Ne les indignez pas, ne leur faites pas dire : L'homme tueau hasard. L'homme, en proie au délire, A dans de l'inconnu jeté de l'ignoré.
Ah ! c'est un attentat triste et démesuré De jeter quelque chose à la jioirceur muette,
Saiis savoir où l'on jette et savoir ce qu'on jette, D'accroUre la stupeur du gouffre avec ce bruit, La haclie, et d'envoyer de l'ombre à- de la nuit î
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Pensif devant la nuit.
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Pensif devant la nuit.
La prière contemple et la science observe.
Quand, dans le cloître noir de la sainte Minerve, Galilée abjurait, vaincu, qu'abjurait-il?
Dieu. C'est Dieu qu'entrevoit de loin l'homme en exil. Des épaisseurs de nuit profonde nous entourent.
IjC6 mondes par des feux échangés se secourent; Car, ciel sombre, onne sait quels gouffressont ouverts. L'astre fait des envois de rayons, è, travers L'espace et l'étendue immense, k d'autres astres. L'azur a ses combats; le ciel a ses désastres; Parfois le mage, au fond des firmaments vermeils, Dislingue d'etTrayants naufrages de soleils; A voir l'effarement des pâles, météores On devine une étrange extinction d'aurores, Quelque part, dans l'horreur du zénith ignoré. Dieu seul sait l'étiage et connaît le degré Jusqu'où doit croître ou fuir la marée inconnue. L'univers n'est pas moins remué que la nue Par un souffle; et ce souffle a lui-même sa loi. Le savant dit: Comment? le penseur dit: Pourquoi? La réponse d'en haut se perd dans les vertiges. L'ombre est une descente obscure de prodiges. Sans cesse l'inconnu passe devant nos yeux.
Mais, ombre, qu 'est-il donc de stable sous les cieux? La justice, dit l'ombre. Aucun vent ne l'emporte.
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