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PAPETERIE DU HAUT

Cette usine date de la fin du xviii' siècle. Elle était due surtout à l’initiative de M. de La Rochefoucault, duc d’Estissac. Ce seigneur bienfaisant s’étant rendu compte des avantages que le développement du commerce et de l’industrie procure à toute une région, s’efforça de provoquer, à Estissac et aux environs, la création d’usines pouvant donner du travail aux habitants du pays ou devenir pour eux une source de profits, en raison des étrangers quelles attireraient et des transactions qui en résulteraient.

Dès le 5 avril 1767, il consentit, en faveur de Claude-Louis Bouvet’, à l’établissement d'une papeterie sur son domaine, et le T' novembre 1772 il lui céda, à très bas prix, un terrain situé sur le bord de la Vanne, à la condition expresse qu’il y élèverait un moulin à papier"*.

Le 22 mars 1773, Bouvet sollicitait de M. Trudaine, conseiller d’Etat, intendant des Finances, l’autorisation de construire ce moulin. « L’emplacement choisi, dit-il dans son mémoire, est on ne peut plus propre pour cet établissement, » Il ajoute que, s’il obtient l’agrément de l’intendant, « il se flatte de fabriquer toutes sortes de papiers, blancs, bleus, violets et autres, à l’instar de ceux de Hollande dont il a le secret. Les différentes villes de Champagne, qui tirent à grands irais leur papier de l'étranger, seront assurées, à l’avenir, de l’avoir à bien meilleur marché en s’en pro-

3. Bouvet, marchand de papier, libraire et relieur à Troyes, habitait sur la place actuelle de l’Hôtel de

\’ille, n® 27 ; il avait pour enseigne : 2^» Tcmplcdn Gonsl.

4. Min. Martin, notaire à Estissac, d’après M. Bruley-MosIc, Notice sur Estissac et Thiiisy, Troyes, P. Xouel, 191 1, p. 80-81.

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MOULINS d’eSTISSAC

curant dans cette nouvelle fabrique. Un autre avantage, c’est qu’elle occupera, indépendamment des ouvriers attachés à l’usine, nombre de gens oisifs, qui gagneront plus aisément leur vie en ramassant le chiffon nécessaire pour alimenter ce moulin. » Bouvet termine sa lettre en demandant l'autorisation de « décorer » sa papeterie du titre de ce manufacture royale » et l’exemption de la milice pour trois des principaux ouvriers qui y seront employés “.

Grâce à 1 appui du duc d’Estissac, Bouvet obtint rapidement satisfaction. Le 12 juin de cette même année 1773, il reçut de M. Gaspard-Louis Rouillé d’Orfeuil, intendant de Justice et Finances en la province de Champagne, l’autorisation d’établir sa papeterie sous condition de se conformer : 1° aux dispositions de l’arrêt du Conseil du roi du 27 janvier 1739’ portant règlement pour les différentes sortes de papier qui se fabriquent dans le royaume ; 2“ à l’ordonnance rendue par M. Le Peletier de Beaupré, le 10 août 1740, et 3° à l’arrêt du Conseil, du 4 juin 1772.

En vertu de cette autorisation, le sieur Bouvet, ses enfants et ses ouvriers, jouirent des exemptions et privilèges attribués par les articles xliv et XLv de l’arrêt du Conseil du 27 janvier 1739. Quant au titre de Manufacture royale, il ne lui fut point octroyé d’en faire usage, sous prétexte que cette faveur n’était accordée qu’à des établissements déjà anciens et ayant donné des preuves de leur utilité’.

La papeterie d’Estissac livra ses produits au public dès l’année suivante. L’abbé Courtalon ’ fait l’éloge des papiers que l’on y fabriquait.

Dans Y Almanach de Troyes pour l’année 1776, p, 141, on lit la réclame suivante:

« Le sieur Bouvet a établi, depuis quelques années, une très belle papeterie à Estissac, village situé à quatre lieues de Troyes, sur la route de Sens, où il fabrique de très beaux papiers blancs et bleus façon d’Hollande, etc. »

Une autre réclame commerciale de Bouvet, petit carré de papier imprimé, est collée à l’intérieur de la couverture du registre 13 G 1 des Archives de l’Aube.

Bouvet employait, pour marquer son papier, des filigranes aux armes de la maison de La Rochefoucault, Nous en donnons ci-contre deux spécimens (PL IX et X).

Le jrremier (n° 5) représente un écu ovale, entouré de la légende cl. bouvet. ESTISSAC et du cordon de 1 Ordre de Saint-Michel, surmonté d’une couronne ducale au-dessus de laquelle est une sirène, cimier des armes de la famille de La Rochefoucault, qui occupent 1 écu L Ce filigrane se trouve empreint dans la pâte d’un papier écrit en 1786 8

I. A. D., C 1709, 1. La Rochefoucault porte: Burelé d’argentet d’azur

de dix pièces, à trois chevrons de gueules, dont le 3. Topographie historique de la ville et du diorèse de premier, en chef, est écimé, brochant sur le tout.

Troyes, t. III, p. 153. y. A. D., C 1709, I

Le second filigrane (n° 6), bien moins grand que le précédent, en reproduit la décoration, sauf le collier de Saint-Michel et le nom de Bouvet. Le papier qui le porte est daté de 1788

Adrien-Paul-François André, libraire, demeurant à Troyes, en la Grande Rue, vis-à-vis la Belle-Croix et beau-frère de Bouvet, fut après lui propriétaire de la papeterie d’E.stissac, par suite de l'acquisition qu’il en fit avec Marie-Anne Reuillon, son épouse, le i" mai 1777, de Claude-Louis Bouvet et de Marie-Julie Reuillon, sa femme, en l’étude d’Odin, notaire à Troyes, au prix de 24 000 francs. Bouvet semble avoir aliéné son usine à la suite d embarras financiers.

Il est probable qu’André exploitait déjà la papeterie lors de la réalisation de cette vente, puisque, dans \ Ahuciucich dr Troyes pour 1778, d fit insérer la réclame suivante : « Le sieur André, libraire et propriétaire de la papeterie d’Estissac, située à quatre lieues de Troyes, sur la route de Sens, fabrique toutes sortes de papiers fins et communs pour l’écriture et l’impression, papiers d’enveloppes gris et bleus, bon teint et faux teint. Il vend son papier à Estissac, ou à son domicile, a Troyes. Il fait aussi des cartons lorsqu’on les lui commande ; le tout au plus juste prix. Il achète du chiffon, vieux papiers, vieux parchemins et rognures de papiers. »

André s’établit imprimeur en 1781, et il tira de sa fabrique d Estissac le papier nécessaire à ses impressions.

Dans XAhnanach de Troyes pour l’année 1782 (p. 205), il continue de faire ses offres de service. A cette époque, la situation de sa papeterie était loin d'être prospère. Les ouvriers, excités par des meneurs, non seulement l’avaient abandonnée, mais ils l’avaient mise en interdit ’.

Après un long chômage, André, n’arrivant pas à recruter le personnel nécessaire à l’e.xploitation de sa manufacture, dut se résigner à la mettre en vente. Il fit paraître l’insertion suivante dans les Annonces, Affiches et Avis divers de Troyes du 13 novembre 1782, p. 179:

« A vendre. Maison et Papeterie, terres et pré situés à Estissac, à 4 lieues de Troyes, sur la route de cette ville à Sens, à vendre ensemble ou séparément. Cette Maison, communément appelée Maison de la Recette, située rue du Grand-Chemin de Troyes, toute bâtie en pierre, consiste en six chambres à feu compris la cuisine ; deux autres chambres sans cheminée, et un cabinet servant de dépense; beau vestibule dans le milieu, et grenier au-dessus desdites chambres et cabinet : cave voûtée dans toute la longueur du bâtiment ; plus une chambre à tour séparée, grenier

de la Réunion pendant la Révolution.

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