X'-’ 10 de la place de l’Hotel de Ville, dite place
MOULINS d’eSTISSAC
au-dessus, puits à côté de la dite chambre ; belle grange et écurie du côté du couchant ; porte cochère, au midi, servant de principale entrée ; volet (pu colombier) au-dessus de la dite porte ; tous les dits bâtiments couverts en tuile ; porcelière et poulaillier, grande cour, jardin, verger implantés de beaux arbres fruitiers. — Le jardin est coupé par un beau canal dont l’eau est toujours courante. — Petit abreuvoir dans la cour, et un autre hors la porte. Le tout, avec la dite maison et bâtimens, contenant deux arpens dix-neuf cordes ou environ, entourés de murs, en bon état, ainsi que la maison et les bâtimens,
« Deux arpens quatre-vingt cordes ou environ, tant terres que pré, au dehors des murs du dit jardin, entourés de haies vives, avec plusieurs noyers autour du pré.
« Cette maison a tout ce que l’on peut désirer pour faire une jolie maison de campagne.
« Une Papeterie ayant deux roues à l’eau, dont l’une fait battre des maillets, et 1 autre fait tourner deux cylindres, tels que ceux de la Papeterie de Langlée, près Montargis ; tous les outils et ustensiles propres à la fabrication du papier ; un bâtiment pour loger les ouvriers, cour et jardin. Cette Papeterie est construite depuis huit ans, et les cylindres sont faits il y a quatre ans.
« Il faut s adresser à Troyes, à M' Odin, notaire, au coin de la rue du Mortierd’Or; à M' Brajeux, notaire, rue de la Levrette, ou au sieur André, imprimeurlihraire, vis-à-vis la Belle-Croix, propriétaire. »
Le 14 juillet 1784, la Maison de la Recette et la pièce de terre et pré sont encore offerts en vente dans le Journal de Troyes. Il n’est plus question de la Papeterie, soit quelle ait trouvé acquéreur, soit qu’André ait renoncé à la vendre.
En 1787, la papeterie dEstissac était exploitée par Jean-Baptiste Pannetier; nous ignorons si c était en qualité de locataire d’André ou comme gérant pour le compte de ce dernier.
Un procès intenté en 1787, à la veuve Garnier, imprimeur à Troyes, fait savoir que cette dame était alors entrepositaire des chiffons achetés pour l’usine de Pannetier ’.
D après le rapport sur 1 état des manufactures de l’Élection de Troyes, adressé en 1788 a 1 intendant de la province de Champagne, la papeterie d’Estissac avait alors deux roues dont une faisait mouvoir deux cylindres, et l’autre quatre piles ferrées. Il ne s y trouvait quune cuve. On y faisait de 2000 à 2400 rames de papier chaque année, depuis la douzième jusqu’à la huitième sorte, qui se consommaient pour la majeure partie dans l’imprimerie du sieur André.
Cette usine occupait douze personnes, dont un tiers d’enfants de dix à douze ans ; elle aurait pu faire davantage si elle n’avait été fréquemment contrariée par les eaux. Ce n’est pas, dit-on, que les eaux manquent souvent, mais les bords du ruisseau n'étant pas fort élevés, il n’a pas été possible d’exhausser suffisamment le surot, et les courants n’ont point assez de chute : il en résulte que le moulin est souvent hors d état de travailler .
Il est probable que le sieur André avait repris la direction de son usine lorsque Pannetier fit construire, en 1790, la papeterie d’Aix-en-Othe.
Nous avons rencontré trois filigranes au nom d'André (PI. X).
Le premier (n° 7) porte l’inscription : a estissac A4, p* andre, surmontée d une cloche renversée “.
Le second (n" 8) porte l’inscription a p andre a estiss.ac. Les initiales a p sont séparées par des trèfles. Les lettres sont formées d un double filet qui leur donne l’aspect de caractères gras h
Le troisième (n° 9) est empreint dans la pâte d un papier non daté, qui nous appartient. Il se compose uniquement du nom André tracé en caractères d anglaise, et a pu servir aussi bien à André qu’à sa femme, lorsque, devenue veuve, elle exploita la papeterie.
Le 17 germinal an VI (6 avril 1798), la papeterie d’Estissac n’avait toujours qu'une seule cuve et fabriquait le « baston royal » qui se vendait 6 livres la rame h
Adrien-Paul-François André, qui prenait en 1792 le titre d’imprimeur du département de l’Aube, exploitait encore la papeterie d’Estissac lorsqu'il mourut dans cette commune le 8 juillet 1808.
Né vers 1742 et venu à Troyes en 175 3’ avait épousé en premières noces Marie-Anne Reuillon. Le 20 octobre 1790. en l’église Saint-Remi, à Troyes, il se maria en secondes noces, avec Reine-Pierrette Anner, née à Maranville en 1766.
A.-P.-F. André édita un papier à lettres de format in-8 coquille double, aux pages encadrées de rinceaux filigranés comme celui de Gonin qui tait 1 objet de notre planche XII (n" 13), avec en plus une réglure également filigranée (n“ 10, pl. XI). Une feuille de ce papier que nous possédons sénat précisément à établir la liste de ses héritiers, soit sa veuve et sept enfants nés de ses deux épouses.
A son sujet, il ne sera pas sans intérêt de noter que Beaumarchais, préparant l'édition des oeuvres de Voltaire, mit vers 1784 un jeune gérant du nom dAndré (peut-être un frère du nôtre) à la tète de sa papeterie d'Arches ' ; et qu il existait a
5. Onfrov, Les Papeteries à la cuve d'Arches et d Archetles, p. 98.