Bibliothèque de Troyes, fonds Carteron, vol
soient étrangers au pays et mènent une vie ambulante, cela vient sans doute de ce que les créateurs douces établissements, la plupart d’une date récente, n'ont pas encore pu attirer dans leurs fabriques les familles établies dans leur voisinage. Il en est autrement dans l’Angoumois, le Limousin et l’Auvergne. Les ouvriers papetiers de l’Angoumois sont attachés à leurs villages, et ceux du Limousin ne les quittent jamais'. Ils se font de leur état une sorte de propriété héréditaire ; pour le consen-er à leurs familles, ils ne se marient jamais qu'entre eux. Leurs enfants sont admis exclusivement à apprendre l’état de leur père. Malgré tout ce que les fabricants du département ont pu faire pour former des élèves étrangers à ces familles, ils n’ont jamais pu y réussir'.
L’esprit d’association et de mutinerie contre les patrons avait, en effet, ete toujours très développé chez les ouvriers papetiers ; il devint tellement excessif à la fin du xviih siècle, que la sévérité des règlements alors en vigueur parut insuffisante. Les lettres patentes de 1781, enregistrées en 1782, concernant les maîtres et les ouvriers dans les manufactures et dans les villes où il y avait des communautés d’Arts et Métiers, se contentaient de renouveler les dispositions de l’arrêt du Conseil d’iitat du 27 janvier 1739; aussi, dans certaines régions, l’autorité dutelle songer à les modifier’.
D’après ces règlements, tout ouvrier travaillant dans une usine devait être enregistré au bureau de police et avoir un livret sur lequel, en quittant 1 usine qui l’employait, il était tenu de faire inscrire la date de son congé.
De leur côté, les directeurs des usines étaient obligés d’avoir des registres paraphés, pour y inscrire les noms de leurs ouvriers, lors de leur embauchage, après avoir pris connaissance des congés dont ils étaient porteurs.
Pour obtenir son congé, l’ouvrier devait le demander six semaines avant son départ et travailler tout ce temps à l’usine.
L’ouvrier de passage ne pouvait rester plus de trois jours dans une iahrique ; s’il y travaillait plus longtemps, le règlement lui devenait applicable dans toute sa
I. Pour ce qui concerne la Champagne, nous avons remarqué, en compulsant les registres d’impôts do la ville de Troyes au xv' et au xvi' siècle, que le personnel ouvrier des papeteries y changeait d’année à autre de façon presque complète. Partout, d’ailleurs, ils se déplaçaient volontiers. Indépendamment des jeunes gens que la période du compagnonnage entraînait sur les routes du tour de France, et qui séjournaient quelque temps seulement dans chaque usine jusqu’au jour où ils rentraient chez eux quand un mariage ne les avait pas fixés quelque part, la corporation avait certainement scs nomades, ses trimardeurs
qui ne s’attachaient nulle part. Dans presque toutes les grosses difficultés survenues entre patrons et ouvriers papetiers, on trouve des étrangers au pays, plus hardis parce qu’ils n’avaient rien à perdre, sans famille pour les retenir. Les surnoms de nos compagnons; La Brie, Dauphiné, Languedoc, Vivarais, sont des indices indiscutables d’origine. — Sur les rapports entre maîtres et ouvriers papetiers, voir encore : Léon Rostaing, La Famille de Montgolfier, p. 112 à 124.
2. La France pittoresque, ou Description pittoresque, topographique et slatislitjue.