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Arch. dép., C 1943, liasse

LE PERSONNEL OUVRIER 65

rigueur, et par conséquent il était force de fournir un labeur de six semaines avant de songer à reprendre ses pérégrinations

A cette époque (c’est-à-dire à la fin du xviii' siècle), le personnel des papeteries était d’humeur assez vagabonde et comptait de nombreux ouvriers de passage, compagnons du devoir et gavots.

La vie errante de ces hommes les rendait le plus souvent peu ménagers, enclins à la débauche et par conséquent à l’insoumission; aussi, fréquemment, pendant leur séjour dans une usine, ils s’efforçaient de débaucher leurs compagnons de travail et même de les pousser à la révolte, jouant ainsi le rôle de grévistes forcenés’.

D’après certains rapports de police concernant ces meneurs, on pourrait croire qu’ils étaient soudoyés par des puissances voisines, telles que l’Angleterre et l’Allemagne, intéressées à entraver l’essor de notre commerce au profit du leur. Cependant aucune preuve n’est venue donner corps à ces allégations tendancieuses.

On doit reconnaître que les ouvriers ne se montraient pas toujours indisciplinés; ils tenaient à remplir leurs devoirs, mais seulement dans les limites des usages, modes et coutumes qu’ils tenaient de leurs pères et que, d’après eux, rien ne pouvait altérer, d’où la conséquence que toute innovation éveillait leur susceptibilité et rendait à leurs maîtres tout perfectionnement impossible.

Parmi ces coutumes, il en était de réellement vexatoires, fournissant un aliment journalier à l’esprit de mutinerie.

Par exemple, les patrons étaient tenus par usage a payer aux ouvriers passants certaines sommes d’argent connues sous le nom de rentes, passages, bienvenues, etc. ; ils devaient aussi les héberger.

D’un autre côté, les ouvriers travaillant dans les usines exigeaient de tout compagnon nouvellement embauché une redevance en argent a titre de bienvenue.

D’après le rapport d’un inspecteur des manufactures du Dauphiné, dit M. Roux, « les ouvriers ne veulent pas souffrir que le maître forme des apprentis, à moins qu’il ne leur soit payé un droit de 30 à 40 livres, ce qu’ils appellent le bec iaune. Si l’apprenti ne paie pas cette somme à la fin de son apprentissage, le prétendu droit est doublé par forme d’amende, amende toujours destinée pour le cabaret et ne servant qu’à perpétuer la débauche des ouvriers. Ils exigent 60 livres de celui qui entreprend ou qui achète une fabrique sans être fils de maître.

I. Arch. dép., C1942, liasse. Corps d’arts et métiers 2. Germain Manin, Les Papeteries etAnnmay, dans

de la ville de Troyes et du département de l'Aube. Le Bibliographe moderne, 1897, n® 3.

Le Papier de Troyes. ^

« Le premier de l’an, le maître papetier est obligé de leur donner, outre et pardessus le repas ordinaire, un coq dinde: le mardi gras, à goûter, une oreille de cochon : le jeudi gras, un jambon et des croûtes dorées ; le dimanche des Rameaux, des beignets, et le A^endredi saint, une carpe. Si 1 on manquait de leur seiY-ir ces pièces aux jours et heures indiqués, tous, de concert, déserteraient la fabrique le lendemain, »

Les directeurs d’usines tentèrent parfois de lutter contre ces exigences, mais il en résulta pour eux, le plus souvent, de grands ennuis et même un sérieux préjudice. Les ouvriers opposèrent toujours une résistance invincible, refusant formellement de renoncer à ce qu’ils considéraient comme des droits acquis.

Poussant les choses à l’extrême, ils n’hésitaient pas à mettre en interdit les fabriques des patrons récalcitrants, à les damner, c’était le mot consacré, et à les déserter en masse.

C'est ainsi qu’en 1779 et 1780, les papeteries d'Estissac ', de La Motte ' et de Courtalin’ furent subitement abandonnées et que leurs possesseurs, pendant une longue période, se trouvèrent dans l’impossibilité de se rédimer de la proscription sous laquelle ils gémissaient et furent même réduits à mettre leurs usines en vente.

Des essais d'entente donnèrent peu de résultats. Le Conseil de commerce^ fut appelé, le 2 décembre 1751, à connaître d'une contestation entre les propriétaires et colons ou exploitants des moulins à papier de l’Angoumois et les ouvriers compagnons, au sujet de l’exécution d’un acte en forme de règlement, passé le 23 janvier précédent, entre les uns et les autres.

A Troyes, M. Debure, l'habile industriel qui s’elTorçait de rendre à la fabrication du papier, dans notre ville, son importance des anciens jours, eut à lutter Iréquemment contre ses ouvriers.

En 1777, pour avoir voulu s’opposer à certaines exigences de ces derniers, il faillit être assassiné par eux et il n’échappa à leur fureur qu’à la faveur d’un sacrifice en argent que sa femme crut devoir faire à son insu.

Trois ans après, en 1780, ces mêmes ouvriers lui imposèrent une amende de 300 livres et l'obligation de payer 12 sous à chaque ouvrier passant.

A quelque temps de là, un compagnon de passage s’étant présenté à l’usine et y ayant été embauché, ils e.xigèrent de lui une bienvenue de 12 livres. Debure

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