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LES GRANDES INDUSTRIES TROYENNES D’AUTREFOIS

Dans le cours des siècles, diverses industries qui avaient fait la fortune de la ville et sa réputation ont entièrement disparu ou se sont transformées pour faire place à d’autres.

Nous mentionnerons parmi elles:

La Draperie. — Les laines champenoises arrivaient jadis en abondance aux foires de Troyes, où elles étaient vendues aux maîtres drapiers qui étaient fort nombreux et possédaient sur la Seine, en amont et en aval de la ville, beaucoup de moulins à foulon. Leur commerce semble s’étre localisé surtout dans le quartier haut et dans le faubourg de Croncels '.

Les draps de fabrication troyenne se vendaient aux foires; les acheteurs principaux étaient les Allemands et les Italiens. Ces derniers les transportaient dans leur pays où, paraît-il, au moyen de certains apprêts, ils leur donnaient une qualité nouvelle qui en augmentait la valeur vénale’.

Par suite des événements politiques, la fabrication des draps se ralentit, et les laines abondantes quelle employait précédemment, ne pouvant être utilisées, durent chercher un autre débouché.

Le nombre des drapiers alla toujours en diminuant et, à la fin du xviii' siècle, il n’en restait qu'un bien petit nombre.

Le dernier fabricant de Troyes qui ait employé la laine s’occupait surtout de

I. Ou mieux Cronseï. Nommé ainsi à cause de son voisinage avec la puissante abbaye royale de Montierla-Celle (ou Kron-Cella, mot mi-allemand, mi-latin, qui veut dire Abbaye royale). La présence de ce mot s’explique par le séjour que les Allemands, lorsqu’ils venaient aux foires, faisaient dans la contrée voisine de l’abbaye, contrée entourée de prés marécageux et Le Papier de Troyes.

que les anciennes chartes désignent sous le nom d’Ile germanique (Insula gertmnka). Cest là qu’ils cantonnaient leurs voitures et leurs animaux de trait, qui pouvaient y trouver un pâturage abondant, à proximité de la ville.

2. Bourquelot, Les ItaUeiis aux foires de Champagne et de Brie.

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la confection Je couvertures; il disparut peu de temps après la E;uerre de 1870; c'était M. Saussier, appartenant à la famille du général de ce nom.

Les Toiles. — Les tisserands étaient nombreux à Troyes et leurs toiles de chanvre et de lin étaient fort recherchées à cause de leur bonne qualité et surtout de leur blancheur, due à la propriété singulière des eaux de la Seine pour blanchir et dégorger les étoffes et toutes les teintures.

Les causes qui amenèrent la décadence des grandes industries troyennes contribuèrent à celle des toiles; mais la plus désastreuse fut l’apparition des tissus de coton, mettant à la disposition des acheteurs des toiles plus fines, plus blanches et d'un prix moins élevé que celui de la toile de chanvre et de lin, dont l’emploi, cependant, était préférable à plusieurs points de vue.

Les Troyens ne purent lutter contre les grands centres de fabrication où le coton avait pris pied, parce que cette matière y parvenait plus facilement et, par conséquent, coûtait moins. Ils se tournèrent alors du côté de leurs blanchisseries qui, très estimées, acquirent une prospérité qui cessa le jour où des procédés chimiques de blanchissage les firent délaisser.

Cependant les ouvriers tisserands faisaient leurs efforts pour ne pas succomber; on les vit se disperser et dresser leurs métiers dans les villages, où le paysan continuait à cultiver sa chenevière et à lui demander les libres nécessaires à la confection des toiles dont il se revêtait.

C'est seulement vers 1860 que chenevières et tisserands disparurent entièrement. Les derniers d’entre eux, ceux qui n'avaient pas quitté Troyes, s’étaient cantonnés dans la partie basse de la rue du Bois (aujourd'hui rue Thiers), où ils travaillaient dans des sous-sols favorables à la confection de leurs toiles, qui demandait une température à peu près égale en toute saison,

La T.aw'Erie. — Au temps des anciennes foires, les tanneurs se comptaient par centaines; ils possédaient de nombreux moulins à tan et à eux seuls ils occupaient dans la ville deux rues importantes, dites la Grande et la Petite-Tannerie, coupées par des ruisseaux creusés du temps des comtes de Champagne et très utiles à leur industrie. C'est là qu’ils préparaient des cuirs achetés surtout par les Allemands.

La décadence des foires, la disparition des étrangers, l’amoindrissement de la population et les impôts très lourds qui frappaient leurs produits réduisirent forcément leur nombre. Une partie d’entre eux s’établirent à Paris dans le faubourg Saint-Marcel; d'autres transportèrent ailleurs leurs établissements, ou cessèrent l'exploitation. Il n’en subsista qu’un très petit nombre.

Les deux derniers représentants de ce commerce à Troyes furent MM. Vivien-

LES TRANSFORMATIONS DU COMMERCE ET DE l’iNDUSTRIE A TROYES

Bertrand et Soucin, dont les tanneries, après avoir enrichi leurs propriétaires, furent arrêtées, l’une en 1906, l’autre vers 1913. Depuis cette époque, il n’y a plus de tannerie à Troyes, un essai de préparation des peaux à l’aide de produits chimiques n’ayant pas prospéré.

La Papeterie. On trouvera de nombreux documents sur le commerce de la papeterie de Troyes dans la deuxième et la troisième partie de notre travail. Nous avons jugé pour cela inutile de lui consacrer un long chapitre dans le présent exposé, afin de ne pas nous répéter.

De l’ensemble, il ressort que cette industrie et le trafic qui en résultait étaient excessivement actifs au xv' et au xvi' siècle. Les papetiers, ou les marchands qui leur servaient d’intermédiaires, transportaient leur production en maintes contrées lointaines, d’où ils ramenaient en échange d’autres marchandises.

Il est néanmoins assez bizarre que le papier ne figure dans aucune des nomenclatures que l’on possède des marchandises vendues dans les foires. Pourtant, cet important produit s’y étalait, comme le prouve la note suivante : « Acheté aux foires de Chalon-sur-Saône en 1342, pour le compte de Jean d’Arcis, évêque d’Autun, une rame de papier payée xxxiii sous ' ».

En dehors des jours de foire, le commerce du papier devait se faire par les colporteurs, les libraires ou les marchands merciers, lesquels vendaient presque de tout.

Il est probable que les papetiers troyens, gens bien avisés, voyant le dépérissement des foires champenoises, se tournèrent vers les pays du Nord, qui n’avaient alors que peu ou point de moulins à papier et où ils étaient certains de placer leur marchandise, renommée pour sa bonne qualité, et qu’ils fabriquaient en grande quantité.

Aussi les usines hydrauliques équipées pour la papeterie étaient-elles nombreuses. Nous avons constaté 1 existence d’une quarantaine bien déterminées. Il y avait, en 1650, trente moulins à papier sur la Seine, depuis Bar jusqu’à Méry N il en restait encore vingt-quatre au temps de Courtalon K Et certains au moins d’entre eux devaient être importants pour répondre aux commandes de 1000, 1200 rames et plus, dont on les voit se charger chez l’imprimeur Plantin d’Anvers.

Ils étaient si nombreux, les moulins industriels, les moulins à papier notamment, qu on les accusait de monopoliser les chutes d’eau, au risque d’affamer la population en supprimant les moulins à blé. C’est ce que révèle la délibération suivante des édiles troyens :

3. Topographie historique du diocèse de Troyes (1783), t. II, p. 417.

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