‹ Le papierChapitre 6 sur 211 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Bien auE la fabrication et la vente du papier aient été très importantes Jurant plus de quatre siècles, à Troyes et dans les environs, concourant ainsi beaucoup à la prospérité et à l’enrichissement de cette ville, et lui assurant une grande renommée dans une partie de l’Europe septentrionale, aucune étude spéciale n’avait été écrite sur l’histoire de cette célèbre industrie.

C’est à peine si des auteurs locaux en ont rappelé en quelques lignes le souvenir. D’autres ont publié, dans des revues ou dans des ouvrages traitant de questions diflérentes, des pièces manuscrites se rapportant à notre ancienne industrie papetière ; pièces intéressantes, sans doute, dans lesquelles figurent des noms peu connus, mais qui, prises dans leur ensemble, ont l’aspect des membres disjoints d’un grand corps dont la structure demeure ignorée.

L’absence d’une monographie provient, à coup sûr, de ce que les documents sont dispersés un peu partout dans le fonds immense de nos archives départementales, communales, judiciaires, notariales ou privées, ce qui fait qu’ils n’ont jamais provoqué la moindre tentative de groupement.

Il y aurait là un travail considérable à effectuer pour celui qui voudrait l’entreprendre, puisqu’il lui faudrait compulser un nombre incalculable de vieux écrits sans, le plus souvent, rencontrer le moindre renseignement sur le sujet, et ce travail serait certainement peu rémunérateur.

C’est pourquoi, il y a plus de quarante ans, lorsque nous avons commencé à fouiller les archives de toutes sortes pour en tirer des renseignements destinés à nous permettre de classer et cataloguer d’une manière précise et correcte les collections du Musée de Troyes, dont nous venions d’assumer à titre gracieux la lourde charge, nous avons décidé de recueillir au passage tous les documents utiles pour l’histoire de notre région, pour celle des monuments, des artistes, des familles marquantes, de leurs armoiries, de leurs généalogies, etc., et notamment tout ce qui aurait trait à l’histoire du papier, aux papetiers eux-mêmes, à leur commerce, à leurs usines.

C’est l’ensemble de ces notes relatives au papier que nous donnons aujourd’hui, après les avoir groupées le mieux qu’il nous a été possible de le faire, et en indiquant avec précision les sources auxquelles nous avons puisé, de telle manière que ceux qui.

AVAXT-PROPOS

après nous, voudront utiliser notre travail puissent, s'ils ont le moindre doute sur ce que nous avançons, le contrôler facilement.

Nous devons ici rendre hommage et adresser des remerciements aux personnes qui ont bien voulu montrer quelque sollicitude envers nos recherches. Nous citerons parmi elles, en première ligne, M. Louis Morin, notre ami et ancien collègue à la Société Académique de l’Aube, travailleur de haute valeur et historien consciencieux, qui, ayant eu sous les yeux toutes les minutes des études notariales de Troyes, a été assez aimable pour nous communiquer les pièces qui lui semblaient avoir pour nous un certain intérêt.

L'important et remarquable Didiomiaire historique des fiUgraues, dû au labeur persévérant de M. et de M”' Briquet, de Genève, nous a été fort utile. S’ils n’ont su attribuer à des papetiers troyens, et encore d’une manière peu précise, que les marques accompagnées de noms patronymiques écrits en toutes lettres, leurs investigations nous ont permis de constater l’extension considérable du commerce troyen, puisqu’elles font connaître de nombreuses villes, provinces ou régions dans lesquelles ils ont rencontré les filigranes qu’employèrent nos papetiers.

Ce n’est pas sans un vif regret, nous devons le dire, qu’en raison de notre grand âge et des entraves qu’il nous impose, nous avons dû renoncer à combler les lacunes qui se rencontrent dans notre dernier ouvrage. Toutefois, nous nous estimerons très heureux, en faisant revi\'re le souvenir, déjà bien eflàcé, d’une fabrication qui fut jadis une des plus considérables de notre ville natale, d’avoir pu la tirer de l'oubli et redonner quelque éclat à ce remarquable lleuron de la couronne industrielle et commerciale du vieux Troyes.

Troyes, le i" juin 1925 Louis Le Clert

Le Papier de Troyes.

LE PAPIER : CHAPITRE PREMIER : DE LA NATURE DU PAPIER. MATIÈRES EMPLOYÉES. ORIGINES ET DÉVELOPPEMENT DE SA FABRI¬ CATION. AIRES ANCIENNES DE PRODUCTION. SPÉCIMENS CONSERVÉS.

LE PAPIER EST UN COMPOSÉ DÉ FIBRES VÉGÉTALES. ON LE TIRA D’ABORD DU PAPYRUS, QUI CROIT SUR LES BORDS DU NIL; PUIS ON LE FIT AVEC DES CHIFFONS USAGÉS DE CHANVRE OU DE LIN, ENFIN DE COTON. NÉ EN ÉGYPTE, C’EST PAR L’ORIENT QU’IL VINT EN EURQPE. L’ITALIE ET L’ESPAGNE LE CQNNURENT LES PREMIÈRES.

papier est fait avec des fibres de plantes textiles ou ligneuses, ! dépouillées des substances résineuses ou gommeuses qui garnissent

i leurs cellules, soit par un long usage et l’aide de procédés méca-

I niques (quand il s’agit de chiffons ou de drilles), soit par un

puaauuyagSI traitement chimique (lorsque l’on emploie des matières neuves).

Toutes ces fibres, ayant été épurées, se comportent chimiquement de la même manière ; cela provient de ce quelles sont, les unes et les autres, une seule et même substance, la cellulose.

Cependant, chacune d’elles, à travers les nombreuses préparations d’une fabrication très longue, conserve ses formes individuelles et caractéristiques, que l’on peut reconnaître au microscope ; c’est ce qui permet d’affirmer, après une inspection sérieuse, que tel ou tel papier a été fabriqué avec une pâte composée de fibres de broussonnetia, de coton, de chanvre, de lin, d’alfa, d’ortie, etc.

Les plantes propres à la fabrication du papier sont réduites, par la macération et l’écrasement, en une pâte fibreuse très fine, que l’on blanchit ensuite ou que l’on colore, suivant la teinte qu’il convient de donner au papier, et dont enfin, après l’avoir amenée à l’état de bouillie très liquide, on forme le papier.

Le papyrus. — C’est de ce vocable, employé par les Grecs et les Romains, qu'est dérivé le mot français papier : ils s'en servaient pour désigner, soit le végétal servant à fabriquer leur papier, soit ce dernier lui-même.

Le papyrus, nommé aussi souchd à papier, est une plante aquatique classée parmi les cypéracées, paraissant surtout confinée en Egvpte, dans le bassin du Nil, et qui, préparée convenablement, fut longtemps employée pour recevoir les caractères de l’écriture, avant l’invention du papier de chiffon, tel qu’on le prépare de nos jours.

La tige de cette sorte de roseau est triangulaire ; de la grosseur du poignet vers le bas. elle se termine en pointe au sommet, où elle se charge d’un panache ou chevelure en parasol et d’un épi en forme de thyrse. Les feuifles sont radicales et ressemblent à celles du ruban d’eau {rparganhmt). Sa hauteur atteint jusqu’à 5 mètres.

Le papcro, ou souchet à papier de Sicile, a été longtemps confondu avec le papyrus égyptien, quoiqu’il en diffère par sa petitesse, n’atteignant guère plus de 2 m. 25 de hauteur.

On trouve aussi, en Abyssinie, dans l’Inde et à Madagascar, différentes autres sortes de souchets, propres à la préparation d’une espèce de papier '.

Les procédés de la fabrication du papier à l’aide du papvrus (nommé par les Grecs y.îfrr,;, et par les Romains charta), étaient très simples; le succès de l’opération dépendait surtout de l’habileté de l’ouvrier.

Les tiges de la plante étaient coupées de la longueur que l’on voulait donner au papier ; on séparait ensuite, avec une aiguille, les pellicules dont les tiges sont formées, puis on les étendait sur une table, où elles étaient lavées, polies et ajustées les unes contre les autres, dans une forme rectangulaire. D’autres pellicules étaient placées sur celles-ci et collées s’il était nécessaire; le plus souvent elles retenaient assez de parties mucilagineuses pour adhérer ensemble sans addition de colle. Lorsque les feuilles avaient pris ainsi l’épaisseur et la solidité convenables, on achevait de les polir et on obtenait un papier très durable et d’une grande blancheur. Pline énumère huit espèces de ces papiers, différant entre eux par les dimensions et la qualité ; la plus grande portait le nom de macrocoliim.

Le papier fabriqué avec les feuilles de papyrus était moins uni, moins solide et plus grossier que celui dont les tiges avaient fourni la matière ; c'était la dernière qualité, il équivalait à notre papier bulle.

Les feuilles de papier de papyrus s’employaient, quand elles étaient peu nombreuses, collées deux à deux, pour former un petit livre {libelhis, diminutif de liber), et lorsqu’elles avaient été couvertes d’écriture, on les reliait à la manière de nos volumes.

Page 1