‹ Le papierChapitre 91 sur 211 · I. A. D.. Y 4 a, I'' ft · texte numérisé non relu

I. A. D.. Y 4 a, I'' ft

2 et 3. A. D., L 591, 1.

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PAPETERIE DE CLAIRVAUX

manufacture de Clairvaux, « recommandable par la perfection de ses produits en papier et en verre à vitre », offrit à l’Empereur, lorsqu’il vint à l’Hôtel de Ville visiter 1 exposition des produits de l’industrie locale qu’on y avait réunis, le premier échantillon de papier de paille sorti de sa fabrique, sur lequel il avait fait imprimer le discours suivant, qu’il adressa à l’Empereur ;

« Sire, la presence de Votre Majesté dans le chef-lieu du département sera à jamais mémorable pour la ville de Troyes.

« Lorsque Votre Majesté daigne paraître au milieu de nous, que notre Préfet a pu nous convoquer, pour avoir l’honneur de vous être présentés, nous remercions le génie qui préside aux destinées de la France et qui dans ce beau jour nous rend heureux.

« Combien nous vous devons. Sire ! Combien notre bonheur a de charmes ! Il est votre ouvrage, il est dû à votre valeur, à votre énergie et à vos veilles. •

« Oui, Sire, vous êtes le régénérateur de toutes nos belles institutions, vous êtes magnanime ; vous êtes le sauveur de la France, et Votre Majesté sur son trône est l’élu de ce Dieu de paix, de bonté que, par vous et par votre exemple, nous pouvons librement adorer.

« Nous supplions Votre Majesté de permettre que nous lui parlions de notre reconnaissance, pour tout le bien qu’Elle nous a fait et que sa bonté paternelle nous fera encore. Le souvenir de tant de bienfaits est gravé dans nos cœurs. Votre Majesté a su électriser tous les Français, en faisant luire à leurs yeux l’aurore du bonheur.

« Oui, Sire, votre bonté vient de nous en donner une nouvelle preuve. Vous avez bien voulu, par dévouement pour votre peuple, rappeler à des moyens de conciliation un roi ennemi de la France, venir au secours de l’humanité et combler nos vœux, en nous procurant la paix.

« Notre gratitude atteste à Votre Majesté qu’Elle peut compter sur le courage de nos enfants ; ils seront au milieu des camps ce que nous, pères, au sein de l’Empire, nous ne cesserons d’être pour l’Empereur des Français.

« Le manufacturier Rousseau, qui a l’honneur d’être aux pieds de Votre Majesté, ose vous conjurer, Sire, de lui accorder la même faveur qu’à ses confrères des départements que, par votre présence, vous avez vivifiés. Combien je m’estimerais heureux. Sire, si je pouvais, comme le manufacturier de la Seine-Inférieure, recevoir Votre Majesté !

« C est alors que 1 ancienne abbaye de Clairvaux, dont je suis propriétaire, si célébré dans les fastes religieux et qui est étonnée de voir la solitude de ses cloîtres

métamorphosée en une active et bruyante réunion d’ouvriers de tous genres, acquerrait par cet événement heureux, une gloire qui me ferait dire. Sire, comme un aute Siméon : Seigneur, disposez de moi, puisque mes yeux ont vu le miracle de la création humaine.

« Daigne, Votre Majesté, autoriser mon vœu et le confirmer ‘ ! »

Des exemplaires de ce discours, également imprimés sur papier de paille et portant la signature autographe de son auteur, furent distribués aux autorités présentes. Napoléon ne répondit pas à la pressante invitation de Rousseau, et Clairvaux n’eut pas l’honneur de le recevoir dans ses murs.

Cependant, le manufacturier sut tirer profit des hautes relations qti il avait habilement entretenues: le 27 août 1808 h avec Louise-Sébastienne Rousseau, son épouse, il vendait à l’État l'ancienne abbaye de Clairvaux, toutes ses fabriques et dépendances, moyennant 350 ooü francs. Le gouvernement achetait cette propriété pour y établir une maison de détention et un dépôt de mendicité.

Au moment de la vente, la papeterie de Rousseau était située près de la deuxième cour ; elle se composait d’un moulin à papier à quatre piles, avec plaques de fonte, et ayant, pour inaiinr le chiffon, seize maillets dont les queues étaient dans des boites de cuivre. La roue qui les actionnait avait 1 5 pieds ; elle était enfermée dans une bâtisse en pierre de taille.

Dans la salle de fabrication du papier, il y avait quatre cuves en bois, cerclées en fer. Dans la pièce du pourrissoir, existait une pile de cylindre plombé de 3 m. 572 sur I m. 624, avec arbre en fer et tournant du poids de 293 kilos 480 gr. 660. Les lames du cylindre se trouvaient incrustées dans un rouleau de bois, avec platine et écrou. Venaient ensuite d’importants étendoirs. Il y avait, en outre, sept presses garnies d’écrous, vingt paires de formes à vergeures garnies de laiton, de différents formats, des étoffes de laine, etc.

Il ne paraît pas que l’État ait continué l’exploitation de la papeterie ; dans un rapport adressé à l’administration supérieure, en iSii, l’architecte de la maison centrale propose de vendre, comme étant inutiles, les divers objets ayant send à la fabrication du papier

M. Rousseau demeura à Clairvaux avec le titre et la charge de directeur de la maison centrale et du dépôt de mendicité.

Not.v. — M. Henri Bouchot, dans son ouvrage Les Origines de la gravure sur bois,

1. Voy. J.-P. Finot, troyen, Passage et séjour de Napoléon le Grand en jSoj, p. 15.

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