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SUCCÉDANÉS DES CHIFFONS

La consommation du papier a pris à notre époque de telles proportions que les débris de chiffons sont devenus depuis longtemps fort insuffisants.

Si l’on n’avait pas trouvé le moyen de remplacer cette matière première tout d’abord en partie, puis ensuite complètement, en introduisant dans la fabrication des papiers un certain nombre d’autres substances, il n’y aurait pas eu de limites à la hausse des chiffons. L’industrie a donc dû se préoccuper d’extraire directement de certains végétaux la cellulose fibreuse qui constitue le papier.

Le papier de chiffons qui, au retour des croisades du moyen âge, avait détrôné le parchemin, lequel avait déjà fait disparaître les tables de pierre ou de bronze, les tablettes de cire, de bois ou d’ivoire, ainsi que l’antique papyrus, s’est vu à son tour remplacé sur une très grande échelle par les papiers de bois, de paille, de sparte, etc.

Chaque jour, la consommation du papier s’accroît, tandis que la production du chiffon reste stationnaire; elle diminue môme plutôt, par suite de l’introduction parmi les étoffes destinées aux vêtements usuels de tissus formés de laine et de coton. L’usage de ces derniers tissus qui, en définitive, sont fort peu propres à la fabrication du papier, a pris successivement une extension croissante et tend à supplanter, dans beaucoup de cas, celui des étoffes de coton ou de lin.

Le chiffon, nous l’avons dit, est une matière première unique en son genre, qu'il est impossible de fabriquer directement et dont on ne peut augmenter la production comme celle des autres substances employées généralement par l’industrie. Sa récolte est soumise à un maximum inévitable, que des perfectionnements rationnels dans la préparation du lin, du chanvre et du coton dans la filature ou le blanchissage de ces divers textiles ne peuvent que faire baisser.

Le seul remède que l’on puisse apporter au fâcheux état de choses qui se

EXCYCI.OP. CH1M. 2

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

produirait si l’on était réduit à l’emploi seul des chiffons pour fabriquer le papier, consiste à rechercher des matières pouvant les remplacer, on en a trouvé jusqu’ici un certain nombre, qui sont désignées sous le nom de succédanés des chiffons.

Les succédanés des chiffons peuvent appartenir, soit au règne minéral, soit au règne végétal.

Les premiers sont peu employés, leur usage constitue souvent une fraude, et en tous cas contribue à l’abaissement de la qualité du papier.

Nous citerons seulement le kaolin (terre à porcelaine), appelé lenzine en Allemagne et china-clay en Angleterre; puis le sulfate de chaux, le carbonate de chaux, le silicate de chaux, le phosphate de chaux, le carbonate et le sulfate de baryte, le silicate de magnésie, la magnésie calcinée, l’oxyde et le carbonate de zinc, le carbonate de plomb, le marbre, l’albâtre, les coquilles d’huîtres calcinées, plusieurs ocres et plusieurs argiles, etc.

Les argiles jaunâtres et les ocres sont employés dans la fabrication des papiers communs, les papiers d’emballage et les cartons.

Le silicate de magnésie et la magnésie calcinée possédant des propriétés absorbantes , conviennent principalement pour la lithographie et la tailledouce.

Le kaolin et les autres matières minérales s’emploient pour toutes les sortes de papier, excepté pour certains papiers fins.

Les succédanés minéraux constituent ce que l’on nomme la charge du papier. Pour les employer, on les divise dans l’eau avec soin, puis on ajoute 50 p. 100 de fécule de pomme de terre à l’état d’amidon; on mélange le tout avec une dissolution de savon résineux, puis on précipite par un mordant tel que l’alun. 11 ne reste plus qu’à bien moudre la pâte.

Les succédanés organiques sont de beaucoup les plus importants. On peut poser comme axiome que tout textile est un papyrifère.

Mais tout d’abord il y a lieu de poser les conditions du problème.

Pendant longtemps, les tentatives faites pour remplacer les chiffons n’ont pas réussi. Leur insuccès résultait généralement de l’une ou l’autre des causes suivantes :

1° Quelqu es 1 1 la î es exipont tant de dépenses poui etre amenées a 1 état dans lequel on les offre aux fabricants de papier, qu’elles ne peuvent, au point de vue du prix de revient, constituer un avantage sur l’emploi des chiffons;

2° Certaines fibres perdent tant de poids pendant les opérations qu’on leur fait, subir, que leur emploi cesse d’ctre économique;

3° Certaines fibres, que leur contexture rend très propres à la fabrication du papier, opposent au blanchiment tant de résistance qu’elles ne peuvent convenir pour la fabrication du papier blanc.

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