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QUALITÉS A HE CHERCHER DANS LES SUCCED ANES

M. A. Girard a étudié cette question il y a quinze années. A l’aide du microscope, ce chimiste a déterminé les caractères particuliers de chacune des princi-

pales fibres, puis a formulé les conditions suivantes que doivent remplir les fibres pour être utilement employées dans la fabrication du papier :

1° On ne doit pas se préoccuper outre mesure de laclongueur des fibres destinées à la fabrication du papier.

En effet, la pâte finie, raffinée, est formée de tronçons mesurant tantôt ~ k~ de millimètre c’est le raffiné court, tantôt 1 millimètre à lmm,5 c’est le raffiné long. Rarement cette longueur est dépassée. Or, il n’est aucune fibre végétale dont la longueur ne soit supérieure à celles que nous venons d’indiquer. On peut donc dire que toutes les fibres végétales sont assez longues pour fournir du papier.

Une considération très importante est celle-ci : il faut que la fibre soit mince, allongée, il faut en un mot, que le rapport de sa longueur à son diamètre soit considérable. Ce rapport dans la fibre recoupée et coulée à la raffinerie doit être au minimum égal à 50.

3° La fibre doit être élastique, elle doit pouvoir se contourner sur elle-même avec facilité, c’est à ce prix seulement que le feutrage donne à la feuille de la solidité.

4° Par contre, la ténacité de la fibre n’a qu’une importance secondaire. Eu effet, lorsqu’une feuille de papier se déchire, les fibres généralement ne se rompent jamais, elles échappent entières en glissant entre leurs voisines.

En s’appuyant sur ces principes, M. A. Girard, a classé ainsi les diverses matières employées dans la fabrication du papier :

1° Fibres rondes fraîchement nervurées. — Dans cette classe on ne peut guère ranger que deux sortes de fibres, celles du chanvre et du lin.

2° Fibres rondes, lisses ou faiblement nervurées. — Cette catégorie comprend le sparte, les jutes, le phormium, le palmier nain, enfin le houblon et la canne à sucre.

3° Matières fibrocellulaires. — Cette classe ne comprend qu’une seule matière; c’est la pâte obtenue en soumettant la paille de seigle ou de blé à l’action de lessives. caustiques marquant de 4 à 5 degrés Baumé, et portées sous pression à la température de 130 à 145 degrés pendant plusieurs heures.

Elle est nettement caractérisée par la coexistence dans le produit lessivé de fibres et de cellules.

4° Fibres plates. — Cette classe comprend les fibres de coton, celles extraites du bois par procédés chimiques, celles de l’agave, du mûrier à papier et enfin du bambou.

5° Matières imparfaites. — On peut, sous cette dénomination, ranger les matières qui ne sont pas des matières fibreuses à proprement parler, mais bien de faisceaux de fibres encore adhérentes entre elles, quelquefois en petit nombre comme dans la pâte obtenue par mouture mécanique du bois, d’autres fois, au contraire, en nombre considérable constituant alors de véritables bûchettes

courtes et larges.

Dans les deux cas d’ailleurs, l’élément séparé mécaniquement du bois est,

ENCYCLOPEDIE CHIMIQUE

non pas une fibre élastique, mais un fragment rigide incapable de se contourner, de donner par conséquent un feutrage solide et dont l’introduction dans les papiers ne peut pas toujours donner des résultats entièrement satisfaisants.

Avant d’entreprendre l’étude détaillée des diverses matières qui ont été proposées, puis employées comme succédanées des chiffons dans l’industrie du papier, montrons tout d’abord que l’idée d’employer à cet usage les végétaux en général n’est pas une idée nouvelle.

Desmarets écrivait à la fin du XVIIIe siècle : « On est surpris que certains « physiciens et d’autres personnes livrées à de mauvaises combinaisons aient « considéré en différents temps l’emploi des écorces d’arbres comme une reste source contre la disette dans la fabrication du papier.

« Au milieu de ce grand zèle, tant de la part des gens de bonne foi que des « charlatans, aucun fabricant intelligent n’a pensé à cette prétendue ressource, « aucun n’a pu se flatter qu’à une très petite distance de la papeterie, il pût <( faire une récolte de plantes vagues et sans culture pour entretenir une cuve « pendant une année entière.

« Dans l’hypothèse de ces personnes qui nous vantent les plantes, il n’est « question que de végétaux que l'on peut se procurer facilement et presque « sans frais, car si l’on est obligé à de longs transports, à des récoltes dispen- « dieuses, l’économie dont on fait valoir les avantages cesse d’avoir lieu.

« A juger de ce que l’on pourrait se promettre le plus raisonnablement de « l'emploi des plantes dans la fabrication du papier par les essais de divers « physiciens, il paraît qu’il n’y a guère que les plantes filamenteuses qui « puissent être d'une certaine utilité. Mais alors, on voit clairement que le « fabricant qui se proposerait d’en faire usage, ne pourrait le faire avantageu- « sement sans ajouter aux manipulations de la papeterie assortie de l’emploi « du chiffon, d’abord le rouissage long et difficile; ensuite s’il veut dégager les « principes filamenteux des substances qui la masquent ou en altèrent la cou- « leur, il sera nécessaire qu’il ait recours à des lessives réitérées plusieurs fois.

« On aperçoit aisément que dans le choix d’une nouvelle matière première, « il serait indispensable d’introduire dans nos papeteries deux nouveaux « ateliers, celui du rouissage et celui du lessivage des plantes ».

On voit que Desmarets admettait la possibilité de faire du papier avec les

nients qui, à ses yeux, étaient assez considérables pour en faire rejeter l’emploi ; il faut ajouter qu’il ne pouvait prévoir ni les voies ferrées, ni la marine à vapeur, ni les progrès accomplis par la chimie depuis un siècle.

Ajoutons aussi qu’au temps de Desmarets on comptait 900 cuves en France, employant chacune environ 18.000 kilogrammes de chiffon par an et produisant 16.000.000 kilogrammes de papier en tout; aujourd’hui cette dernière quantité est quintuplée.

Quoi qu’il en soit, on a proposé depuis cent ans une foule de matières diverses pour remplacer les chiffons; nous étudierons les principales.

Si l’on consulte les nombreux brevets d’invention qui ont été pris dans ce but, on y trouve les produits suivants :

Les pailles diverses de froment, de seigle, d’avoine, de colza, de riz, de maïs.

Les fanes de pois et de haricots.

Les ajoncs. — Les tiges de fèves.

Le houblon blanc. — Les corchorus.

L’aloës. — Le musa textilis. — Le sparte ou alfa.

Le bananier, le cèdre blanc, le cyprès, le tamarac, le peuplier, le sapin, le saule, le bouleau, les palmiers, les fibres du platane, les bambous, le mûrier, le tremble.

Les chardons. — Les tiges d’asperges et d’artichauts.

Les aiguilles de pin et de sapin.

Les joncs. — Les genêts. — Les roseaux.

Les fougères. — Les mousses. — Les bruyères.

Les végétaux aquatiques et maritimes. — Les algues.

Les orties. — Les mauves. — Les immortelles.

Le lupin. — Le topinambour. — Le'tournesol.

L’agave. — L’yucca. — La canne à sucre. — L’adansoma.

L’aroche sauvage. — La verge d’or. — Les herbes. — Les foins.

Les roses trémières. — Les malvacées. — La clématite. — La camomille.

Le chiendent. — Le tabac. — Les lichens.

Enfin, les résidus divers : les sciures, les pulpes de betterave, les feuilles d’arbres, les chènevottes, les intestins, les cuirs, le fumier, etc., etc...

Nous verrons un peu plus loin quelles sont les données spéciales à l’emploi dans la fabrication du papier des fibres des divers bois, ainsi que des diverses pailles, mais avant d’aborder cette étude qui comprendra l’exposé des méthodes de fabrication usitées aujourd’hui, nous choisirons dans la liste précédente les plus intéressants des succédanés proposés, pour indiquer au sujet de chacun d’eux, les études auxquelles ils ont donné lieu ou les résultats pratiques qui ont pu être obtenus.

En suivant l’ordre alphabétique, nous aurons tout d’abord à parler des écorces d’acacia.

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