‹ Le PapierChapitre 88 sur 178 · PAPIER DE BANQUE OU DE SURETE · texte numérisé non relu

PAPIER DE BANQUE OU DE SURETE

L’emploi du papier-monnaie ou papier de banque, appelé aussi papier de sûreté, a pris depuis un certain nombre d’années déjà une grande extension.

Depuis longtemps on a cherché à produire des papiers qui pussent déjouer par leur fabrication même l’habileté des faussaires, mais cette importante question, à l’étude depuis si longtemps, n’est pas encore complètement résolue.

Il y a plus de cinquante années, l’Académie des Sciences étudia longuement cette question au point de vue tout spécial de la possibilité de trouver un procédé capable de prévenir le lavage des papiers timbrés et la falsification des actes publics.

Les commissaires de l’Académie, après de laborieuses recherches, furent amenés à proposer, pour prévenir le lavage de ces papiers, les moyens suivants :

d° En imprimant, au moyen d’un cylindre gravé au tour à guillocher sur un papier continu, avec l’encre ordinaire épaissie par le plâtre, des dessins d’une extrême finesse;

2° En imprimant à l’aide d’une machine, sur papier continu ou sur papier à la forme, avec l’encre ordinaire épaissie au moyen du plâtre, des figures d’une extrême finesse obtenues par un procédé mécanique, afin que la main la plus habile n’en pût surcharger les linéaments avec une encre grasse;

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

3° En imprimant sur le papier à la forme, e! par le procédé typographique, de petites figures composées de deux parties, l’une délébile, l’autre indélébile.

Dans le même rapport, l’Académie recommandait comme emploi d’encres indélébiles :

1° Pour écrire avec des plumes d'oie ou métalliques : encre de Chine délayée dans de l’eau rendue alcaline parla soude caustique;

2° Pour l'impression des filigranes ou vignettes indélébiles : encre typographique ordinaire, pâlie avec une quantité convenable de sulfate de baryte artificiel ou de sulfate de baryte naturel broyé longtemps à l’eau.

Puis, comme encres délêbiles sans matière grasse, convenables pour imprimer au rouleau :

1° Encre usuelle convenablement épaissie par l’évaporation au bainmarie;

2° Encre usuelle convenablement épaissie avec du sulfate de chaux et longtemps broyée avec ce corps.

Ces encres délébiles ont l'avantage de résister assez bien à l’action de l’eau pour qu’on puisse humecterles papiers imprimés avec ces encres et les employer au tirage typographique sans altérer les vignettes.

Enfin, comme encres indélébiles grasses pour imprimer les vignettes typographiques à deux encres :

Vernis. — Huile de lin, 60 grammes; galipot, 150 grammes. On chauffe le mélange, et quand il est bien fondu on le passe dans un linge fin.

Encre au vernis n° 1. — Craie lavée et séchée : 2i grammes; boue d’encre sèche, 3 grammes; outremer, 2 grammes; vernis en quantité suffisante.

Encre au vernis n° 2. — Craie lavée et séchée, 21 grammes; boue d’encre sèche, lgr,5; outremer, 1 gramme; vernis en quantité suffisante.

On n’a pas persévéré dans la voie des recherches pour augmenter la difficulté d’altérer les actes écrits, par exemple sur papier timbré, ce n’est guère que pour les titres de valeurs financières, surtout pour les billets de banque que l’on a cherché à déjouer l’adresse des faussaires, qui trouvent de puissants moyens d’action dans la photographie.

Mais avant de parler des diverses tentatives qui ont été faites dans ce but, disons quelques mots de la fabrication des papiers destinés aux billets de banque.

Les maitières premières employées sont des chiffons neufs, des voiles de navires, des cordages ou du chanvre brut.

Le triage, soigneusement exécuté, doit enlever toutes les substances étrangères.

La matière, coupée ensuite en morceaux d’une grandeur convenable, est soumise à un lessivage prolongé, afin d’extraire le plus possible de gluten.

Après un défilage soigné, qui déchire sans couper et lave à fond, on soumet au chlore gazeux le défilé, et, après un nouveau lavage d’une heure et demie dans la pile, on le met dans une dissolution de chlorure de chaux. Les opérations de raffinage se pratiquent comme à l’ordinaire; on spatule souvent et on broie uniformément, afin d’éviter les nœuds.

L’atelier des cuves doit être parfaitement agencé. Les réservoirs, munis

d’agitateurs continuellement arrosés, sont doublés en cuivre. Des tuyaux de même métal conduisent la pâte, qui passe sur un aimant destiné à arrêter les parcelles de fer, puis au travers d'un épurateur à sable et à boutons. Les cuves, doublées également en cuivre, ont des agitateurs et des thermomètres afin de maintenir un même degré de chaleur.

Les formes exigent beaucoup de perfection. Les noms et dessins imprimés dans le papier sont tissés en fils d’argent.

Le puiseur a besoin d’avoir une grande expérience du métier pour donner aux feuilles une même épaisseur et une grande régularité.

Le papier, couché entre des draps, d’une laine fine et spongieuse, est ensuite soumis à l’action d’une puissante presse hydraulique.

Au sortir des feutres, il est pressé modérément, puis relevé, pressé et relevé de nouveau. Placé ensuite feuille par feuille entre des cartons épais et spongieux préalablement séchés dans une étuve où règne une température constamment égale à 60 degrés, le papier reste entre ces cartons pendant vingt-quatre heures, au bout desquelles il est complètement sec.

Le collage à la gélatine est indispensable pour donner au tissu la force et la sonorité nécessaires. L’étendoir, chauffé en hiver, arrosé en été, est maintenu constamment à la température de 15 degrés.

La dernière opération consiste à choisir, gratter et presser le papier, que la moindre tache, le moindre défaut font mettre au rebut.

C’est en imprimant des teintes de fond, sur lesquelles vient se placer l’impression du texte que l’on contrarie l’exécution d’un report, lequel ne saurait s’appliquer à une partie seulement de l’encre grasse déposée sur le papier.

L’emploi de l’encre bleue au lieu d’encre noire, et aussi l’impression simultanée des deux faces sur papier transparent constituent les obstacles les plus sérieux que l'on sache aujourd’hui opposer aux contrefaçons photographiques, surtout lorsque à ces diverses précautions viennent s’ajouter les rentrées d’impression de chiffres en noir, rentrées obtenues avec des numéroteurs imprimeurs.

Aux États-Unis, on emploie souvent des papiers de couleur verte à base d’oxyde de chrome. Les caractères y sont tracés avec une encre noire à base de charbon, et par conséquent inaltérable.

Ces caractères sont à l’épreuve de tout agent chimique, mais en outre ils ne peuvent être reproduits par la photographie.

Dans ces derniers temps, on a mis en œuvre, en France, un procédé d'impression des papiers de banque, dû à M. Schlumberger, qui est le suivant :

On cache sous le fond du titre, de l’action, du billet, des signes, des mots, des chiffres qui sont invisibles, mais qui apparaissent sûrement lorsque le faussaire essaie de laver le fond du titre et des caractères; ces signes apparaissent également quand on veut vérifier à l’aide d’un simple coup de pinceau si le titre est vrai ou faux.

Les valeurs fausses des contrefacteurs ne portent pas le mot ou signe caché, qu’ils ignorent et que l'on peut varier à l’infini et fréquemment. Si, sous le coup de pinceau trempé dans un réactif spécial le signe ne se montre pas, le titre est faux.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

Enfin, tout, dernièrement la Banque de France a, par de nouvelles modifications dans la couleur et la fabrication de ses billets, cherché à rendre l’imitation ou l’altération de ces valeurs, aussi difficiles que possible.

Page 1