INTRODUCTION
Li 'ITALIE se glorifie d'avoir donné le jour au Dante, qui» au commencement da quatorzième siècle , mérita le titre de père de la poésie italienne. En effet, cet auteur étonne et charme souvent tout à la fois , dans son poëme de la Divine Comédiey par la rapidité du style, par la beauté des images , surtout par la création d'une foule d'expressions heureuses qui lui ont survécu. On devine diflScilement comment il a pu donner tant d'éclat à une langue dans l'enfance , montrer tant de science, à une époque qui précéda l'invention de l'imprimerie, époque à laquelle tous les manuscrits étoient si rares et si coûteux. Malgré le mérite éminent de cet ouvrage, nous n'en avons que deux traductions entières.
vj INTRODUCTION.
La première , et la seule qui soit en vers , est de M. B. Grangier, conseiller et aumônier du Roi , abbé de Saint-Bar tliélemy de Noyon : elle fut publiée en 1 596. Une seconde édition , dédiée à Henri iv, et précédée d'une épître à ce Prince , fut publiéç en 1597. Grangier dit au Roi , dans le langage naïf du temps : « Je suis bien assuré que V. M. sera bien aise de voir les gentilles inventions, et songes remplis d'un savoir admirable de ce poète que si communique à nous autres Françoys, en notre langue vulgaire, non si bien que je TeuSse désiré , mais comme le style concis, difficile et particulier à un seul Dante me Ta permis. Pas un , que je sache , n'y avoit mis la main par cydevant; s'il s'en treuve quelqu'un qui vueille entreprendre après moi la même besongne , devant qu'il soit à la fin , il me pourra tesmongner que cela ne se samoit
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faire sans beaucoup de peine et travail, et sans se mordre les ongles plus d'une fois. Doue le peu qao j'iiL rapporté de ce ■voyage, où il m'a faillu tenir plusieurs clieiniiis ennuyeux, pour aborder au Havre-de-Grace , auquel se communiquent inBniz beaux points de toutes les sciences, je le voile et consacre au digne nom de V. M. pour un tesmoignage certain de l'obéissance et service que je vous doids en toute humilité. »
Cette traduction est devenue presque inintelligible , parce que Grangier n'a voulu faire que Je même nombre devers, que présente le texte, et s'est toujours efforcé de traduire vers pour vers, et expression pour expression , sans s'attacher à donner la moindre clarté à son style;: aussi est-il obscur, quand le Dante est obscur, et l'est-il encore trop souvent, quand le Dante est facile à comprendre.
Tîî} INTRODUCTION.
, Je citerai s pour exemple , les six premiers vers du sixième chant du T'a/tzc/f'j. Voici le texte:
Poscîaché Costantin P aquila volse Contra '1 corso del ciel ^ che la seguio Dietro ail' antico, che T^vina toise;
Cento e cent' anni e più l' uccel di dîo Nello stremo d' Europa sî ritenne Vicino a' monti , de' quai prima uscio*
Grangier traduit ainsi :
Depuis que Constantin fit tourner l'aigle contre La course du grand ciel qui devant la suivoit , Derrière l'ancien qui Lavine rencontre, Cent et cent ans et plus l'oiseau de Dieu tenoit - Son sëjour aux confins de l'Europe , et non guîère Lointaine de ces monts dont elle sort première.
3i l'on en excepte un petit nombre de strophes ^ on voit que le traducteur n'a pas réussi autant qu'il pou voit Tespérer^ parce qu'il avoit entrepris une tâche difficile^ je dirai même inexécutable. Il faut convenir cependant que dans le siècle où
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écrivoit Grangier, la langue italienne et la langue française avoient entr'elles plus d' affinité qu'elles n'en ont aujourd'hui: semblables toutes deux à ces eattx qui , sorties de la même source, sont contenues quelque temps dans le même lit , roulent ensemble sur le même sable , mais qui, se séparant bientôt, et coulant dans des directions opposées , conservent d'abord à peu près la même couleur , ensuite, à mesure qu'elles se répandent dans des contrées diverses, ou sous d'autres climats , changent insensiblement de nature, et contractent une saveur différente. On peut remarquer dans l'épitre adressée à Henri iv , et citée ci-dessus , que Grangier s'exprime ainsi : a Les songes remplis d'uu savoir admirable de ce poète que si communique à nous autres Françoys....... » L'expression n'est-elle pas
ici semblable à celle que les Italiens em-