‹ Le paradis de Dante Alighieri traduit en françaisChapitre 20 sur 25 · CHANT X · texte numérisé non relu

CHANT X

La première et ineffable valeur, par sa sagesse et son amour , qui l’accompagnent éternellement, a fait «vec tant d'ordre tout ce que notre intelligence peut comprendre et ce que nos yeux peuvent considérer, que celui qui admire ce spectacle, ne peut en jouir, sans participer à l'excellence dn créateur. Lecteur, lève donc les yeux avec moi vers ces hautes sphères, qui tournent près’de nous en sens contraire ; commence à te plaire dans la science de ce maitre, qui aime tant son ouvrage, qu'il ÿ attache continuellement ses regards. Vois ‘d'où part ce cercle oblique. 11 porte les planêtes, pour satisfaire au monde qui les at.

tend : si leur direction n'avait pas cette obli-

E se la strada lor non fosse torta, Molta virtù nel ciel sarebbe invano, E quasi ogni potenzia quaggiù morta.

E se dal dritto più o men lontano Fosse ‘1 patire, aasai sarebbe manco E giù e su del)’ ordine mondano.

Or ti riman, lettor, sovra ’ltuo banco, Dietro pensando a cid che si preliba S’ esser vuoi lieto assai prima che stanco.

Messo t’ ho innansi: omai per te ti ciba ; Che a se ritorce tutta la mis cura Quella materia ond’io son fatto scriba.

Lo ministro maggior della natura Che del valor del cielo il mondo imprenta, E col suo lume il tempo ne misura,

Con quella parte che su si rammenta, Congiunto si girava per lespire, In che più tosto ogni ora s’ appresenta;

Ed io era con lui; ma del salire Non m’ accors’ io se non com’ uom s’ accorge Anzi’l primo pensier del suo venire :

È Beatrice quella che si scorge Di bene in meglio si subitamente Che l’atto suo per tempo non si sporge.

LE PARADIS. CHANT X. 129 quite, cette immense vertu serait inutile an ciel, et là-bas toute espèce de puissance serait éteinte. Suppose que ce cercle s'étende en ligne droite plus ou moins loin, l'ordre qui règne dans l’anivers serait incomplet. Maintenant, lecteur , si tu veux jouir d'an plaisir qui surpassera ta peine, pense seul , sur ton siège, à ce que je t'offre pour que tu le goûtes; je l'ai servi, prends de toi-même ta nourriture : tous mes soins sont réclamés par cette matière dont je suis fait l’historien.

Le plans grand ministre de la nature, qui imprime au monde la vertu du ciel, et qui mesure le temps avec sa lumière, était joint au signe dont j'ai parlé déja, et sous lequel les heures se présentent plus tôt. J'avais été transporté dans ce signe, et la manière dont on m'avait enlevé, ne m'avait pas été plus connue , qu’on ne prévoit la pensée que l'on va concevoir. Béatrix devenait toujours plus resplendissante, et toujours par un mouvement subit hors de la mesure du temps. Pour

expliquer l'éclat dont elle brillait, dans le L. | 9

Quant’ esser convenia da se lncente Quel ch’ era dentro al Sol dov’ iv entrami, Non per color ma per Jlume parvente,

Perch’ io lo ’ngegno e l’ arte e L’ uso chiami Si nal direi che mai s’ immaginasse :

Ma creder puossi e di veder si brami,

E se le fantasie nostre son basse À tanta altezza non è maraviglia, Che sovra ’l Sol non fu occhio ch’ andasse.

Tal era quivi la quarta famiglia Dell’ alto padre che sempre la sazia, Mostrando come spira e come figlia.

E Beatrice comincid : ringrazia, Ringrazia il Sol degli Angeli ch’ a queito Sensibil t” ha levato per sua grazia.

Cuor di mortal non fu mai si digesto A divozion ed a rendersi a Dio Con tutto ’1 suo gradir cotanto presto,

Com’ a quelle parole mi fec” io :

E si tutto ’1 mio amore in lui si mise, Che Beatrice ecclissd nell’ obblio.

Non le dispiacque ma si se ne rise, Che lu splendor degli occhi suoi ridenti Mia mente unita in più cose divise.

LE PARADIS. CHANT x. 135 Soleil où nous étions entrés ensemble, éclat qui n'était pas l'effet d’une conlear ordinaire, mais d'ane lumière tout à coup devenue plas vive et plus divine, en vain j’appellerais l’esprit, l’art et le style, je ne me ferais jamais assez entendre : qu’on se contente donc de me croire, et qu’on se borne à désirer voir de tels prodiges. Lorsqu'à tant de hauteur, notre imagination est si foible, doit-on s'étonner que les sens n'arrivent pas au-delà da Soleil ? Du même éclat dont rayonnait Béatrix, brillait également la quatrième famiile du père souverain, qui tcujours la rassasie du spectacle de son fils, et de celui de son amoar. Béatrix alors parla ainsi: « Remercie, remercie le Soleil des anges, qui par sa grâce t'a élevé à celui-ci que peuvent contempler tes yeux. » Jamais le cœur d’un mortel n'éprouva un sentinent de dévotion et de gratitude semblable à celni que firent naître en moi ces paroles, et ma tendresse se dirigea vers Dieu, au point que Béatrix même fat éclipsée dans l’oubli.

Mais cette pensée ne lui fut pas desogréable;

132 IL PARADISO. CANTO ï.

lo vidi pia fulgor vivi e vincenti

Far di noi centro e di se far corona,

Più dolci in voce che ’n vista lucenti.

Cosi cinger la figlia di Latona Vedèm tal volta , quando l’ aere è pregno Si che ritenga il fil che fa la zona.

Nella corte del ciel, ond' io rivegno, Si truovan molte gioie care e belle Tanto che non si posson trar del regno.

E ’l canto di que’ lumi era di quelle :

Chi non s’ impenna si che lassu voli Dal muto aspetti quindi le novelle.

Poi si cantando quegli ardenti Soli Si fur girati intorno a noi tre volte Come stelle vicine a” fermi poli;

Doi ne ini parver non da ballo sciolte, Ma che s’ arrestin tacite ascoltando Fin che le nuove note hanuo ricolte :

E dentro all’ an sentii cominciar : quande Lo raggio della grazia onde s” accende Verace amore, eche poi cresce amandv,

Multiplicato in te tanto risplende, Che ti cenduce su per quella scala, U’ senza risalir nessun discende :

LE PARADIS. CHANT X. 133 elle sourit, et le fea de ses regards joyeux dirigea vers plusieurs objets mon esprit qui n'était fixé que sur un seul. J’aperçus des lumières plus éclatantes que le Soleil, qui firent de nous an centre, et d’elles-mêmes une conronne. Leurs voix étaient encore plus douces que leur éclat n’étaitresplendissant. C'est ainsi qu'on voit quelquefois des nnages environner la fille de Latone, et l’entourer d'un cercie de la couleur qui leur est propre. Dans la cour du ciel dont je reviens, sont des joyaux si précieux qu'un ne peut les exporter. Tel était le chant de ces splendeurs. Que celui qui n’obtient pas des ailes pour voler là-haut en atteude des nouvelles d’un muet! Ces substances brülantes tournèrent trois fois autour de nous en chantant, comme les étoiles tournent autour des pôles en repos: il me sembla voir ces femmes dansant en rond, qui suspendent leur danse eu silence, pour écouter le refrein qu’ane autre va chanter. J'entendis un de ces esprits me dire : « Le rayon de la grâce dont

s'allumele véritable amour qui s'accroit encore

134 IL PARADISO. CANTO x.

Quai ti negasse ’l vin della sua fials Per La tua sete in libertà non fora, Se non com’ acqua ch’ al mar non si cala.

Tu vuoi saper di quai piante s’ infora Questa ghirlanda, che intorno vagheggia La bella donna ch’ al ciel t’ avvalora :

To fai degli agni della santa greggia Che Domenico mena per camwuino, . U’ ben s’ impingua se non si vaneggia.

Questi, che m’è a destra più vicino, Frate e maestro fummi ; ed esso Alberto Ê’ di Cologna, ed io Thomas d’ Aquino.

Se tu di tutti gli altri esser vuoi certo, Diretro al mio parlar ten vien col viso Girando su per lo beato serto.

Quell’altro fiammeggiare esce del riso Di Grazian, che l’ uno e l’altro foro Aiutà si che piacque in Paradiso.

L’ altro, ch’ appresso adarna il nostro coro Quel Pietro fu che con la poverella Offerse a santa Chiesa il suo tesoro.

La quinta luce, ch’ à tra noi più bella, Spira di tale amor che tutto ’l mondo Laggià ne’ gola di saper novella.

en aimant, brille maltiplié en toi de toutes parts, et t'a conduit dans cette sphère qu’on ne quitte jamais sans y revenir. Celni qui refu. serait À ta soif le vin de sa fiole, ne serait pas plus en liberté, que l’eau qui ne peat tomber dans la mer. Tu veux savoir de quelles plantes est fleurie cette guirlande que tu vois autour de la femme brillante qui t’a amené dans le ciel. Je fus un des agneaux da saint troupeau que condaisit Dominique dans la voie où l’on trouve une nourriture délectable , si l’on renonce aux vanités de la vie. Celui qui est le plus près, à ma droite, fat Albert de Cologne , mou frère et mon maître : moi, je suis Thomas d'Aquin. Situ veux savoir qui sont les autres, suis mes paroles avec tes yeux; je te ferai connaître toute la couronne bienheureuse. Ici tu vois sourire Gratien , qui écrivit sur l’un et l’autre droit; il a ainsi mérité le Paradis. Cet antre, plus éloigné, dont ce chœur est orné, fut Pierre, qui, comme la veuve, offrit son tresor à la Sainte Église. La cinquième splendeur, qui est la plus belle parmi nous, brüle d'un tel:

Eutro v’è l’alta mente u’ si profondo Saver fu messo che, se’! vero è vero, À veder tanto non surse 1 secondo.

Appresso vedi ’1 lune di quel cero Che giuso in carne più addentro vide L' angelica natura e ‘1 ministero.

Nell’ altra piccioletta luce ride Quell’ avvocato de’ lempli cristiani, Del cui latino Agostin si provvide.

Or , se tu l” occhio della mente trani Di luce in luce dietro alle mie lode, Già dell’ottava con sete rimani :

Per vgder ogni ben dentro vi gode L’ anima santa cbe ’l mondo fallace Fa mnanifesto a chi di lei ben ode :

Lo corpo, ond’ella fu cacciata, giace Giuso in Cieldauro, ed essa da martiro E da esiglio venne a questa pace.

Vedi oltre fiammeggiar l’ ardente spiro D'isidoro , di Beda , e di Riccardo | Che:a considerar fu più che viro.

EE PARADIS. CHANT X. 137 amour, que là-bas tout le monde est avide de counaître son sort. Dedans , est le haot esprit qaicoutint un si profond savoir, que sile vrai est vrai, il ne s’en est pas élevé un second, doué d'autant de sagesse. Plus loin, tu vois cette lumière, qui, surterre, a le mieux approfondi la nature des anges, et le ministère sacré.

Dans une lueur moins éclatante, sourit cet avocat des temples chrétiens : Augustin s'est aidé de ses dissertations latines..Si tu avances, avec l'œil de l'esprit, en suivant mes éloges de splendeur en splendeur, tu dois brüler de la soif de connaitre la huitième. Là jouit, en voyant le premier bien, l’ame sainte qui Prouve à celni que persuadent ses leçons, combien le monde est trompeur. Le corps dont elle fut chassée, a été déposé dans l'é- &lise du Ciel d'Or, tandis qu’elle , après son exil et son martyre, est venue trouver ici une paix profonde. Vois maintenant briller l'esprit ardent d'isidore , de Bède , etde Richard, qui, dans ses contemplations, fut plus qu'un mor-

tel. Celui sur lequel je vois ton œil fixé , est

Questi , onde a me ritorna il tuo riguardo, E” il lume d’ uno spirto che ’n peusieri Gravi a morire gli parve esser tardo.

Essa à la lace eterna di Sigieri Che leggendo nel vico degli strami Sillogizzo invidiosi veri.

Indi, come orologio che ne chiami Nell ora che la sposa di Dio surge À mattinar lo sposo perchè l’ ami,

Che l’ ana parte e l’altra tira ed urge, Tin tin sonando con si dolce nota Che ’l ben disposto spirto d’ amor turge,

Cosi vid’ io la gloriosa ruota Muoversi e render voce a voce in tempra Ed in doicezza ch’ esser non puo nota Se non colà dove ’i gioir s’insempra.

LE PARADIS. CHANT X. :39 un esprit à qui, dans ses graves méditations, il tarda long-temps de mourir; c’est l’éternelle lumière de Séguier, qui, aus pu rouaans, par des syllogismes évidents, excita l'envie de ses Contemporains. »

Lorsqu'au matin sonne l'heure où l’épouse de Dieu se lève, pour adresser des prières à l'époux dont elle invoque la tendresse, de même que les deux roues de l’horloge su meuvent et titillent un tintement si doux, qu’un esprit saintement disposé se gonfle d'amour, de même je vis les roues glorieuses se mouvoir et se repondre avec ane harmonie et un accord délicieux qui ne peuvent être connus , que là où la jouissance est éternelle.

x40 IL PARADISO. CANTO XI.

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