L*HÉRÊ8IE DE DANTE
mènerait trop loin, à la fin d'un trayail qu'il n'a pas tenu ànoos d'abréger.
En ce qui concerne particulièrement ceux du Saint-Graal, M. H. Martin a très>judicieusement signalé leur origine et l'élément kimrique qui y domine ; quant à l'esprit albigeois qui leur a donné la forme et qui fut, pour parler comme Dante, leur viriû infomuuiva, il a échappé à son habile et judicieuse critique. Sans faire remonter jusqu'en 720 l'ancien livre intitulé : De rege Arthuroet rébus gestù ejus. De Mensa rotunda et strenuis equititms, par un auteur anonyme, dont Pi Us fait mention sous le nom de VHermite breton {Hist. of English poeiry, /, p. X, note 6), nous croyons pouvoir affirmer qu'il a eu la même origine que les romans du Saint-Graal; que celui de Lancelot {à*anceUus, servant de Dieu), et qu'il a élé écrit en Angleterre, dans la langue anglo-saxonne par un affilié da Temple. Pour nous, Gauthier Map, le prétendu chapelain de Henri II, le même à qui sont attribuées des satires très-âpres contre Rome et le haut clergé, est le pendant, en Angleterre, de l'archevêque Turpin en France. Le monarque farouche qui faisait assassiner Thomas Becket, se souciait certe assez peu des chants et lais des bardes bretons pour que personne s'occupât de les réunir dans l'espoir de lui être agréable ; mais il était bon de donner le change en assignant au livre une source orthodoxe. Avec ce passe-port il put être traduit de l'anglais en français par Luces de Gast, Robert et Elle de Borron, comme aussi par Guyot de Provins, trouvère champenois, devenu Bénédictin de Cluuy, l'auteur de la bible Guyot, œuvre anti-romaine d'une extrême virulence. Il en fut fait aussi des versions en allemand, sur la leçon de ce dernier, puisque le Templier Souabe, Wolfram d'Eschenbach, déclare dans son Parceval^ avoir suivi Atot. Au témoignage dn Tasse, Arnaud Daniel donna une traduction du Lancelot ; enfin, « il y eu eut dans toutes les langues du monde civilisé. » (Paulin Paris, lettre à M. de Montmerqué.) Les évangiles apocryphes adoptés par les Albigeois, notamment celui' de Nicodême, eurent ainsi libre carrière dans toute la chrétienté et purent, à l'abri de leur déguisement anglo-breton, circuler impunément sous les yeux de TinquisitioD. Hic fecit cui prodest. Nous nous bornerons à cette simple exposition et nous renverrons an t. lit de VHùt, de France, par M. Q. Martin. On y trouvera une remarquable appréciation critique de la littérature chevaleresque; il sera facile, pour ceux qui se {laceront à notre point de vue, de rectifier ce qu'elles ont d'erroné en certaines parties. {Voy. T Appendice Y.)
On y remarque snrtoot les lignes que nous transcrirons ici. Outre qu'elles font foi d'une grande justesse de coup d'œil chez Thonorable écrivain, elles prouvent que nous n'avons pas été si mal inspiré en rattachant la Maçonnerie au Temple et en signalant le poète Florentin comme affiliéà cet Ordre proscrit :
« Dans le Titurel^ la légende du Graal atteint sa dernière et splendide transfiguration, sous l'influence d'idées que Wolfram semblerait avoir puisées en France et particulièrement ckez tes Templiers du midi de ^la France. Un héros, appelé Titurel, fonde un Temple, pour y déposer le saint Vaissel^ et c'est le prophète Merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu'il a été, par Joseph d'Arimathie en personne, au plan du Temple de Salomon* La chevalerie du Graal devient ici la Jlfa55entV,c'est-è-dire une franc-maçonnerie ascétique, dont les membres se nomment les Templistes, et Ton peut saisir ici l'intention de relier à un centre commun, figuré par ce Temple idéal, l'ordre des Templiers et les nombreuses confréries de constructeurs qui renouvellent alors l'architecture du moyeu, âge. On entrevoit là bien des ouvertures sur ce qu'on pourrait nommer Thistoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexes qu'on ne le croit communément.
« Ce qui est bien curieux, et ce dont on ne peut guère douter, c'est que la franc-maçonnerie moderne ne remonte d'échelon en échelon jusqu'à hmasseniedn Saint^GrdaL » {Hist. de France, t. III, p. 398.)
Si ces notes tombent sous les yeux de M. H. Martin, nous croyons qu'il y acquerra la certitude que ceux qui composèrent les romans de la Table- Ronde et du Graal, étaient très au courant des triades galliqnes, des arcanes de la doctrine théologiqne des bardes, comme aussi des Mabinogkm, et que, contrairement à ce qu'il dit, p. 360, t^ savaient fart bien le sens du symbole, au double point de vue kimrique et vaudois.
Pour eux le vaissel était le Temple, le vaso naturale de Stace (Purg. XX v), en latin çradalis ou gradale, par allusion à l'échelle des grades; pour eux, celui envers qui Jo^ph d'Arimaihie est l'instrument de la vengeance céleste, celui qu'ils appellent Pierron et qui, au dire de M. Paulin Paris, « ressemble beaucoup au premier des souverains pontifes, » est précisément le successeur dégénéré de saint Pierre; aussi est-il représenté comme habitant le vau à'Avaron, la irallée du grand Avare, avarone en italien, autrement dit de Plutus, de l'homme riche, etc. La vallée de l'Avare, contraste avec ces vallées
1280 l'hérésie de dante démontrée.
alpestres où se réfagH^rent les fidèles d'Amour, amis de droiture, de largesse et de courtoisie, et d*où ils prirent le nom de Yaadois, VaUbu n'étant que le surnom d'un de leurs apôtres.
Noos appellerons, en terminant, l'attention de ftL H. Martin sur le fragment du Graal publié par M. Francisque Michel, où il est dit qu'après le départ de Petrus pour l'Occident avec un brief, les démons tiennent conseil pour décider comment ils parviendront i engignier le Sauveur et ï recouvrer leur ancienne influence sur les hommes. 11 y verra que l'un d'eux est d'avis de procréer un fils, fw nos sens portast et déist nos paroles et nos prières; et il ne pourra douter que ce fils ne soit Pierron, engendré, en effet, d'un incube et d*une fille de mauvais instincts, pour Dieu notre père engignier et forbeter et conchier, de même qu'il ne pourra guère révoquer en doute que Petrus n'entende désigner la vallée du Tibre, lorsqu'il dit, en partant muni de son brief: En la terre vers Occident, ki est sauvage durement, es vau d*Avaron m'en irei.
Nous recommanderons aussi au docte écrivain le roman de Jauffre ou Geoffroi et Brunissende de Montbrun, qui, traduit de bonne heure en catalan, était, à en croire Muntaner, dans sa chronique, mis de son temps au même rang que Lancelot do Lac II y trouvera notamment certain épisode de Mélian de Nontniélier, chevalier Parfait à tous égards, qu'un chevalier nommé Taulat, dont la force n'a d'^ale que sa méchanceté, retient depuis sept ans sur un lit de douleurs. Son père a succombé sous les coups du féroce Taulat qui, loi faisant la goorre à son tour, lui a enlevé une partie de ses terres, Ta blessé de plusieurs coups de lance, l!a fait prisonnier et l'a enfermé dans un château où il se complaît à entretenir ses plaies toujours vires et saignantes. A peine sont*elles au moment de se fermer, Taulat le fait' prendre par ses valets et flageller cruellement, jusqu'à ce que le sang coule de nouveau de ses blessures.
L'allégorie saute aux yeux, et pourtant Faurîd, qui la signale, n*a su voir dans Taulat que la |)ersoimification « de la force et de l'autorité brutales, telles qu'on les voyait souvent à ces époques, et dans Geoffroi, le génie de la chevalerie luttant contre cette force perverse. » (Hist, delà poés, prov., in, 117.) Nous y voyons, nous, la Papauté s'acharnant sur les deux Raymond Béranger dont elle prolonge la déplorable agonie, jusqu'au moment où l'ordre duTemple lear suscitera un vengeur dans un chevalier du Saint-Graal; mais peut-être sommes^nous dans l'erreur. C'est ce que uous croyons être en mesure d'établir prochainement de manière à convaincre les plus incrédules.
SUPPLEMENTAIRES.
Le résumé historique que nous donnons ici pourra être consulté avec fruit par les lecteurs studieux, car il comporte Texplicatiou de plus d'un mystère. On y trouvera, en outre de faits peu connus, quoiqu'on rapport direct avec la Comédie, maintes choses qui auraient pu naturellement avoir leur place dans le corps du Commentaire ; mais n'étant pas indispensables à l'intelligence du texte, il a paru préférable de grouper faits, doctrines, rites, etc.. afin qu'ils pussent se prêter appui mutuellement, et de renvoyer le tout à la lin de nos études, pour y recourir au besoin.
Topographie dn Catharlsnie.
Le catharisme est d'origine orientale, tous les écrivains qui en ont traité sont d'accord à ce sujet; de là tant d'allusions à l'Orient dont fourmille la Comédie. M. Schmidt a cherché à démontrer, dans sa trës-savante Histoire des Cathares, que cette secte ne dérivait pas directement du manichéisme, en se fondant <c sur ce qu'elle aurait renoncé an caractère symbolique particulier à celui-ci. v Peut-être la Comédie, dont la contexture est toute symbolique et dont le sujet est la lutte des deux principes, l'amènera t-ellc à modifier son opinion. Peut-être aussi les démonstrations émanatistes de Béatrice, appuyées des discours mis par le poëte Ihéoloi^ien dans la bouche de saint Thomas-d'Aquin, feront-ils penser au docte historien que a sans lui faire la moindre violence, on pourrait découvrir dans la Comédie, et par suite dans le système cathare, dont elle nous paraît relever essentiellement, un gnosticisme Irès-recon naissable. » (ii, 263.) Mais sans nous arrêter à réchercher si le calhnrisme est de provenance exclusivement manichéenne, priscillianite, gnostique) paulicienne ou bogomile, ce qui a peu d'importance pour
notre thèse {Gf, Muratôri, Mosbeim, Gibbon^ Bossuet, J. Lami, Gieseler^ Farlati, Habn, Néander, Malter, Schmidt), il nous suffit de constater fon essence bétérodoxe et sa provenance orientale.
Si nous osions nous permettre une opinion à ce sujet, nous dirions qu'un double courant a fait pénétrer L'béréfiie catbare dans nos contrées d'Occident. Elle aurait suivi parallèlement la voie de terre et celle de mer, gagnant d*un côté par la Bulgarie, l'un de ses foyers principaux, la Moldavie, la Pannonie, la Moravie, la Bobôme et la Dalmatie; elle serait passée de là dans la Péninsule italique ; de l'autre côté, les nombreuses relations commerciales de la Provence avec les pays de TOrient, puis le grand -mouvement des croisades lui auraient ouvert la route de la France, d'où elle se propagea au delà des Pyrénées et de la chaînp des Alpes, en faisant de la Lombardie , placée comme au confluent des deux invasions, le centre de sa propagande, après la désastre des Albigeois.
Nous suivrons maintenant ses traces dansces diverses contrées, à partir de son apparition dans cbacune d'elles.
Sous le règne d'Alexis Comnène, les Pauliciens et les Bogomiles, déjà nombreux dans l'empire grec, deviennent l'objet de poursuites rigcureuses. (Euthym* Zigab. Adv. Masal. xxii, 444; Anne Comnène^ Alex, xv, 486 et suiv.) En 4440, synode de Constanlinople, lançant TexcommuDication contre les hérétiques. (Léo Allatius, 644, 674 et suiv.) Les progrès des sectaires continuent en 4480 , ils se propagent dans la Tbrace, la Grèce et les provinces d'Asie. (Joh. Cinnamus, ii, 40, p. 64 et suiv.) Theod. Balsamon, Sch. in Photii Nom, x, 8, p. 449; Germanus, Oral de exalta, crue. 4 4 4 et de Imag, 439.)
L'hérésie apparaît presque en même temps en France (Glab. Rad. 35), jsn Flandre (Mansi, xix, 424, 85), en Italie, en 4030 et 35 (Sismoodi, Rep, ital.^ t, 44&) et en Piémont (Landulph. Sen. 88, 89, Glab. Rad., 45). C'est surtout dans l'ancienne Aquitaine, dans cette Narbonnaise ou l'arianisme avait régné, dans le Languedoc et la Provence qu'elle se propagea avec rapidité dè:^ le^ premières années du xi* siècle. De là elle gagne tous les pays au sud de |a Loire» le Périgord, l'évèché de Limoges, la Marche de Poitiers. (Adémar, 454, 459, 464; GalL cAmI., b, 543; Gest Synod, Aurel, 604.) Dès cette époque, Toulouse en est devenoe comme la métropole. Mais on la trouva aussi dans la Chamfngne, où elle a établi son centre d'action dans le château de Monlwimer, au diocèse de Chàlons, et de là elle se répand dans celui de Rheims. (M artenne et D., Ampliss. ColLy i, 776; Glab. Rad., 23.) Gerbert, soupçonné de partager ses doctrines, croit devoir se prononcer contre elles. (£p. 75, ap. Bouquet, x, 408.) En 4025, elle se monlmit à Liège et à Arraà. (MansipXix, 428 ; J. Lami, c. 423 et suiv.) En 4 463, un certain nombre de Cathares flamands se réfugiaient à Cologne. (Godofredi Armales, 336.) De 4474 à 447S, l'évèque d'Arras, Frumald, exprimait ses regrets! Alexandre UI de son impuissance contre ces hérétiques. (Mari. «CD. Ampl, Coll. y II, 628.) Ce n'est qu'en 4482 qu'il parvenait à découvrir quatre de leurs principaux chefs, et les livrait au bras eécnlier. (Rad. Coggeshale, 92.) Vers 4470 on découvrait également une communauté secrète de Cathares daus la ville de Rheims. (N. ibid.)
BB l'hÉRÉSIR de DANTE. IMI
Aa midi, la secte s^étalt introduite en Espagne de:) la seconde moitié du XII* siècle. ( G. Neubrig. 435.) Mais elle n*ei)t d'établissement que dans les provinces voisines do la France, en Aragon, en Catalogne, en Léon,en Navarre. (P. Vall.Cern. 560; Luc.Tud. 482, 466; Espana Sagrada, elc.)
Ali nord elle se fraye sa voie en Allemagne et, dès 4062, l'empereur Henri III sévit contre elle a Goslar, dans la Basse-Saxe Herm. Gon* tract. 1. c. add. ad ehron. Saxon, dp. Bouquet, xi, 642; Gesta Episc. JUodiens, 902), et, apportée sur le Rhin par les marchands hongrois, elle y constitue son église, dont l'existence n'est trahie qu'en 4 4 16 ; elle y conserve son importance dans tout le cours du moyen âge. (Evervin. Epist. 462 etsuiv.) Vers 4460 on la rencontre en Suisse, en Bavière, en Sonabe et dans la Saxe, où elle avait pénétré par la Hongrie {Fasti Corbej.y 77), favorisée là, comme ailleurs, par la dôgradaiion morale et intellectuelle du clergé. (Potho, De statu domûs Dei, Bibl. jMax. PP. xxi, 489 et suiv.) L'église câlharé de Cologne s'était propagée dans plusieurs autres villes du diocèse, et principalement à Bonn, où elle comptait de nombreux croyants vers 4460. (Eckbei t, 942; Cœsar. Heisterb. 378 ; Triihem. Ann. Hirs.; Godofr. Annales, I. c.) L'hérésie cathare est également signalée en Angleterre vers 4459, (Guill. Neubrig. 453, 47; Rad. Co?geshale; 92; Rad. de Diceto, Iniag, hist. ap. Bouquet, xiii, 487), comme aussi en l'année 4340. (Pelri Blesens. EpisL 443, aci G. archiep. Ehorac. Bibl. PP. col. xiï, II, 793. Baleus, Cent. 3, p. 258; Fiiilin, De fanai, 9œe. XII, m Angliârepertis.)
Dans les pays slaves, l'église cathare était parvenue de bonne heure à une grande puissance ; elle régnait sans entraves de la part du clergé romain, méprisé pour sa démoralisation (Fejer, ii, 339, Ibid. 351 ; !. c. *i4, 111,1, 447; Farlati ni, 254), dans tous les pays sur la rive droit» du Danube. Elle avait ses établissements en Hongrie, en Croatie, en Esclavonie, en Dalmatie et surtout en Bosnie. (Vulcus à Innoc HL Kaona, IV, 676 ; Farlati, iv, 472; Fejer, m, i, 254 ; Reiner., 4767 ; Thom. Archidiac.,568, 570.) La Bulgarie, la Thrace, Constantinople, avaient leurs églises et leurs évêchés. (Reiner., 4767; Farlati, m, 232.) Enfin l'hérésie toujours envahissante avait pénétré jusqu'en Bohème et en Polo.^tie, (Raynald, xiv, 29, n» 42; Wadding, iv, 63; Boczek, m, 238.) Elle avait gagné l'Albanie et la poriio méridionale de la Servie appelée alors la Rasgia. (Farlati, nr, 382 ; Wadding, vin, 92 et suiv.) Aussi estce un pays que, malgré son obscurité, Dante ne manque pas de mentionner (Par. ch. XIX ) comme aussi l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, l'Esclavonie, en6n tous les lieux où l'hérésie avait pris pied.
L'Allemagne occidentale n'était pas à l'abri de Tinvasion hérétique, <î8f le synode de Trêves sévissait contre elle en 4234 (Gesta archiep. "^evir. 244) et les Dominicains découvraient, un siècle après, jusqu'à des Lucifériens parmi les nombreux Cathares du diocèse de Passau, à Vienne et dans la Styrie. {Annales Noves, 531 ; Pez, Script, rer. Austriac , ii, 5^33 et suiv.) Dans la première moitié du xiii* siècle, les communautés les plus nombreuses paraissent avoir été en Bavière. ( Add. à Reiner., a/>. G^etser, 27.) Il en existait aussi en Autriche, qui correspondaient avec belles de la Lombardic et de la Dalmatie (M. Paris, 443), a Maycnce, à 84,
Trêves, à Cologne, dans la Hesse, la Westphalie et le pays de Nassau. (Gesta Trev, archiep.^ 243, 244 ; Albericus, u, 643 ; Reimchronick^ ap. Kuchenbecker, ^nnai. Hassiac.y coll. vi, 250.)
En Italie, Milan eât toul d'abord un des foyers les plus actifs du caiharisme. Celle ville est en 1466 plus bérélique que catholique. {Acta SS. Avril, II, 595 ; Ugbelli, iv, 456 et suiv.) « Ce qui prouve, dit M. Scbmidl, que les villes guelfes s'opposaient aux prétentions des empereurs et faisaient alliance avec les papes, non par sympathie pour le catholicisme, mais dans un intérêt municipal ; résistant aux uns pour défendre leur indépendance républicaine et s'allia nt aux autres pour avoir leur appui politique. » (1,60.) Ce qui est Irès-vrai, Dante en fournissant mainte preuve. Dès 4450 on trouve des Cathares à Florence, où l'un de leurs principaux pasteurs s'appelle Diolisalvi ( Viia Parent, AcL SS. mai^ 5, 86), et le premier évéque de la branche de Concorezzo en Italie, est de Florence. (Vignier. 268.) Les femmes s*y distinguent par l'ardeur de leur zèle pour la propagation de la secte. {Act. SS. mai, 1. c.) £n 4476 ils sont assez puissants pour déterminer une révolution dans le gouvernement de la cilé {Chr, m. s. ital. ap. Lami, u, 494), ce qu'Ozanam appelle un soulèvement d'épicuriens; oui épicuriens comme Cavalcanti; et Florence devient un lieu de refuge pour leurs coreligionnaires proscnU. (Lami, ii, 496.)
A Orvibto le catharisme domine en 4 4 25 {Istor. di Ckiusi, ap. Muratori, Rer. It. scr. Supp. i, 898), ce qui lui vaut une persécution en 4463. (i4c(. SS. tnai, 1. c. Ist. Chiusi, 1. c, 903.) Delà il gagne Yiteuie, ou presque toute la population se déclare pour lui {Act. SS. 1. c. 87) ; mais où Dante signale des défections dans ce qu'il appelle les pécheresses de Viterbe. {Enfer , xiv.)
A VÉRONE l'hérésie se montre tellement audacieuse qu'en 4 484, Lu* cius 111, expulsé de Rome, y rend, en concile, un décret d'excommunica< lion contre elle, ordonnant de livrer ses adhérents au bras séculier. (Mansi, xxii, 476 ; Cœsarius Heisterb., 390. Cf. Raynald, xii, 7S6.) A Ferrarb , révéque est obligé pour expulser les Calhares de se faire assister du pouvoir civil. (Hiduratori, v, 89.) Ils sont poursuivis à Uod£.\e, en 4 192. (Molendina Patarinorum, 1. c. 86, 87.) En 4494, Henri Yl rend un édit contre ceux de Prato, qui se réfugient pour la plupart dans Florence. (Lami, ii. 484. Foy. le doc. p. 523 et p. 496.) Vers la même époque il y avait un grand nombre de ces sectaires en Calabre. (Joachim, in Apocal.j P 431 .) En 4224 il y en avait à Naples et à Aversa. (Loi de Frédéric 11, 42U ; Mansi, xxui, 589 ^ Raynald, xui, 379, n» 49).
Oulreles Cathares il y avait encore en Italie, au temps d'Innocent 111, des partisans des réformes tentées par Arnauld de Brescia, comme aussi des Vaudois ou Pauvres Lombards. (Reioer., 4775.1 Mais les Cathares ou Patérins, de beaucoup plus puissants, comptaient des adhérents parmi la haute noblesse et lu riche bourgeoisie, uui^si bien que parmi les habitants des campagnes ; ils occupuieut les magistratures et dominaient dans beancoup de municipes, à tel point que le clergé n'osait s'attaquer à eux. (Keiner., éd. Gretser, 35.} A cette époque Milan était leur mêtri>> pôle en Italie. [Frag.incert. auct. ap. Urstiiius, u, 90 ; Matlh. Paris, 290; St. de Bellavillu, 86.) Mais Dante nous douue suffisamment à coanaitre
DE l'bÉRÉSIE de DANTE. 1285
que la haute stiprématie avait passé de son temps à l'église de Mantoue. Croyanb et Parlait s remplissaient Vérone, Viterbe, Ferrare, Florence, où ils formaient près du tiers de la population, chiffre plus fort que celui de Cacciaguida ( Par. xvi ), comme aussi Prato ei Orvieto. (Muratori, v, 89; Innoc. III, Èpist. ix, 84 ; ap. Brequigny, ii, ii, 850, et vu, 37; L c. Il, II, 850 ; Vita Parent, in Act» Sanct. mai, v, 86; Voy, notaronient pour Florence, Ripoll, i, 74, et Lami^ ii, 537 etsuiv.) Ils ont des communautés à Faenza, à Rihini, à Como, à Parme, à Crémone, à Plaisance. (Innoc. ep. IX, 4 8, ibid. vu, 37 ; Malth. Paris, 442 ; Mansi, xxiii, 586 ; Vit. Parent. Act. Sanct. mai, v, 86; M. Paris, L c. Inn. Ep. ix, 466 à 469. . Ughelli, II, 2^20 Leur église de Desenzano, sur le lac de Garda, signalé par Dante {Enfer, xx) est une des pluit importantes. (Bonacurs. édit. de Baluze, 584;Reiner., éd. Gretser, 35.j Enfin dans Rome même ils ont une communauté organisée et des écoles publiques. ( Caesar. Heisterb., 394.)
Concurremment, le vaudéisme se manifestait, vers 4470, à Lyon, où il avait été sans doute apporté des vallées du Piémont, et se répandait avec une rapidité étonnante vers le nord et vers le sud, mais surtout en Provence. Il trouva de nombreux partisans dans cette contrée et finit par s'y fondre avec l'albigéisme. Dès le milieu du xii" siècle, on trouve le , midi de la France divisé en plusieurs évêchés, ceux de Toulouse, d'Âlby, de Carcassonne, du val d*Âran, dans le comté de Comminges, et d'Aran. (Bouquet, XIV, 448; Reiner., 4767, 4774; Robert de Monte, 324.) Le peuple donnait aux Cathares, dans les bras desquels il s'était jeté en iiaine du clergé romain, le nom de bonshommes ^ de bons chrétiens (Paradis, xxrv); leurs adversaires les traitaient de Tisserands et de PoblicainSy par corruption de Pauliciens, En Italie on les appelait plus souvent Patérins, Tartarins ou Pauvres Lombards.
£n 4463, le concile de Tours prescrivait au clergé catholique une extrême vigilance contre l'hérésie. (Can. 4; Mansi, xxi, 4477.) En 4465 les prélats de la Provence appelaient les Cathares à une discussion publique de leurs dogmes dans le châieau de Lombers. (Mansi, xxii, 457; D.- Yaissette, m, 535 et suiv. en note.) En mai 4467, les Cathares ^uxmémes se réunissaient en concile près de Toulouse, à Saint-Félix-de- Caraman, pour régler les affaires de leur église. (Besscf, 483; Sandius, 590; Bouquet, XIV, 448.)
En 4477, une persécution suscitée par Raymond V, comte de Toulouse, de concert avec le cardioal-légai Pierre de Saint-Chrysogone, ne sert qu'à démontrer combien l'hérésie avait déjà jeté de profondes racines dans les pays de langue d*oc. (Lettre de Raymond ap. Gervas. Cant. Chron., 4 441 ; Lett. de Henri de Clairvaux, ap, Roger deHoved., 578; Biog. TouJous.^ ii,33; Rob. de Monte; ad. ann. 4178, 321.)
Eu 4 180, première croisade albigeoise, prêchée par le cardinal-légat Pierre de Saint-Chrysogone , sans autre, résultat que des ruines et du sang, si bien qu'il fnut en revenir à des discussions publiques avec les Bonshommes, en H 90, dans l'église do Narbonne. (Bern. Font, calid.,^ Adv. Waldenses, ap. Gretser, app. xri, ii, 496 et suiv.). Et c'est en vain qu'en 4495, dans le synode tenu à Montpellier, injonction est de nouveau faite aux prélats du Midi d'exécuter les prescriptions du concile de La-
tran de 4479 contre les hérétiques; Talbigéisme gagnant chaque jour du terrain, menace désormais l'Église de Rome eUe-raôme«
Le danger était donc immense pour le catholicisme, et il s'aggravait de jour en jour, lorsque , promu au siège pontifical , Innocent III jugea rinstant venu d'étendre une main de fer sur l'hérésie. Il parvint à en triompher à force d'habileté et d'énergie. En même temps qu'il la poursuivait sans relâche en Italie, tant par lui-même que par sas légats, il proclamait la croisade contre les Albigeois , et l'ouragan dévastateur se déchaînait sur le midi de la France.
Une fois l'œuvre d'extermination consommée avec le concours de Simon de Montfort, de l'abbé Arnauld Amaury et de l'évèque Foulque, assisté des prières de saint Dominique , les pluS/ influents et les plus compromis parmi les hérétiques durent s'expatrier, t Quelques-uns allèrent jusqu'en Bosnie; d'autres passèrent en Espagne ; le plus grand nombre se réfugia en Lombardie, où ils avaient, depuis le xii^ siede, leur église française à Vérone. » (BiiU des cath,, i, 294 ,) Mais les luttes violentes que suscita dans la plupart des villes l'établissement des nouveaux tribunaux de la foi, témoignèrent de la persistance vivaoa de h secte et de l'irritation des populations. (Aroh. de Vinguù. de TouUme et de Carc€ns.) Les inquisiteurs étaient insultés , poursuivis, massacrés, les registres d'uu tribunal odieux brûlés. (Jhid,) L'hérésie ne cessa de donner signe de vie que dans le cours du xiv^ siècle, quand les procédés de l'inquisition commencèrent à s'adoucir, en exécution des mesures ordonnées par Clément V et par le concile de Vienne. Mais elle oontioua â couver sous la cendre, jusqu'au moment où elle &t explosion aoua le nom de Réformation.
Doctrines, rites, usages religieux des Catiiares •■
Albigeois.
Il est presque impossible de formuler aujourd'hui les doctrines professées par les dissidents appelés Vaudois, Albigeois, Cathares, etc. Coati* nuellement épiés, poursuivis, menacés, ils écrivaient nécesâairemeDt peu d'ouvrages dogmatiques, quoique l'inquisiteur Moneta cite ceux de Tétricus (ii , 42 ,*71 , 79 , 94) , Rinieri Saccone , celui de Jean de Lvzw (1773), et Luc, évêque de Tuy eu Espagne, \eurPerpendieulum$cienUa' rum, titre tant soit peu maçonnique. Les livres saints , traduits en langue vulgaire, leur fournissaient le texte de leurs instructions orales, et ils se mettaient à la portée de tous dans des compositions, tant en prose qu'en vers, où une phraséologie symbolique et des noms de conveotion leur permettaient de combattre leurs ennemis tout en propageant leur foi. Mais la plus grande partie des romans, poèmes , causons, sirveotes, etc., dus à la verve féconde des missionnuires de l'albigéisme, «ooi désormais anéantis. Objets d'une poursuite incessante de ta part de Tinquisition, un petit nombre seulement a survécu ; U littérature elle-uéiDe a péri, sous la double atteinte de l'autorité politique et de la puissance religieuse (t;oy. Fauriel). Les détenteurs même de ces livres prosciit^
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finirent par les livrer aux flammeâ, dans la crainte d*èti% compromis par eux. Témoin le marquis de Monlferrant, en Auvergne, faisant brûler en quantité considérable , au commencement du xiii« siècle , libros omnes seetarum^ et notamment ceux des Albigeois, qu*il avait mis quarante ans à amasser. (St. de Bellavilla, 85.)
Leurs croyances ne nous sont donc parvenues que par l'organe de leurs adversaires , et d'ailleurs le langage évidemment symbolique employé par eux dans leurs controverses, rend assez difiicile de les préciser avec certitude. Nous en avons exposé quelques-unes dans le cours de notre Cùmmentaire. Nous ne signalerons donc ici que celles qui nous paraîtront offrir quelques rapports avec les propositions émises dans la'Comédie, et, dans les mêmes limites, nous appellerons l'atteniion sur les rites et les usages de ceux que nous considérons plus que jamais comme ayant été les coreligionnaires du po'ëte florentin ou leurs héritiers directs.
Pour les Cathares , il y aurait eu deux créateurs; l'un d'eux, principe de lumière, tout amour et bonté, aurait produit le monde invisible, intellectuel , éternel , dont tout est parfait; l'autre, envieux et méchant, principe de ténèbres, du mal physique et moral, serait l'auteur du monde visible, matériel, périssable, qu'il gouverne seul et auquel le Dieu bon reste étranger. (Moneta, 3; Eckbertus , 899 ; Ermengaud., 223 ; Manus, 6 ; Luca Tudensis , 94, etc.)
C'est en partant du même principe que chez les F^' .M.*, il est dit au récipiendaire dans la loge philosophique de la clef : The compass gives youthefaeuHy ofjudging by yourself that whatever Goo ras creatbd (immêdiaiely) is tcell.,. In himself tkere is no evil, because he has made every ihing (in heaven) with exactness, and every ihing (celestial) eansto aogording to his will, consequently as it ougut to be.... The wish ùf ihe Etemal in creaiiny the world ( of intelligences) by a libéral act ofkis oivn, well foresatv every matter that could possibly happen in conséquence thereof; that is io say : That every thing therein contained AT THB SAME TIME OF THE CREATION, was good. Voilà on quolsj termes frère Vérité adresse la parole à l'un de ceux qu'il appelle zealous extir^paiers of superstitions and lies , perpendicular men, made polished by reason^ pour qui rËvangile doit être la seule loi à suivre» [Light on A/.'., 256.) Revenons maintenant à la doctrine cathare.
Le Dieu bon a formé le monde invisible de quatre éléments immatériels ; c'est la « cité permanente » ayant ses cieux, son soleil, ses astres, qu'il a peuplée d'êtres célestes , composés d'une âme et d'un corps immatériel, et d'un esprit qui les dirige ; tout ce peuple céleste , créé à la fois, au commencement de toutes choses , constitue la Jérusalem cikste, le peuple de Dieu. (Moneta , 3 , 42 et sùiv.) Quand saint Paul prie Dieu de conserver « l'esprit, Tàme et le corps dus fidèles» {i^ Thessal., v, 23;, les Cathares entendaient l'intelligence supérieure exerçant pour l'âme de chaque homme céleste les fonctions d'ange gardien. (Moneta, 406.)
S*ils accordaient donc que le Dieu bon a créé aussi les choses visibles, ils entendaient les choses visibles aux anges et aux hommes célestes. (PerigrinusPriscianus, 94.) N'attribuant pas d'existence réelle à la création visible , elle était pour eux le néant ou rien > puisqu'elle n'était pas l'œuvre du Dieu bon, seul capable de donner Vétre, qui est une perfection.
Lors donc qu'ils eonfessaient que Dieu a créé le tout, ils excluaient dans leur pensée ce qui est en dehors du Ciel ou de la perfection. (Aci. dt Vinq. de Carcass., 4247 ; Doal, xxii, f. 96.) On retrouve ici la filiation des expressions symboliques, Niente ou Nulla, appliquées auPape, prince du monde matériel, en même temps que TuUo à TÉmpereur, prince du mond6 intellectuel,' et Ton s'explique cette épitapbe du poète, si peu comprise jusqu'ici , Theologus Danies NulUus dogmatis cxpers, c esl-àdire profondément versé dans le dogme catholique , dans la doctrine de messire Néant. Si les Cathares répondaient aflirmativement aux inquisiteurs leur demandant s'ils croyaient que Dieu a créé le ciel , la terre , ta mer, elc, c'est qu'ils entendaient par le ciel , les âmes célestes, création du Dieu bon , par la terre, les âmes terrestres , non initiées encore à la vérité, par la mer, l'eau profonde et pure de la doctrine du salut, et par tout ce qu'elle contient, la foi qui sauve et purifie. {Disp, inler Cath, ei Pater. 4707.) C'est dans ce système métaphorique, adopté pour dépister l'inquisition, que la Comédie a été conçue et exécutée, de même que tant d'autres compositions italiennes et provençales.
D origine divine , puisqu'elle est l'œuvre directe de Dieu , l'âme humaine, à la différence du corps, n'est pas destinée à rester sur la terre où l'a reléguée sa désobéissance. Elle retournera au Ciel , laissant sa dépouille à la terre , domaine du démon , qui seule est l* enfer. (Moneta, 381 ; Reinerius, 4768.) C'est dans le même sens que les Francs-Maçons disent au néophyte qui se présente pour le grade de maître: Skall^ dust retum to ihe earth^ as it was; and the spirit retum unto Godwko gave it, (Lighton M.*., 64 .) Toutes les âmes célestes seront sauvées, carsi Dieu procédait par élection envers les âmes qu'il a créées, il serait iojuste et non plus parfait. Les seuls damnés destinés à rester sur la terre sont les esprits créés par le mauvais Dieu. (Alanus , 24 ; Monéia, 4iet suiv., 549; Ad. de Vinq. de Carcass., 4247; Doat, xxii, f. 98, 404; De Toulouse, 4273; Ibid., xxv, f. 60.) Ils rejetaient en conséquence la doctrine de la prédestination, qui leur paraissait une erreur énorme, leiie qu'elle est établie par saint Augustin. (Moneta, 549.) Pour ceux d'entie eux que M. Schmidt appelle les dualistes mitigés, l'âme, insufflée par Dieu au corps créé par le démon, était douée du libre arbitre, Ponvnl liberum arbitrium^ dit Moneta, 6; aussi Dante exalte-t-il cette facuitc sous le nom de nobile virtù^ et la fait-il préconiser par Béatrice- (Par., Y.)
Jésus-Christ n'était pour la plupart des Cathares qu'une créature du Dieu bon , mais Dante nous fournit la preuve que, pour certains d'entre eux au moins , il était, conséquemment aux doctrines gnostiques, une émanation du Père , ainsi que Ta pensé Néander. {KirchengeschichUy v, 766.) Dieu, disaient-ils, n'a pu s'humilier jusqu'à se loger in utero mulieris , pour s'incarner en revêtissant un corps formé par le Dieu mauvais. (Act. de Vinq. de TouL, 4273; Doat, xxv, f. 60; de Corc, 4305, ibid., xxxiv, f. 98 ; Lib, sent. inq. Tolos., 249.) Il est venu sur la lent avec le corps éthéré dont il est revêtu dans le ciel. (Alanus , 69.) Le Christ n'aurait fait que passer par Marie, qui du reste aurait été ellemême pour beaucoup un esprit céleste, en qui il serait entré et d'où il serait sorti par l'oreille (Moneta, 223, 232 j £v. Johannis, chez Benoist,
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1, 290), doctrine qu'on rencontre dans d'anciennes litnrgies de l'Église et chez plusieurs Pères orthodoxes, en Orient et en Occident.
Le Saint-Esprit, inférieur à Jésus-Christ, diffère de substance avec lui, substantialiter diversus^ et avec le Père, qui seul est Dieu ; il est le chef des esprits célestes, de ces anges gardiens qui consolent sur la terre les âmes célestes obligées d'y rester, et auxquels s'applique le nom de Paraclet. (Mooeta, 4, 269 ; Reinerius, 4768.)
On veut que les Cathares crussent à une transmigration des âmes dans un certain nombre de corps, jusqu'au moment où elles reconnaîtront et embrasseront la vérité. (Moneta, 4 4^.) Pierre de Vaucernay fixe à sept le nombre de ces transmigrations (556). Alanusparlede dix et même de seize. (P. 24.) L'âme de saint Paul, selon'd'autres, aurait traversé jusqu'à trentedeux corps, avant d'arriver à la lumière dans le trente-troisième. (Act. de Vinq. de Carcass», 4305 ; Doat, xxxiv, f. 96.) Comment le savant auteur de V histoire des Cathares et Albigeois , dont nous résumons les précieux travaux , n'a-t-il pas reconnu à ces chiffres que de pareilles migrations étaient purement symboliques, comme tout le reste; que les sept premières se rattachent aux sept grades primitifs de la Maçonnerie, les trente-trois aux trente-trois grades de i'Ëcossisme templier, et les nombres intermédiaires à la limite indiquée par Dante, à ces grades que ne pouvaient franchir les enfants dont il signalait les volti e voci puerili, enfants qui voulaient bien combattre Rome , mais n'osaient embrasser la religion d'Amour? {Par., xxxu.) Telle est si bien la signification de ces diverses transmigrations, que M. Schmidt lui-même nous a dit : « Suivant les Cathares, la mort n'a pas la même signification que pour tous les hommes. Pour ceux qui achèvent leur expiation , c'est-à-dire qui sont initiés dans la secte (pour commencer une vie nouvelle)^ elle est le terme de la pénitence, le moment où l'âme , dégagée des liens de la matière, rentre dans le monde céleste du Dieu bon. » (ii, 47.) Les autres continuent sur la terre et dans un autre corps l'œuvre de la réhabilitation. Par suite , point de jugement immédiat après la mort , point de purgatoire (S. Bemardi Serm., 66; Eckbert., 899; Moneta, 374 ; Reiner., 4752 ; Disp.<t 4733); point de résurrection de la chair au ju<;ement dernier (Ërmengaud., 238 ; Ebrard., 448; Alanus, 48 ; Moneta, 348; Reiner., 4764 ; Disp., 4736); point de prières pour les morts, car Dieu cesserait d*êire juste s'il faisait miséricorde aux coupables pour les mérites d'autrui. (Eckbert, 91 5 ; Alanus, 4 63 ; Moneta, 374 et suiv, ; Disp., 4733.)
On peut être certain, du reste, que les Cathares croyaient à la transmigrsition des âmes de la même manière que les Templiers modernes croient être tour à tour Melchisédech, Salomon, Cyrus, etc., dont, selon le grade, ils prennent successivement le nom dans leurs loges : de même que Dante croyait avoir passé du corps d'Adam dans celui de Ryphée, dans ceux de David, d'Ezéchias, etc. Les inquisiteurs devaient se perdre dansces fantasmagorief^, et, àleursuile, les historiens, signalant jusqu'aux derniers siècles des Pythagoriciens dans le royaume de Naples. {Voy, Baldachini, Vita di Campanella etË. Renan., Hist. de l'Averroïsme.)
Selon les Cathares, le seul moyen de réhabilitation pour l'âme pécheresse était une pénitence radicale et un changement absolu de vie, en se faisant admettre dans leur église. Cette réception, appelée le Consolamen'
ium, était leur baptême de feu, ou baptême de TBaprit, en oppMîtkm au baptême d'eau ; il se conférait par Fimposition des mains , et indépendamment de sa signification symbolique » il avait l'importance et tous les effets d'un sacrement. (Ermeng., 326 ; Bonacursua, 309; Moneta, 373 et suiv. ; Reiner., 1764 et suiv.) De ce moment, le croyant était Parfait, il était Pur, Saint ou Cathare; il était parmi les amit de Dieu, les bon»hommes , les bons chrétiens. (Mansi , \m ,457; Act, de Vinq.^ çâ et là ; Lt6. senL inq, ToL, 23, 403, 434.)
Eh bien , les héritiers du Temple conservent fidèlement le baptême de feu. Que répond en effet aux questions qui lui sont posées le récipiendaire au grade de Maître Advitiam, Vénérable de toutes les loges symboliques? Qu'il a été reçu par l'acier )at par le /eu.--' t Que signifie le feu? — 11 rappelle à notre esprit que nos ancêtres, our fùreftUherSy étaient purifiés par le feu*, » {Light onM.',^ 237.) Il est bien difficile de ne pas entendre faits Purs ou Cathares par le baptême de feu ou de TEsprit. il y aurait tout un livre i faire de pareilles concordances entre le Catharisme, la Maçonnerie et Dante.
A l'imitation des Apôtres , les Parfaits s'interdisaient tonte propriété personnelle ; les revenus des biens qu'ils abandonnaient s'ajoutaient à un fonds commun servant aux besoins de l'église et de ses minisires, fonds commun alimenté par des donations , pensions et legs , provenant de la munificence des croyants. (Aist. de i'ing. de Ckiroass. ; Doat, xxii, f. 4 43; Lib. sent, inq. Toi., 404; 549.) Ils étaient donc communistes , nous n*avons donc pas calomnié Dante en le disant socialiste.
Les rigoristes parmi les sectaires réprouvaient le mariage (tMiy. presque tous les auleurs déjà cités) ; ils s'interdisaient non moins sévèrement l'usage de la viande et de toute nourriture de provenance animaie. (Ibid.) Chez les Cathares mitigés, ces prohibitions n'étaient de rigueur que pour les Parfaits. De là ces dénominations de Pythagoricicas et de Sloïciens par lesquelles les premiers étaient désignés, et celle d'Épicuriens appliquée aux derniers; dénominations reproduites parles écrivains du temps, qui n'en savaient pas la valeur, et par les moideroes qui s'étonnent de l'existence de ces sectes philosophiques au moyen âge. En faisant vœu de pauvreté, le Parfait renonçait à toutes les jbies de la famille et se consacrait à une vie errante, pleine de périls et de privations. (P. Vall. Cern., 556; lÀb, sent. Inq. Toi., 450; Bvervin., 454.) Qu'on se rappelle l'existence de l'austère Alighieri, s'abstenant defiaire une seule fois la moindre allusion à sa femme et à ses enfants, soit dans son poëme, soit dans ses autres écrits* Voilà pourtant l'homme dont on a fnit un Céladon platonique et un coureur d'aventures galantes.
Dans la branche de Bagnole notamment, la plus éclairée, à ce qu'il semble, les simples croyants pouvaient être mariés, posséder des richesses , faire la guerre et se nourrir de tous mets indifféremment , sauf absolution des Parfaits. 7V>ii5 n'étaient pas initiés auœ doctrines la plus secrètes du catharisme; Vinstruction complète n'était donnée quà ceux dont la persévérance avait été éprouvée. (Reiner., 4768} Ad. de Vinq. deCar^^ass.y 4305; Doat, xxxiv, f. 402.)
L'organisation ecclésiastique de la secte était des phis simples, car, rejetant tous les autres Ordres de la hiérarchie, el^e n'admettait querè*
DE l'hérésie PE DANT£r. 1991
piscopat et le diaconat. Les croyants donnaient à leurs évoques le nom de Père ou de Maître^ comme les apôtres appelaient Jésus-Cbrist, et comme Dante appelle Virgile ou de Yirgîlio; ce nom de maUre reste de même affecté au Vénérable dans la Maçonnerie ; chez les Vaudois, les évèques étaient désignés par le nom de Barbas, équivalant à père. A chaque évèque étaient attachés deux ministres, destinés à le suppléer, avec le titre de Fils majeur et de Fih mineur. (Nous retrouvons ces deux acolytes dans la Maçonnerie sous les noms de Senior warden eiûe Junior warden.) Venaient en dernier les diacres et sous-diacres, appelés, en cas d'absence de révoque el de ses fils, à en remplir les fonctions dans les localités éloignées. (Moneta^ 278, 313. i4rc^. de l'inq. de Tout,, Reiner., 4766.) Of, la Maçonnerie a précieusement conservé ses diacres et ses sous-diacres, senior and junior Deacons, (Voy, Light on M*', dès l'initiatien au premier grade.)
Leur église consistait dans la réunion des Parfaits , seuls bons chrétiens et successeurs des Apôtres , peuple de Dieu sur la terre , église devant toujours être pure et sainte dans ses i^embres, et avoir la saine intelligence du Christian isme, pour conserver le don des miracles. Or, les Parfaits faisaient des miracles, lorsqu'ils convertissaient des âmes à Dieu, éloignaient d'eux les serpents, et leur parlaient des langues inconnues; îinguis novis loquuntur , quia ipsi credeniibus suis inaïkdita proferunt. (Disp. int Cath. et Pat., 4750.) Dante aussi faisait des miracles en parlant et en écrivant dans une langue nouvelle, dont l'Amour était le dittator. Ils refusaient en conséquence le nom et le caractère d'église à celle de Rome, qui conservait dans son sein des membres corrompus et pervers (Ebrard., 433 ; Disp.^ 4754), comme ne cesse de le fa^ire Dante dans tout le cours de sa Comédie, divinisée par les sectaires. Ils lui reprochaient ses pompes, ses richesses, le luxe de ses ministres, son ambition, son insatiable avarice (Moneta , 390 , 393 et suiv.) et faisaient remonter sa décadence au temps du pape Sylvestre. (Bonacursus , 209.) Elle était pour eux la synagogue du démon, l'église du Dieu mauvais (inspirateur del'amour maux^ais. Dante), celle dont il est parlé cb. xvii de V Apocalypse. (Moneta, 397; P. ValL Cem, , 556; Act, de Vinq, de Carcass,, 4247, D*, xxii, f. 9S ; Li6. sent. inq. Tolos., 37.) La leur était réglise des Purs, des justes, des amis de droiture, comme disaient les Provençaux, de drittura, écrit Dante ; et de même les Maçons se disent : Sons of righteousness, Nosira est ecclesia uhi sunt homines justi et oasti, non mentientes, non fraudantes. (Disp. int. Cath. et Pat., 4754 .
L'église cathare, au contraire, était la Jérusalem céleste exallée dans V Apocalypse, et c'est sous ce nom que Téglise de vérité figure encore dans les cérémonies maçonniques, comme dans la Comédie, oti ses habitants sont revêtus de la bianca stola, robe blanche d'innocence, are clothed in white. u La tenture de la loge de réception au grade de Grand- Pontife ou sublime Écossais représente la céleste Jérusalem, descendant du ciel sur les nuages pour écraser les restes de la Jérusalem actuelle (Rome, la cité terrestre) et un serpent à trois têtes ou hydre encftainée, représentant la perversité, unckedness, des infidèles qui yj-ésident. En bas, la Jérusalem actuelle semble renversée sens dessus dessous, et la Cité céleste semble écraser le serpent à trois tètes. » Le récipiendaire
mis en présence de ce tableau déclare détester fous les perfides et jure de rompre toutes communications, correspondance«t liens d*amitié avec ceux qui sont tels. [Ligtk on Af.*., 233-34.) Vedi nostra'città, dit Béatrice à Dante. {Par^ xxx.)
Mais il y a plus : l'église de vérité se reproduit encore sous une au(re forme dans les cérémonies maçonniques. Nous avons parlé (note 46 du ch. xxiii) de la conception dans la lune : voici comment cette figure est expliquée au récipiendaire : The conception or woman rising in the moon, demonstrate< the purity that matter subsists of in order ta remain m ITS PURE STATB unmixed tcith any other body, from tvhich must corne a netv king and a rkvolction, or fullness of Urne filled frith glory, whose name is albrabst ( Vabraxa gnoslique?). Or, rien de plus clair que ce symbole, grâce aux explications de noire commentaire et aux preuves à l'appui. Il nous montre Téglise cathare sous la forme d'une femme ou d'une vierge pure, s'élevantau milieu du monde catholique, de la lune maculée, toute matière, s'y conservant immaculée, unmixed with any other body^ et devant enfanter un Messie appelé à opérer une glorieuse révolution religieuse et sociale, quand les temps seront accomplis. On voit que la lune conserve ainsi dans la maçonnerie la signification symbolique qu'elle ne cesse d'avoir dans la Comédie. Cet astre changeant est encore là l'Église romaine^ bien différente de cette vierge sans (ache. decdte Marie, chaste mère du Rédempteur impérial, personnification mystique de la communauté des Cathares.
Dieu étant présent en tous lieux, surtout « là où deux ou trois sont assemblés en son nom , » ils ne se réunissaient que forcément dans des édifices de pierre. Ils célébraient indifféremment les cérémonies de leur culte dans des forêts, des prairies, des vallées , des cavernes , dans des châteaux ou des cabanes. (Ebrard., 432, 462;Alanus, 458; Moneta, 454 ; Disp., 1749 ; Euthymius, de Bogom,,Vl.) — Où nos anciens frère» se réunissaient-ils avant qu'ils eussent des loges? est-il demandé a Tapprenti maçon, qui répond : On the highest hills andihe lowest traient ; et trois suffisant pour composer une loge parfaite, on rappelle, dans la prière adressée à Dieu, les paroles du Rédempteur : Thou hast promiscd that « where two or threc aregathered togetherinthy name, thou tcili be in themidst ofthem, and bless them. » Light on M.'., 45, 38. Une nappe blanche sur un banc, sur une table, où le Nouveau Testament était ouvert à Févangile de saint Jean , tel était leur autel et tout Fappareil du culte. {Act. de Vinq.) Vous trouverez de même une bible ouverte sur ce qu'on appelle l'autel dans les cérémonies maçonniques. A leurs yeux, les images étaient des idoles. (4452, Fast. Corbienses, 77; P. ValL Cem. , 557; Moneta, 454 ; Disp,, p. 4749, etc.) La croix rappelant un triomphe du Dieu mauvais , ils Ta Valent en horreur, ne comprenant pas que des chrétiens pussent adorer, dans l'instrument de son supplice, l'ignominie du Sauveur, ignominiam Christi, disant : St pater vester suspensus esset in aliquo patibulo , ipsum patibulum abominaremini , et non honorareiis illud. (Moneta, 464 ; Ub. sent, inq, Tolos., 42, 42t, 132, 418. 4 94 .) Crucem dicunt cliaracterem esse bestiœ, quœ in Apocalypsi fsse legitur, et abominationem in loco sancto. (Bonacursus, p. 209.) On comprend dès lors pourquoi les Templiers, dans leurs initiations mysté-
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rieuses, auraient craché sur la croix. Du reste, les inquisiteurs opéraient certes de leur mieux pour faire prendre en horreur aux sectaires, soumis par eux à ia pénitence, cette croix qu'ils leur faisaient porter sur leurs habits, en étoffe de couleur rouge. Aussi Dante 'a-t-il soin d'indiquer que celle de ses Patriarches des croisades est de toute autre forme.
Le service religieux consistait dans une prédication ou instruction sur un passage dy Nouveau Testament ; ensuite, les croyants, ployant les genoux, imploraient la bénédiction. Tous alors récitaient l'oraison Dominicale, Tunique prière qu'ils' cri/ssenl permise à des chrétiens, et ils la terminaient par ces mots, qui ne se trouvent pas dans la Vulgate : « Car à toi appartiennent le règne , la gloire et la puit^sance à jamais. » (S. Matth., vï, 43 ; Àrch. de l'inq, de Carcass., 4243, D', xxii, f. 140 6; Vaisselle, m, preuves, 436, 438; Lib. sent. inq. Toi., 10, M ; Pereg. Priscianus, 95; Arch. de Vinq. de TouL, 4273, f. 47; Moneta, U5.) Aussi vous remarquerez que Dante s'est abstenu dans son xi'-' chant du Purgatoire de donner la fin du Pater noster, qu'il fait réciter aux orgueilleux. Le service se terminait par la bénédiction, qui se donnait en ces lermes : Le Père, le Fils et le Saint-Esprit veuillent vous épargner un jour et vons pardonner vos fautes. (Arch, de Vinq. de TouL, 273, D^, XXV, f. 447-49; Lib, sent. inq. Toi, 29.)
Le consolement ne se donilait qu'aux adultes et aux croyants des deux sexes, jouissant de toutes leurs facultés. {Actes de Vinq. ; Eymericus, 433.) « Je promets, disent aujourd'hui les Maçons, de n'admettre à l'initiation ni un vieillard en enfance, ni un mineur, ni un athée, ni un idiot ou un fou. » {Light on Af.-., 62.)
Dans les temps de persécution, cette cérémonie^ la plus Imposante du culte, se fais^ait de nuit et dans le plus grand mystère. (Eckbert., 944 ; St. de Bellavilla, 90.) De nombreux flambeaux allumés symbolisaient le haptème de feu. L'assemblée se rangeait en cercle (figure parfaite) autour de la table couverte d'une nappe blanche servant d'autel (Vaissette, m , preuves, n"' 224, 387), per ordinem in circuitu cum reverentia magna. (Eckbert., 944.) The Brethern assemble round the altar^ and FORM A GiRCLE, Icàving a space for the most Excellent Master, (Light on M»'., 446.) Le ministre, placé au centre^ donnait au néopliyte, debout près de lui, l'in^^truction doctrinale, le bénissait par trois fois (comme saint Pierre, qui Ire volte cinse Dante), et recevait du nouveau frère la promesse de se conformer aux règles de la vie cathare; engagement analogue à celui que prennent les Maçons. Il s'engageait, entre autre?, à ne jamais dormir sine camicia et bracis, ce que prescrivait aussi la règle des Templiers, et à être toujours accompagné de son socius. (Forma qxmlitçr hœretici hcereticant hcBreticos suos ; chez Martenne et D. Th. Nov. anecd., V, 4776; Arch. de Vinq. de Carcass., 4243 , DS XXII , f. 410 a.) Le Pasteur lui donnait ensuite le livre saint à baiser, puis appelait sur lui l'EspritSaint, le Paraclet. Alors l'assemblée récitait 1 oraison Dominicale, et le service était clos par la lecture des flix-sept premiers versets de l'évangile selon saint Jean (Vdiâsetle, /. c; lirmeng., 236; Eulhym., Narr. de Bogom., 26), lecture reproduite fidèlement dans certains grades de la Maçonnerie ; ajoutez que dans les
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réceptions il n*e8t pas moins cité de psaumes ou de pasiagisB de VApocalypse que sur les rampes du Purgatoire.
En signe de son initiation , le Trère consolé recevait quoddam filum subtile lineum vel laneumpro habitu (les Maçons appellent leurs insignes ou bijoux abito) quem portai supra camiciam. (Forma qualiter, etc., I. c; Lib, sent. inq. Tolos., 249.) Les femmes portaient cordulam cinctam ad camem nudam subtus mamillas. (Arch, de Vinq, de Tout., 4273, D* , XXV, f. 60 a.) li est assez remarquable qu'au joutd'hui encore Tapprenli Maçon est introduit dans la loge de réception un pied nu, Tautre chau^ d'une sandale (en souvenir desinsabbatati?) avec une corde autour du cou, dont la longueur mystique est de trois milles (Light on If.*., 8), et le Maître Maçon de Marque, Mark master, avec celte 'même corde roulée quatre fois autour du corps. {Ibid., 96.) Le nouveaii Parfait reeevaift psr deux fois le baiser de paix, que le ministre lui donnait sur la bouche, bis in ore ex transverso; osculwn fratemitatis qu1l transmettait à son voisin et qui passait ainsi à la ronde , puis l'assemblée se séparait. {Forma qwU,,etc,, l. c; Arck, de l'inq, de Carcass., 4243, DSxxii, f. 442 6, etc.) {.es Parfaits et les Parfaites se donnaient entre eux les noms de frère et de sœur. (Act. de lUnq. de Carcass. ^ 4243, DS xxiv^ f. S03 et suiv.) Àu^i Dante ne manque*t-il pas d'employer les vocables frate et suora, au lieu de fratello et de sorella. Ils avaient de plus des mots et des signes particuliers pour se reconnaître entre eux, sans se révéler aux autres. (Alberic, 326, Proc. d'Arm. Pungilovo, Mural., Ant. it., V, 434.) Tous ces lisagcs rituels se perpétuent encore fidèlement dans la Franc-Maçonnerie, et se retrouve;it avec les moindres détails dans la Comédie.
Chez les Cathares, la cérémonie appelée bénédiction ou fraction du pain correspondait à la Sainle-Cène ; elle se répétait a chaque repas. Aprcâ avoir récité Torai^^on Dominicale, un ministre, ou le plus âgé des Parfaits, bénissait un pain, dont il distribuait les morceaux aux assislanl$. (Evervinus, 455; Reiner., 4763.; Ils appelaient ce pain panem samd9 oratïonis {Lib. sent, inq, 2b/.,Eymeric., 274), disant quod erat panis de Deo. (Lib. sent., 442.) Dans les temps de persécution , le pain béoî était porté en secret aux croyants éloignés, surtout aux fêtes de Noël et de Pâques, (Proc. d'Arm. Pungilovo, chez Muratori^ Antiq. it., V, 437; Arch. de Vinq^ de Tout., et Lib. sent., 442, 460, 498.) Us n'altachaient du reste aucune signiGcation mystique à leur pain bénit, bien loin de croire qu'il eût à devenir, par la consécration, le corps même ûeJésua^ Christ, puisque pour eux ce corps n'aurait été qu'apparent. (EckberC., 922 ; Ebrard., 4 47 ; Reiner., 4763.) Les Maçons ont aussi la fraction du piTin dans leurs banquets, où ils reproduisent celui d Eamiaiis (Light on Mr., 234 ) ei Dante y fait maintes fois allusion tant dans son Convito que daus la Comédie.
Leur pain céleste n'était pas celui que les Parfaits avaient béni, c'était la parole de Dieu, procurant la vie à celui qui s'en nourrit {Arch. de Vinq. de Carcass., 4305, DS xxîv, f. 400a; Eymeric, 274}; c'était cette doctrine de vérité que Dante appelle, dans son ^an^u^f, le pain des anges. Pour eux \e corps du Christ, c'élail leur église, à les en croire la seule église de Dieu. (Steph. de Bellavilla.) Interrogés s'ils croyaient à la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans la Cène, ils répondat^nt
DB L'HÊttÊJtte W. DANTE. 129&
affitmûHveinentf entendant parler de leur propre pentmine , consacrée par le pain bénit, membre de Tégliae des saints, et présente à la célé^ bratim. (Bckbert., S99, 9S4.) Cest toujours la même subtilité, les mêmes équivoques imagées dont abonde la Comédie.
L'église cathare, formée de la communion des Parfaits, était Téglise idéale, invisible, réalisée sur la terre ; les croyants, Téglise extérieure et visible à côté de celle de Borne. Partant de ce principe que, pour communiquer le Saint-Esprit, il faut le posséder soi-même, et que, pour pouvoir laver les souillures des autres, il faut avoir les mains pures, ils exigeaient chez leurs ministres la pureté absolue , la perrection morale. {tHspuL, 1753.) Voyez dans les rituels toutes les recommandations de vertu, de probité, de charité, d*amour du travail, adressées par les Maçons aux récipiendaires, et notamment la réception au grade de Royale Arche, où il est donné lecture de la deuxième épttre de saint Paul aux Thessal., c. m, du V. 6* au 18*. (Light on M,', y 124.) Accusant d'autre part le clergé catholique d*avarice , de simonie , d'intempérance , d'oisiveté , d'hypocrisie , etc., ils refusaient toute efficacité à ses prières, car selon eux, sa foi était fausse et morte , la vérité n'était pas dans sa bouche. {Arch, de Vtnq. dé TouL, D*, xxv, f. 39 a; saint Bernard, Serm,, 36, i, 4600; Eckbert., 902; Moneta, 433, etc.)
Les croyants, astreints aune sévère économie, menaient une vie active et laborieuse , afin de subvenir à la fois à leurs besoins et à ceux de l'église cathare, à ceux de leurs frères indigents ou malades. (S. Bernard., Serm.y 66, 4494; Joachim, In Apoc, f. 432; Ebrard., 470; Luc. Tud., 463 ; Moneta , 306.) Ils avaient leurs hospices et leurs écoles gratuites. {VitaS. Dominici, in Ad. sanct Août, i, 569,) Très-versés dans la connaissance de l'Écriture sainte et très-habiles à l'interpréter en leur sens. (Eckbert., 923.) leurs Parfaits soutinrent souvent avec avantage de longes controverses contre les théologiens de l'Église. En effet, la plupart, dans le midi de la France comme en Italie, sortaient des familles de la noblesse et de la riche bourgeoisie, dont la culture inteliectuplle était beaucoup plus avancée qu'ailleurs dans ces contrées, et les jeunes gens capables étaient envoyés dans les universités pour y terminer leur éducation, surtout dans celle de Paris. (Lett. d'Yves de Narb., 4245; ap.; Matth., Paris, 413.
Le suicide , loin d'être un crime ou même un péché aux yeux des Cathares, était pour eux une marque de foi , une preuve de sainteté. Ils y avaient donc recours, par le fer, la faim, la strangulation ou le poison, soit pour ne pas tomber vivants aux mains des inquisiteurs, soit pour échapper aux souffrances du bûcher, s«^it même pour ne pas perdro les effets du consolement et finir comme les anciens confesseurs. Le suicide par la faim s'appelait Vendura. (Lib. sent, inq. Toi, 28, 33, 70, 414, 434, 479; Beiner., ap, ; Gretzer, 40.) Bien de plus logique dès lors que la béatification de Caton d'Utique, signalé, dès les premiers vers du Purgatoire, au respect des croyants, comme le représentant de Dieu, à qui l'âme noble ou cathare doit revenir, de même que Marcie à Caton. QwïU uomo terreno piû degno fu di significare iddio che Catone ? Certo nuUo. (Conv., iv, cap. 28.)
Notre intention ayant été de n'appeler ici l'attention que sur les
dogmes, opinions et usages cathares dont on peut trouver trace dans la Comédie, et dont la reproduction identique saute aux yeux dans les mystères de la Franc-Maçonnerie, tels qu'on les célèbre encore de nos jours, nous terminons ici ce résumé. Nous étions pourtant bien tenté de donner un peu plus de déTeloppement à ce petit traité d'archéologie comparée, d'où semblerait résulter la parfaite consanguinité du Catharisme et de la Maçonnerie. Nous ne songions à rien moins, en effet, qu'à établir, à l'aide de rapprochement^ assez saisissants, la fraternité de l'organisation maçonnique et de la Comédie. Que voulez-vous ? nous sommes un esprit tellement sophistique et paradoxal ! Oui, c'est à ce point que, pour nous, Dante serait le véritable père de la Maçonnerie, telle qu'eile existe encore aujourd'hui. Il en aurait combiné les grades nombreux, les symboles, les cérémonies diverses, en les grefîanl sur les mystères bizarres du Temple, si peu connus maintenant, de manière à y relier, sans les confondre, l'action politique et Taclion religieuse, toutes deux soumises à une direction unitaire. On y retrouve, en effet, pour peu qu'on veuille y regarder, les idées théoriques et gouvernementales, le faire et jusqu'aux expressions de ce génie encyclopédique. Sa paternité s'y révèle à chaque pas, dans ces allusions géminées à l'Écriture et à Thistoire, dans ces citations des psaumes ou de FEvangile qui se reproduisent de grade en grade ; dans la glorification de la raison, de la justice ou droiture, du travail, de la charité pour le pauvre et l'opprimé; comme aussi dans la haine qui y respire contre les destructeurs du Temple, en s'ai* liautà une prédilection toute particulière pour l'aigle romaine, the Roman Eagle ; toutes choses qui, pour être passées inaperçues depuis longtemps, n'ont pas moins leur signification pour les profanes qui s'avisent de réfléchir.
Et puis comment ne pas être frappé en voyant les Chevaliers de is Marque chrétienne procéder à leurs travaux en vertu d'une bulle do pipe Sylvestre, by a bull of his holiness Pope Sylvester; au temps duquel tes Cathares font remonter leur séparation de l'Église romaine (Bossue^ hist, des Var,); d'où les Séparés, ifodos/i^oq Solitaires; en remarquant certaines marches maçonniques exécutées contre le cours du Soleil, à l'instar du vol de l'aigle romaine^ que Constantin volse contra il corso del Cielo, (Par., VI?) Comment ne pas s'étonner surtout en proyant reconnaître, pour l'avoir vu figurer en Panadis (xui), le Salomon des Maçons, fondateur du premier Temple, et vengeur du fils de la veuve, comme Trajan, qui la vedovella consola del fiylio (xx), dans le Salomon-Trajan de Dante, Henri VII? Quand, bien plus, ce triplex etunus Deus, opposé au serpent à trois tèles, au triplex Geryon, nous parait se confondre si complètement avec le Cyrus maçonnique voyant, dans un rêve, le vieillard au pied d'argile (Enf, xiv), sous la figure de Nabuchodonosor c^ryê de cluiines, et Philippe-le-Bel sous celle d'un lion féroce, comme au début de la Comédie.
Àusài en sommes-nous à nous demander, si le Cyrus sous le patronage duquel fut reconstruit le second Temple, celui qui, résolu to /i6crate the captives (ces pauvres Cathares esclaves dans Babylone} permit à Zorobabel to approach the degrees of his throne; qui lui demanda à être initié aux mystères du Temple, en déclarant porter lui-même le
DE l'hÊBÉSIE de DANTE. 1297.
tablier des maçons et le faire portera ses courtisans « à l'imitation des ouvriers du Temple » (Voy. Light on Jf.*., 443-48, 52, 307 et suiv., et Viliiaume, 121-25), ne serait pas, en définitive, Henri de Luxembourg; car alors le Zorobabel, qui entreprit si courageusement la reconstruction désirée, ne serait autre que le gran Padre Alighieri lui-môme, si heureux, nous le savons, d'avoir été admis à embrasser les sacrés genoux de son prince bien aimé, VAgnus Dti, rédempteur des captifs. (Lettre de Dante à ce monarque.)
Si donc nous ne sommes dupe d'un mirage trompeur, il y aurait peu à s*é(onner de tant de points de resflembtance entre la Trilogie dantesque, où domine un symbolisibe mystique d'une obscurité savammentcombinée, et cette institution mystérieuse, aux cérémonies et au langage bizarres, dont les membres, ne connaissant, à l'heure qu'il edt, ni son origine ni son but réel, en sont arrivés à croire que leur secret n'est qu'un mythe destiné à voiler une école de philosophie haturelle (épicurienne, pythagoricienne, platonicienne, stoïcienne, c'est tout un). La Comédie, en effet, ne serait alors que la mise en œuvre poétique d'une môme idée politique, religieuse et sociale, enfantée par le môme cerveau olympien; idée puissante autant que féconde, dont l'influence, s'étendaot aujourd'hui encore sur le monde entier, y aurait réalisé, sous forme républicaine et sous tous les gouvernements, la Monarchie universelle du génie qui avait rêvé celle de l'Empire (♦).
Desirerait-on maintenant savoir à quelle époque s'opéra la fusion entre ic catharisme, le templarisme et le parti impérialiste ou gibelin, fusion* à laquelle Dante fait très-clairement allusion dans les derniers chants du Paradis, {voy. aussi le xxiu''), et à laquelle son habileté diplomatique ne fut pas certe étrangère? Qu'on lise avec attention cet exposé historique dontjQous donnons ici la traduction fidèle, sauf quelques parenthèses :
« Après les persécutions dirigées contre les Templiers, dont l'Ordre fut banni au concile de Vienne, le 4^' octobre 4341, et dont les propriétés, laissées à la disposition du Pape, furent données en partie aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, en 4342 ; le nombre des chevaliers qui avaient échappé était fort restreint, lis cherchèrent donc à recruter leur Ordre en y admettant des personnes qui leur inspirassent confiance et qu'ilscrussent capables de garder un secret de la plus haute importance. C'est ce qu'ils trouvèrent parmi les bons et vertueux Maçons que Salotnon avait distingués après la construction du Temple. (Lisez parmi les bonshommes de la Massenie du Saint-Graal, dont les travaux avaient pour but la Jérusalem céleste, et qu'avait distingués antérieurement le Salomon Frédéric II, par lequel le gnosticisme avait fait invasion dans le Temple.) La candeur et rintropidité.dont ils avaient fait preuve dans les plus grands
(*) Si CCS études tombent dans les mains de qaelqu^an *des dignes Maçons qui répudièrent l'Ordre après le meurtre du F.*. Morgan, ^et publièrent le livre curieux intitulé IMt^ on Maaonry ; ils reconnaîtront sans doute Terreur dans laquelle il» sont tombés, incroyant la Maçonnerie dirigée contre le christianisme, lorsqu'elle ne menace en réalité que PËglise romaine, dont les cheb, ne s^abusant pas sur sa portée réelle et peut-être ntémesur son originecatliare, Pont frappée mainte fois d'excommunication. Ils n*ont pour &*eo convaincre qu'à ajouter au mot relieion, Pépitiiète catholique^ dans l'allocution do P. Adam, pages 255 et suiv. iiQL,<m Ai,'.
dangers, la sagesse, TuaioD, la charité, l'amour, l'impartialîté, ladiscfétion et le zèle qu'on admirait chez eux (les driUi eoêtumi de ces tenlo $anii qui édifièrent le Toulousain Stace, si versé dans les mystAns du Vaso Naiwrale, Purg.,xxii, xxv), tout contribuée leur persuader, qu'ils ne pouvaient mieux faire que de s'dnib avec eux. Leurs pères, leurs patrons et affiliés recherchèrent donc la faveur d'être admis dans leur association et initiée à Uurs mystères. Les nouveaux initiés furent informés par les Maçons (du Saint-Graal] de ce qu'ils étaient réellement, des événements d'une cruauté barbare auxquels ils avaient échappé (la croisade albigeoise) et des résolutions qu'ils avaient prises d'augmenter sacrètement leur nombre, de rétablir leur Ordre (du Saint-Graal) et de re- Y)rendre possession de leurs domaines (du Languedoc et de la Provence). Les Templiers offrirent alors à leurs frères leur concours, pour les aider à prendre leur revanche et, leur cause étant désormais commune, ils les invitèrent à compter sur eux et sur leur juste gratitude (pour leur avoir tendu la main comme à des frères opprimés). Les chevaliers Grands-Élus ayant approuvé leurs projets et accepté lesoflfres des Princes Maçons, il fut convenu entre eux qu'en place de l'insigne de l'ordre du Temple, qui était une crotx(vue d'assez mauvais œil des deux parts, comme ins* trument de la Passion du Christ), les uns et les autres adopteraient dorénavant les symboles, signes et motsde passe des Maçons. Diverses anakh gies dans les événements de leur histoire donnant aux Templiers la conviction que les différents signes de la Maçonnerie (Massenie) les mettraient entièrement à cx>uvert contre la malice de ceux qui chercheraient, comme il avait été fait déjà, à s'introduire frauduleusement dans TOrdre, et qu'ils ne pouvaient mieux confier le véritable secret, qu'à ceux dont ils avaient, à l'épreuve, reconnu la loyauté, et en qui ils avaient la plus grande confiance. (La langue maçonnique serait alors celle dont Adam dft: Lidioma cK io usai e fei, Par. xxvi.) Il en fut donc ainsi, et lesTmpliers passèrent par les différents degrés connus dans la Maçonnerie qui, remontant à la construction du Temple de Salomon, se perpétua jusqu'à sa destruction, signalée par les événements les plus remarquables; éoè^ nemcnis entièrement analogues a la nESTaucrioif nss cHBVAuns DU Tbmple (mêmes causes, mêmes effets dans la croisade albigeoise qui écrasa Ia Massenie)..., Voilà d'où la Maçonnerie est dérivée et comment elle a été transmise jusqu'à nous ; voilà ce qui nous porte à nous associer des hommes dont le mérite, le courage, les btmnes mœurs, leur valent (le titres à ce qui n'était aœordé qu'à la naissance chez les ancêtres des Templiers. »
Il y a certes là toute une révélation et ce récit d'une extrême limpidité, qui remonte probablement jusqu'à Dante lui-même, porte en soi tous les caractères de laulhenticiié, quoiqu'il ne faille certe en chercher les éléments ni dans les chroniqueurs ni dans les historiens anciens ou modernes. Mrtis on le trouvera toiit entier dans Ught on Mr., 285-86, tel qu'il est journellement débité par les héritiers du Temple et des Bonshommes de la Massenie, dont les plus doctes croient n'accomplir qu'une vaine cérémonie et ne se doutent pas qu'ils font un cours d'histoire. Ils ne se doutent pas davantage que ces Chevaliers de Malte auxquels ils font jurer une haine implacable, ne sont autres que les championsdu Pape, setgneor
DE i/h^RÉSIE de DA?iTE. 1299
suzerain, comme capo reo, du château-forl de Malta, sur !e lac de Bolsenna, où étaient enfermés les criminels ecclésiastiques; pénitentiaire au(}uel Dante ne manque pas de faire allusion, à ce titre, cbant ne du Paradis. Ils ne se doutent même pas, s'ils savent .que le fameux Hiram Âbiff, assassiné par des misérables, est la Gt;ure de Jésus-Christ ; qu'il est aussi la personnification mystique de l'église cathare elle-même^ de ce Temple de la Jérusalem céleste dont le Sauveur, Grand Architecte qu'il éJjRit, disait aux Juifs qu'il le reconstruirait en trois jours ; église cathare-ou « loge dont la première place fut entre trois montagnes inaccessibles aux profanes, dans une profonde vallée, où régnaient la paix, la vertu et Vunion. » (Light on M.-., 306.)
Mais il ne faut pas donner aux érudits, qui finiraient par èire désorientés, trop oe besogne à la fois, nous nous arrêtons donc et nous renverrons ceux qui désireront de plus amples rensignements sur le catharisme proprement dit, à V Histoire des Cathares, de M. G. Schmidt, œuvre remarquable, qui nous a été d'un grand secours, et dans laquelle une impartialité toute chrétienne met encore mieux en relief la plus consciencieuse érudition.
Nous ne terminerons pas cette* note sans inviter lesthéologienset avec OUI le savant historien de Port-Royal des Champs, à rechercher s'il ne serait pas possible de retrouver quelques traces des doctrines cathares dans celles que la Compagnie de Jésus poursuivit avec tant d'acharnement sous le nom de jansénisme ; car les opinions religieuses de ces Solitaires, dont la vie austère et la morale régide rappellent étonnamment la manière de vivre et de penser des Parfaits, pourraient bien remonter beaucoup plus haut que l'évêque dTpres. Nous en croirions volontiers à cet égard Tinsiinct persécuteur des inquisiteurs du grand roi, fort éloignés de partager Tadmiration enthousiaste de Dante et de Pétrarque pour les Solitaires. Que dirait M. Cousin, grand Dieu! s'il lui fallait reconnaître des Parfaites dans les belles pécheresses de cour, gracieux objets de ses amours platoniques rétrospectifs "?
Notre intention était de condenser à la fin de ce Commentaire les nouveaux éléments fournis par le Paradis, pour compléter la Clef du langage symbolique des fidèles d'Amour; mais le volume est déjà bien gros, puis cette Clef n'éi^ni qu'un résumé ou table alphabétique» il sera toujours temps de lui donner son complément. Nous n'y manquerons pas, si Dieu nous prête vie, pour l'édification de M. Saint- René Taillandier et de ses patrons, dont la bienveillance à notre égard s'est manifestée à tant de signes. Nous espérons nous eu acquits
1300 PREL'YËS DE l'hérésie DE DANTE.
ter de manière à les mettre en mesure d'entendre cooramment ï raide de nos bouffonneries, dont l'Académie des inscriptions et belles lettres doit s'amuser un de ces jours, les poêles et romanciers provençauxy Pétrarque, TArioste, le Tasse, fioccace, les sonnets de Michel Ange, la prose de Gravina, de Marsile Ficin et des autres platoniciens composant la Société de la Ti-ueUe, etc., ce que nous les défions défaire, même à l'heure qu'il est, avec toute leur. gra¥ité et tout leur bagage bibliographique. Il ne suflGt pas, en effet, d'avoir lu beaucoup de lettre moulée, allemande ou autre, et même de ïieoi manuscrits, |3qur se poser en docteur et se croire en droit de rudoyer le pauvre monde ; il semble encore qu'il conviendrait au moins de comprendre ce qu'on a lu. Nous tâcherons donc dans noire humble sphère d'y aider ccj^ superbes maîtres, sans même espérer d'eux uo remerchuent pour leur avoir mâché le pain des anges. Puisse-t-illeur être léger !
La critique est une puissance qui date de bien loin et, du grand au petit, il faut compter avec elle, sans trop se préoccuper de ses caprices et de ses boutades; car elle a, comme tous les souverains, ses engouements et ses répulsions, avec les meilleures intentions possibles de se montrer juste envers chacun. Mais gardez-vous d'appeler son attention sur un ouvrage sérieux dans Tinstant où il lui platt de se distraire aux éclosions de la littérature facile ; ne lui parlez pas de fouiller dans de vieux livres, lorsque s'étalent sur son bureau les plus fraîches productions de l'esprit du jour; ne lui demandez pas un effort, un labeur quelcqnqne, quand, mettant à profit les loisirs que lui laisse la politique, elle se complaît aux douceurs du far poco» Oh ! alors rien nepent l'émouvoir. Nul ne le sait mieux que nous qui, depuis trois ans, allons sollicitant humblement de ses organes les plus accrédités, non des éloges, mais un jugement motivé, et qui n'en sommes guère plus avancé pour cela. Mauvais vouloir chez les uns, sous une influence que nous révélerons peut-être un jour, défiance chez d'autres , paresse chez certains et indifférence chez tous pour iine question sans actualité, dont il faut rechercher laborieusement b solution aux xiir et xiv* siècles. Voilà ce que nous avons le plus généralement rencontré.
Ce qui vient, il faut l'avouer, à la décharge des organes de la cri-
tique, c'est que nous n*aTons pas été plus heureux près des dîTerses académies, dans lesquelles nous comptions trouver des juges coœp<^ tents, et auxquelles nous nous étions fait, en conséquence, un devoir d'adresser nos études sur la Comédie. C'est sans doute qu'elles leur ont paru absolument indignes d'attention ; sinon, ces corps illustres auraient trouvé moyen, par quelques paroles bienveillantes, d'exprimer leur opinion sur l'ouvrage et d'encourager Tauteur, éclairé par leurs conseils, à poursuivre ses travaux.
Rebuté ainsi de toutes parts, je n'en dois que plus de gratitude à MM. Félix Mornand et Jules de Prémaray, non pas tant pour la courtoisie avec laquelle ils ont fait droit à ma requête, que pour le courage qu'ils ont eu d'émettre les premiers une opinion favorable à mon ^ard, et de proclamer en face de nombreux opposauts, dont les plus hostiles n'étaient pas ceux qui élevaient la voix, que l'auteur de Dante hérétique et de la Comédie commentée dans son seus intime, pourrait fort bien avoir rencontré juste, «n signalant dans le grand poète florentin un tout autre esprit que celui du catholicisme et du dévouement à l'Église romaine.
Je suis heureur de compter aussi parmi les hommes de savoir et d'intelligence ayant compris ce qu'il pouvait y avoir de vrai ^ de fécond dans la voie où je marchais en éclaireur, MM. Philarète Chasles, F. Riaux, du Constitutionnel, A. Peyrat, de la Presse^ Jonrdan et A. Michel dvt Siècle. J'en citerais bien encore quelques-ans, wns il ne faut compromettre personne, il faut attendre que châcnn «tpQ formuler son jugement, lorsqu'il trouvera le moment opportun.
Car ces honorables écrivains ne sont pas les seulsàpensertinsi.FIfis d'un homme de lettres, je le sais, parmi ceux qui ont fait me étude particulière des littératures du Midi, auraient volontiers formulé lear avis dans le même sens ; mais la partie la plus obscure du poème, le Paradis, restait à interpréter, celle qui paraissait défendue par ma plus fohnidabie boulevard d'orthodoxie. Les forces du commentateur pouvaient le trahir au moment décisif, et son audacieuse entreprise avortée, il restait en butte à tous les traits du ridicule. A quoi bon s'exposera partager son sort? Le plus sage n'était-il pas d'éviter de se compromettre en prenant parti avant que la victoire fût assurée? Et voilà comment les traditions d'héroïsme passent de la politique dans la littérature.
Eh bien, raison de plus pour redoubler d'efforts et ponrconduîrel fin la tâche commencée. Il s'agissait d'ailleurs de prouver aux deux honorables écrivains qui, seuls, nous avaient tendu la main dans Pa-
bandoa où nous laissaient tant d'autres» dont il semblait que nous aurions été en dmit d'attendre assistance» que nous ne sommes pas de ceux qui lâchent pied lorsqu'ils se sont une fols engagés sur le terrain de la vérité.
Puis, comment battre en retraite, quand le nombre des contradicteurs allait s'éclaircissant ; quand les seuls qui se soient- risqués à engager an simulacre de discussion» renonçant à la soutenir et se renfermant dans un silence prudent» laissent à d'autres le soin de les suppléer? On a pu juger de la valeur de leurs arguments par les citations dont nous avons fait précéder notre commentaire des deux premières Cantiques. Voyons si i'ordiodoiie de Dante aura recruté des champions plus redoutables dans le cours de cette année.
Le premier en date est M. Atto Yanucci» qui dans un article de la Remsta Encidopedica du 5 février 55» publiée à Turin» nous signale comme un détracteur de Dante» « voulant faire passer tous ceux qui voient en lui une des plus grandes intelligences du monde pour un troupeau d'imbéciles» qregge di stolidi; » je serais de plus» à l'en croire, un ennemi de la liberté et de l'indépendance italienne ; en con* séquence j'aurais écrit « contre Dante et contre les autres grandes intelligences des siècles passés» afin de faire tomber mes coups sur les hommes qui professent, de notre temps, cette hérésie qui se pro^ pose pour but la liberté des peuples» Per battere cosi gli uomimche aie età nostra professarono Veretia chevuole fattiUberi îpopolû »
Ce n'est pas tout» j'appartiens comme catholique « à cette école intolérante qui, gouvernée par la fureur» emploie les injures au lieu de raisons, et voudrait voir brûlés tous ceux qui ne pensent pas comme elle; » je suis au nombre des « cham|Mons furibonds de l'ordre^ furi^ bondi campùmi deii* ordine, et mon livre contre Dante, dont je suis l^accusatore funbmdo, dicté par la fureur, la mauvaise foi et la folie, nuovofurore, mata fede e foiUa, est un immense recueil de songes» d'arguties, d'erreurs et de furibonde trùtizie. » Pauvre signor AUo ! votre article furibond m'a fait bien rire. Pouixiuoi aussi vous escrimer de la sorte contre des moulins ^ vent? il vous était si facile de vous renseigner sur mon compte à Turin même; Leopardi, mon collaborateur et mon ami, vous aurait affirmé que je n'étais un fanatique ni en religion ni en politique et que je ne veux faire brûler personne ; autant en aurait fait Massari, l'honorable député ; tous deux prêls à jurer que durant des années entièi^es ils n'ont remarqué en moi aucun symptôme de fureur. On vous dira même an besoin que j'ai pu discuter tranquillement dans le salon de h Ricciardi avec lllazzini, sans la
Id04 ARRÊTÉ DE COMPTE
moindre velléité de le prendre aux cheveux, quoique nous fassions loin d'être du même avis au sujet de sa lettre au Pape, qn*il venait de publier. Bien plus, il m*est arrivé maintes fois de m'entretenir, très-amicalement je vousjure, avec les deux Poerio, avec F*^Ruggiero, avec Bozzelli, qui depuis, mais alors il était vertueux, avecrexcelknt Mammiani, le savant M** Melloni, Monsignor Muzzarelli, encore bien d'autres, qu'il y aurait peut-être danger à citer quanta présent, el de traiter avec eux les grandes questions de Tindépendance et de la liberté constitutionnelle en Italie. Or, si nous n'étions pas toujours d'accord sur les moyens, ceux d'entre eux qui ont survécu vous attesteraient, qu'il n'y eut jamais dans nos discussions doute, divei^gence sur le but à atteindre. Quant à ma bonne foi, je m'en rapporte à ce que vous en dira M. Ferjus Boissard, mon loyal contradicteur^ dont vous exaltez la tolérance, en n'ayant garde de l'imiter, et qui ne désire pas moins que moi-même, voir une controverse sérieuse s'engager sur l'orthodoxie de Dante, dans l'espoir que l'autorité de juges compétents viendra trancher ce qui ne lui parait pas moins qu'à moi une très-grande question, au point de vue religieux , philosophique et littéraire. Voyez, caro signore, comme vous écrivez l'histoire I
Vous êtes, faut-il le dire, tout aussi malencontreux en fait de critique. Moi détracteur de Dante, moi vouloir traîner ses œuvres dans la fange, gettarle net fango! Mais lisez donc le volume dont vous avez cru rendre compte,'nutamment la p. 651 , et puis réfléchissez donc : \es idées qui ont enfanté le protestantisme au xyi*" siècle, la révolatioo au xviir et le socialisme au xix", ne seraient donc que fange à vœ yeux ? Ah I mieux vaut vous avoir pour ennemi que pour ami. Moi le calomniateur du grand Âligliieri ! l'accusant sans preuves et dans Timpossibilité de donner la clef de son langage mystérieux ; mais trois volumes de preuves étaient déjà publiés quand vous écriviez ceci, et le troisième vous donnait précisément la clef désirée. C'est jouer vraiment de malheur ; aussi ne vous tiendrai-je pas plus longtemps sur la sellette, et ne vous chercherai-je pas querelle sur certains dmMsi dont, entre gens qui se respectent, on ne doit user qu'à bon escient et en déduisant ses preuves ; tâchez seulement de n'y pas revenir.
On ne devinerait jamais qui s'avise de faire chorus avec le trèsirascible signor Atto, bon catholique, je suppose, et grand ami de la tolérance, qu'il paraît pratiquer peu. C'est, sans doute, un écrivain de l'église réformée, un protestant qui se voile modestement sous les initiales R . de C. Je me trouverais ainsi pris, comme dans un étao, entre deux camps opposés. Ainsi quand je signale dans l'Alighieri un des
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précurseurs de la Réforme, je soulève contre moi et Rome qui le revendique et- Genève qui tient ù le lui laisser. On n*est pas moins chanceux.
L'article publié par M. R. de G. , dans le Bulletin littéraire de la Bibliothèque universelle de Genève, n*" d'avril, un peu plus modéré dans la forme que celui de Turin, quoique non moins acerbe an fond, aboutit à la même conclusion. Inspiré par l'esprit de dénigrement, je me suis fait le calomniateur de Dante. Or v la calomnie qui s'exerce contre les morts, pour être moins courageuse que celle qui s'attaque aux vivants, n*es( ni plus excusable ni plus permise... Qu'avait-il h dissimuler? quelle précaution avait-il à prendre celui qui, par la bouche de Béatrice et par celle de saint Pierre, a tracé, de rÉglise déchue et des Papes avilis, des portraits dont toutes vos gloses n'atteignent ni Ténergie ni la crudité? » Mille pardons, monsieur, il avait à dissimuler une foi qui avait fait massacrer les Albi-* geois et brûler les Templiers. Mais, répliquez-vous, « Dante a été condamné au bûcher et à la confiscation des biens précisément pour opinions politiques par les magistrats de Florence. Ce qu'il a bravé comme citoyen, l'aurait-il redouté comme sectaire? » Ah. ! monsieur, vous qui me reprochez de méconnaître les faits et de défigurer rhistoire, ignorez-vous qu'une fois hors du territoire florentin, le condamné Dante pouvait vivre en paix à quelques lieues do ses foyers, et se rire des sbires du podestat ; tandis que, Tanathème une fois lancé contre lui, comme hérétique, Rome, assez tolérante en ce qui n'attaquait que la discipline, pouvait le poursuivre et l'atteindre partout comme hérétique, en Italie et même à l'étranger? Rappelez vous donc Arnaud de Brescia, Savonarole, Jean Hnss et tant d'autres.
M. R. de G. veut bien me pardonner, comme péché véniel, • d'avoir, fait de mauvais ouvrages, méconnu les principes de toute poétique et les lois de l'imagination, et de m'être montré le rival de Chapelain, en défigurant le poëme de Dante, en le travestissant, comme Scarron celui de Virgile, car personne n'en veut à Scarron pour son Virgile travesti... Ge que nous ne pouvons accepter, ditnl, parce que ce n'est plus de l'interprétation, mais de la calomnie, c'est la prétention du commentateur d'imputer à Dante lui-même ces d^uisements de pensée, cette hypocrisie de langage, cette dissimu-* lation perpétuelle, qui forment avec le caractère du poète le plus complet contraste... Il y a un plus grand malheur que de ne pas comprendre la poésie et de défigurer l'histoire, c'est de méconnaître et de noircir un honnête homme... G'est pour notre propre compte
que notts sommes sévères envers un écrivain qui* ne méDageanl pcr^ sonne, ne mérite lai-méme point de ménagements. »
Il y avait lieu de s'attendre, ce semble, que le sévère M. G« de R. i si terrible contre c ces auteurs infatués et bitarres qui sacriûent à de simples jeux d'esprit les plos pures renommées, » allait s^aler, daos les trois volumes qu'il avait sons les yeux» quelque grosse bévue historique, qu'il arriverait à proposer un sens acceptable aux Camomi, que les plus habiles déclarent ne pas comprendre, à la Vie nmtoelU, non moins obscure, au Banquet, commentaire qui rend plus inintelligible ce qu'il parait vouloir expliquer, au traité de Vul^ari eloquio, qui remonte au déluge ; œuvres dont j'ai donné l'analyse et l'explication, sans que personne jusqu'ici ait eu le courage d'élever hiToix et de déduire ses preuves pour me convaincre d'erreur. Nullement ; cet intraitable champion de Torthodoxie de Dante ne souffle naot de ces œuvres secondaires du grand poète, où Thérésie se trahit à chaque ligue. Il n'a garde de s'engager sur ce terrain et choisit de préférence celui de la Comédie. £h bien , vous croyez peut-être qne, le point d'attaque ainsi circonscrit, il va se mettre en mesure de démontrer, en s'appuyaot sur l'histoire, sur des documents précis, sur des témoignages contemporains, que je me suis lourdement naépris eo signalant saint Dominique sous la flgure de Mioos, le grand Bildebrand sous celle de Pluton, la comtesse Mathilde sous celle de Pn>serpine; en reconnaissant Innocent III dans le centaure Ne»as, md pupille Frédéric II dans Achille, Raymond de Toulouse dans l'aveigle Tiresias, la secte albigeoise dans sa fille Manto, etc. , etc. £rr«ff. Pour M. R. de G., toutes ces révélations sont comme non avennes; il les passe complètement sous silence. Lk pourtant, en grande partie, est la clef de l'allégorie et du poCme tout entier.
Non, il prend çè et là quelques épisodes, dont il lui semble que le commentateur a exposé le sens avec moins d'évidence, et voici comment il croit arriver à le réfuter: « Faut- il se ficher pour le poète oo rire du commentateur, quand, sous la plume de ce dernier, l'on voit Francesca et son amant devenir « One figure géminée syrabolsant rhermaphroditisme mystique des fidèles d'Amour, forcés de se laisser entraîner, sous la conduite de la prostituée de Babylone, \ la bourrasque infernale? ou quand de Sémlrarois il fait la figure de l'figlise de Rome ? ou quand de Diomède il fait l'empereur Henri VII ? et de Didoti « le type de l'église infidèle au Christ son époux ? » da comte Ugolin la Papauté, et de Rhéa, épouse de Saturne, l'J^^ romaine, etc. » « Que faut-il penser d'un système d'inierprétitioa
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qui ne recule pas devant de telles coBséquenced? » demande M. C de R., et îl continue de 1» sorte. Pour cet eiposé si curieux dans son étrangetédu mystère de la génération sectaire» mis par Dante dans la l)ouche d^ Stace, pour ce passage non moins admirablement conçu, où i( est parlé de la formation de l'âme, pas un essai de réfutation, pas un mot qui mette en relief la Térité à côté de Terreur. La citation laot de preuve pour ce terrible contradicteur, écoutei-le vous dire avec un aplomb imperturbable : • De nouveaux exemples ne nous apprendraient rien de plus. » Quoi, monsieur, pas même la grande scène de la fin du Purgatoire 7 a £t Ton perd son temps à réfuter ces choses-là : on les expose, on ne les discute pas. v
Que faut-il penser, dirons-nous à notre tour, d*un pareil système de critique? Qu'il est facile, et encore plus commode assurément; mats, s'il prouve quelque chose, c'est plutôt en faveur du livre at* taqué, dont la partie substantielle n'est pas même effleurée ; et surtout quand celui qui l'emploie proclame Tintention de n'user d'aucuns ménagements. En paroles, sans doute, a-t-on voulu dire; mais en arguments, c'est se mobtrer aussi par trop économe. Et lorsqu'après avoir crié à la calomnie, on reste impuissante prouver son dire, loin d'aborder de front les positions principales de l'ennemi ; quand la dé*fense, entreprise ù grand fracas, est réduite à tourner timidement les diCBculiés, k n'engager la lutte que sur des points accessoires, et là même finît par avorter, on s'expose à ce que, par un juste retour, lepithète de calomniateur retombe de tout son poids sur celui qui l'a lancée.
Il y a des gens que la contradiction irrite. Nous sommes loin d'être du nombre. Dieu merci ; car nous la croyons indispensable à la ma<nifestation de la vérité, et nous l'appelons, en conséquence, de tous nos vœux ; mais c'est à la condition qu'elle sera courtoise et loyale des deux parts, sans jamais s'écarter de cette convenance que donne Téducation et de cette dignité calme, fruit d'une conviction qui s'appnie sur l'étude et la réflexion. Tels sont les caractères que nous aimons à rencontrer dans les lettres d'un bibliophile, lettres signées L. C. de Belleval. L'honorable écrivain ne partage pas notre opinion sur l'esprit qui aurait dicté la Comédie et les autres ouvrages de l*Alighieri; mais lui, du moins, ne fulmine pas contre nous Tanathème, parce que nous avons entrepris de prouver que, loin d'être orthodoxe, Dante professait des doctrines en opposition à celles de l*^lise romaine. Il pose nettement, et sans colère, ses objections dans r Union du 2U juin dernier, et aussi les reproduisons-nous ici
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d'aatant plus volontiers que nous errons y avoir répondu dans ce dernier volume de manière à lui donner complète satisfaction.
« Il me répugne, dit l'honoraUe écrivain, de ne voir en Danie qn*un révolutionnaire... Tout le poème n'est-il, lui aussi, qn*uii voile qui recouvre une ardente prédication, un cri aux arnles ! contre rÉ^lise, contre tons les pouvoirs ? Béatrice n'est-elle que « la pensée verbe de Dante, sa foi sectaire, » le langage qu'on incessant symbolisme, dont nulle phrase ne saurait être lue et comprise sans le secours d'une clef? S'il en était ainsi, comment donc, lorsqu'on était plus près, lorsqu'on touchait au temps où vécut Dante, c'est-à-dire, quand il devait exister encore une foule de gens ayant appartenu au même parti que lui (s*il était pasteur, il faut bien qu'il ait eu un troupeau), ayant partagé ses idées, ses affections, ses colères, comment aucune explication de ce genre ne s'est-elle fait jour 7 Comment, pour se produire, ont-elles attendu des centaines d'années? L'état de l'Italie, cependant, permettait alors toute chose; la révolte — on la révolution, comme on voudra l'appeler ^- y bouillonnait par mille cratères. Pourquoi Dante, avec. son imposante renommée, n'a-t-it pas été choisi quelque part pour drapeau? Pourquoi n'aurait-on pas dé^ traduit tout haut, quelque part, quelques-unes de ces énigmes que déchiffre, en plein xix* siècle seulement, M. Âroux? Pourquoi quelqu'un n'a-t-il pas expliqué, avant lui, que ce mot de Bice, accepté par tout le monde pour la syncope de Béatrice, n'est composé que de quatre initiales, résumant dans ces deux syllabes la foi de Daate en politique et en religion? Pourquoi n'a-t-on pas indiqué qu'il en était de même pour Ben (le souverain bien) ? Je serais fort embarras^, et je ne serais pas le seul à coup sûr, d'avoir à répondre à ces questions épineuses. »
Après avoir cité un passage des œuvres posthumes de Faoriel sor l'amour de Dante pour Béatrice, amour qui, selon lui, ne constituerait qu'un non sens poétique, une insipide et froide pédanterie, s'il ne fallait voir, dans la dame de ses pensées, que la théologie, M. de Belleval conclut ainsi : « La condamnation est rude; mais, eo vérité, je dois l'avouer, je m'associe à l'avis du savant (ibofesseur, et j'aime bien mieux prendre Dante pour ce qu'il était, pour un poêle, un grand poète, que pour un conspirateur, qiie pour l'émissaire, voire le chef de sociétés secrètes religieuses ou politiques. »
Et moi aussi ; mais ce que nous aimons mieux diffère trop souvent de ce qui est, fut oii sera; la question est donc de savoir si le jugement de Fauriel, tout rude qu'il est, a rencontré juste. Peut-être
que, apr%8 avoir examiné (es effets du noavel éclairage de notre iuveuUon sur les décors et les personnages da Paradis dantesque, M. de BeUeTal aura-t-il à regretter des*étre déclaré contre le pédantisme. S'il en est ainsi, il a trop de loyauté pour ne pas reconnaître franchement, qu'en fait d'archéologie, le sentiment poétique est on • guide trompeur.
C'est peut-être aussi à l'influence du sentiment poétique qu'aura cédé M. Ulric Guttinguer. Quelques lignes élogicnses sur le livre et sur l'auteur, insérées dans la Gazette de France du 2 février 1856» annonçaient son intention de rendre compte a le plus tôt possible a de nos études sur Dante, en y apportait « l'attention et l'examen dus à d'aussi sérieux et consciencieux travaux. » Nous espérions donc trouver en lui un critique disposé à discuter sans prévention des tra- * vaux dont il reconnaissait la nature grave et élevée. Par malheur, M. Guttinguer^ n'a pas jusqu'ici donné suite à ce bon mouvement. Ce n'est pas assez de rencontrer peu de sympathie chez les amis de la poésie, il nous faut encore avoir des philosophes pour adversaires. C'est M. Frédéric Morin qui, dans la chronique littéraire de la Revue de Paris du 15 janvier 1856, s'est chargé de faire bonne justice de mes irrévérences au sujet de Dante, que dis-je? de mes « accusations insensées. » Voulez-vous savoir quel est « le système d'un certain M. Aroux, fort goûté des fanatiques et qu'on peut regarder comme le ^'icolardot du poète de Florence? » Écoutez bien : a Dante n'aurait été qu'une sorte de franc-maçon du xiv« siècle, un navet anticipé^ un adepte des sociétés secrètes les plus dangereuses, un continuateur direct de cette oeuvre mystérieuse de restauration païenne, que les gnostiques, les manichéens et les autres hérésiarques, ces prédéces* iîeurs des Libcratres, avaient déjà tentée; un apôtre clairvoyant du vice, du mal et de la destruction, un criminel qui se propose formellement de renverser la religion, la famille, la propriété, et de leur substituer, à travers des ruines sanglantes, des rêveries monstrueuses de sensualité et d'orgueil, inspirées dès l'origine par le démon aux cœurs corrompus, etc. , etc. »
Voilà comment en est venu à comprendre et à écrire un professeur de philosophie, à qui l'on doit quelques pages estimables dans une vie de saint François d'Assises. Mais que voulez-vous? M. Veuillot est le cauchemar de M. Morin; aussi, lorsqu'il lui arrive de flairer dans quelque proposition la moindre tendance vers les doctrines de ÏUniverst il ne se possède plus et sa philosophie Jui fait défaut II est juste d'avoir égard à une telle prédisposition et de pardonner quelque
chose. Ainsi fais-je de grand cisur. Je ne lui en veux donc pas d*avoir battu M. Yeuillotjiur mes épaules. J'aurai seulement un reproche à lui faire, c'est d'adopter le procédé commode préconisé par M, R. de C et de décliner une controverse calme et sérieuse. En effet, ne gourmande-t-ii pas M. Ferjus-Boissard d'avoir entrepris do réfuter Tauleur des Révélations, au lieu de se borner à lui dire tout crûment son fait? « Pourquoi détacher AL Aroux du monde qui Tentoure (toujours ftl. Yçuiliot et les siens dont j'ignore même les noms) et ne pas dire la vérité & celui-ci comme à celui-là ? Le livre de ce prétenda révélateur n'est pas une œuvre qu'on discute en eUe^même avec tout l'attirail do la dialectique. Il fallait le constater, cela était snfGsaut, il fallait le constater comme un des résultats bizarres de ce tnatérialisme pieux qui s'est sourdement introduit dans ce siècle à l'abri de mille rélicences, ^t qui, aujourd'hui, jetant le masque, prétend tout haut déloger son hôte, la raison humaine. »
On pourrait croire qu'une fois édlGépar l'avant-proposde ma seconde publication sur ma non-complicité k l'égard desdoctrinea de VUnioers, il va changer de système et vouloir apprécier de sens rassis, dans sod application pratique, un mode d'interprétation dont il a rejeté sans examen la théorie générale. Nullement; sa philosophie ne procède pas ainsi. « Noui> répondrons tout simplement, dit-il, àM. Aroux en lecitaoL Le bon sens des lecteurs restera juge de ses commentaires. » Et là-dasus, ouvrant le livre, au y* chant de V Enfer y il se refuse à recoDiuîire dans l'épisode de Françoise de Rimini l'hermaphroditisme mystique des fidèles d'Amour. « On a honte de discuter une telle înTeation, * s'écrie-t-il la rougeur au front ; mais enfin, daign^t-il objecter, si l'union des deux amants représente une idée mystique et albigeoise, elle ne saurait constituei* une faute et un adultère* « Mille pardons, monsieur, vous oubUez que vous venez de citer les lignes que void : « Malheureux réduits à apostasler leur foi (albigeoise) par faiblesse de cœur, etc., • or vous ne sauriez méconnaître que, dans toutes les croyances possibles, l'apostasie constitue une faute, un adultère. Un'y a donc là, ni contradiction ni hypothèse gratuite. Vous ne contestez pas que la colombe soit la figure de l'esprit, mais vous vous refusez à admettre que les deux amants de Rimini personnifient les Albigeois d'Italie, parce qu'ils sont comparés par le poète à deux colombes. Je dis oui, vous dites non, mais peut-être aurez- vous changé d'avis à la fin de ce volume. Ils ne sauraient symboliser l'union de l'intelligence et de la volonté, attendu, dites-vous que « la philosc^due albigeoise séparait d'une manière absolue l'intelligence et la voioQté. «
AVEC LA CRITIQUE. 13tl
El) êtes-?oo8 bieD sâr, monsieur? L'habileté sectaire en a douné à garder à de grands clercs qui pouvaient vous égaler en doctrine. Pew vous, le maUre de l'Univers n'est point Fempereur Albert d'Autriche» c'est Dieu ; que n*avez-vous lu tout le poème au lieu de vous arrêter i un épisode dont je n'avais donné, à dessein, qu'une explication par-* tielle ? Vous auriez vu plus de vingt fois l'idée de Dieu confondue dans la pensée de Dante avec celle de l'Empereur : vons aunes acquis la conviction qu'il n'y avait pas contre^sens à entendre pio dans le sens de papiste, d'homme-Uge de dame piété ou pietà ; et quand vous aarez pu comparer la symbolique de la Maçonnerie avec celle du Pa« radis, vous ne rirez plus, j'en suis sur, de l'interprétation que j'ai donnée aux mots lacrimar et ridere. Les hommes d'intelligence, et je vons crois teJ, peuvent se révolter d'abord contre ce qui les surprend par son étrangeté, mais jamais ils ne s'entêtent contre Tévi- (icnce. Il en sera donc de vous, comme de saint Grégoire, dont TAlighieri dit si plaisamment, que si tosto corne gli occhi aperse in (fuesto ciel, eU se medesmo rise, (Paradis, xxviii.)
Vous avez encore les yeux fermés, c'est pourquoi, sans vous hasarder au delà des quelques vers relatifs h Frapcesca, fifins aborder aucune des interprétations, bien autrement concluantes, dont la Clef du langage symbolique est comme la table et le résumé, vous vous h&* tez de m'attirer sur votre terrain, c'est-à-dire sur celui de la pbilo* Sophie. Est-ce parce que j'aixiéclaré que j'étais peu philosophe? Je ne le suppose pas ; aussi n'hésitai-je pas à répondre à votre appel,
« Les hérésies albigeoises, dites-vous, se rattachent par des liens très-indirects à une certaine métaphysique qui n'est point un mys^ tère et qui a son nom dans l'histoire. Il n'y avait aucun péril à professer les idées générales de cette philosophie^ dont les rapports avec rhérésie échappaient aux gens du vulgaire; et l'on pourrait citer plus d'un docteur, même parmi les plus orthodoxes, qui les proclame trèshaut, sans se douter de leurs conséquences. Au moins faudrait-il les retrouver dans la divine Comédie, pour avoir le droit de conclure comme le nouveau traducteur* M. Aroux» je pense, ne contestera point la légitimité de la méthode que je lui propose pour clore le débat.
« Or, je le loi demande, qu'il fouille dans l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis, y trouvera-t-il, je ne dis pas la métaphysique en question, mais même son ombre? Ce n'est pas assez dire : entre les diverses doctrines philosophiques qui se partageaient les âmes au xiu« siècle, quelle fut celle que choisit Dante ?^
« M« Araux ne devrait pas ignorer que les Dominicains, établi^
principal<»ieDt contre les hérésies da midi de la France, avaient constitué une philosophie destinée à la déraciner des intelfigenc4*s. An contraire, sans reprendre à leur compte les idées albigeoises. Us Franciscains en avaient une frayeur moins vive; Us rappeièreta même dans leur système très- complexe et un peu subtil, celles qui leur paraissaient le moins contraires au dogme reçu.
« A qui se rattachera Dante? Aux Dominicains ou aui Franciscains? Il devrait se rattacher aux Franciscains si le système de M. Aroui avait la moindre apparence de vérité. Il se rattache visiblemeai aax Dominicains. »
Vous avez cent fois raison, monsieur, la philosophie de Dante, qui, .au tant que nous en pouvonsjuger dans notre ignorance philosophique, nous paraît êa*e le naturalisme néoplatoniden, combiné avec les formules d*Aristote et la méthode d'Averroès; la philosophie de Dante se rattache visiblement aux Dominicains, mais essentiellement aux Franciscains. Gela vous surprend, et pourtant vous n^en douterez plus, lorsque vous aurez compris le langage de Béatrice et celui de saint Thomas d'Aquin dans le Paradis. Il pourrait donc se faire que vous eussiez été presque prophète, quand vous avez écrit ces lignes à toute autre adresse que la mienne : « Nous voyons venir rheurc où saint Thomas d'Aquin, si exclusivement célébré aujourd'hui par nos fougueux théocrates, sera poursuivi, ni pins ni moÎDs que Bossuet, par leurs huées indécentes; à moins pourtant quesoo titre de saint ne les tienne un peu en respecL En tout cas, nous croyons pouvoir prédire, sans nous engager beaucoup, qu*on ne tardera guère à lui décocher, en l'enveloppant de quelques réticences obligées, l'épithète accusatrise de rationaliste, voire même de panthéiste. »
J'ignore, bien entendu, quel accueil les rédacteurs derc/im^erj,qid n'ont soufflé mot de mon ouvrage, veuillez le remarquer, réseri^ent à une proposition émise avec la plus extrême habileté par Dante an sujet de saint Thomas d'Aquhi, à savoir : qu'il ne tenait que par un Gl à l'Église de Kome ; mais si, eu rapprochant les doctrines que le poète florentin met dans sa bouche, de celles qu'il a exprimées dans ses écrits, ces Messieurs arrivaient à reconnaître une orthodoxie douteuse chez l'ange de l'École, pourrië2-vons en conscience trouver mauvais qu'ils en manifestassent quelque mauvaise humeur? Il iant être juste avec tout le monde et plus encore avec ses adversaires.
Puissé-je vous trouver tel une autre fois et ne pas avoir à repousr ser des allégations comme celle-ci : « Rien n'est plus clair, plus ri-
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goureuY, plus incontestable que la pensée qui lai a dicté son poème (à Dante), Vobsatrùé n'existe que dans les détails historiques, les allusions perdues, etc. Voilà les énigmes qu'il fallait deviner, et ce som celles4à précisément que M» Aroux laisse de côté. « Ah ! monsieur I veuillez citer un détail historique négligé, une allusion omise, une comparaison tirée de la physique, de Fastronomie dont je n*aie signalé la portée dans son sens intime. Une autre fois vous voudrez bien prendre la peine de me lire avant de me condamner, n'esl-il pas vrai?
Je ne me hasarderais pas à en dire autant d'un jeune écrivain de la Repue contemporaine aujourd'hui fondue avec VAthemeum. « M. Aroux, dit-il, est l'auteur d'un livre : Dante hérétique, etc. ; d'une brochure : Dante pasteur d'une église albigeoise de Florence (lisez de l'église), et enfin d'une traduction complète de la Divine Comédie. » Or, je n'ai point publié de brochure avant de donner ma traduc* lion commentée du poème, et si le jeune critique se fût donné la peine d'ouvrir cette traduction, ilauraitvuque cequ'ilprendpourun ouvrage distinct, fait suite au Commentaire^ dont il est partie intégrante et résume les explications dans un ordre alphabétique, sous ce titre Clef de la Comédie, etc. C'est dans le n*^ du 30 avril 56, que M. le comte Foucher de Careil a daigné émettre un jugement sommaire à notre sujet, tout en prononçant ex cathedra sa sentence sur Dante, tra* duù par Lamennais, Comment révoquer en doute sa compétence? « M. de ^*alvandy envoya M. Ozanam en Italie, avec la mission de rechercher les documents de Thistoire du Dante. M. Fortoul a confié récemment à l'auteur de cette étude une mission semblable. (Voyezvous ce qu'il y a de profondément habile dans le rapprochement de ces deux missions?) Nous espérons que M. le ministre de l'instruction publique, qui joint à une connaissance approfondie du poème de Dante le goût et l'étude des grands artistes de son temps, ne laissera pas s'arrêter l'impulsion que Fauriel et Ozanam ont donnée. « Malheureusement M. Fortoul n'a pas eu le temps de réaliser les espérances de M. le comte et de relever, « par un décret rappelant celui de Florence instituant un enseignement national en l'honneur de Dante, la chaire qui nous donna Fauriel. » Mais M. Roulland, qui n'a sans doute pas moins à cœur que son prédécesseur de ne pas nous priver des Fauriel cl des Ozanam disponibles, ne laissera pas avorter une si bonne idée. Nous la Ini recommandons.
Quelle triste figure aurait faite dans une chaire pareille, M. de Lamennais, auteur d'une « étude qui est une page de plus à ajouter
sa
anx tristes négations de la critique contemporaine » loi « qui a traduit la Divine Comédie et ne parait pas l'avoir comprise. » Mais comment s'en étonner ? « Sa vie de Dante écourtée et des indications ^perficielles de ses principaux ouvrages attestent le manque d'étude précises et Tabsence d'érudition dantesque, p Aussi c'est pure générosité de la part de M. le comte s'il ne s'attache pas « à relever la faiblesse des connaissances historiques de M. Lamennais sur l'état des sciences au xiu* siècle. » Mais lui qui plonge un regard d'aigle dans les obscurités du poète florentin, il vous signalera dans la Viira nuova, • des tablettes Où Oanle notait jour par jour les traces fugitives de ses premières pensées ; » dans les compositions de i'écolo amoureuse, « un mélange d'amour et de métaphysique, où d'obscures allégories se mêlent aux maximes subtiles et délicates d'une chevalerie qui nous est inconnue, et contribuent à faire de l'amour ud grimoire. » Mais il est de trop bonne maison pour s'arrêter à déchiffrer du grimoire. Beaucoup de gens trouvent que rien n'est plus prolixe et plus diffus que le style du Conoito, mais M. le comte, en admiration devant « Ténergique précision de la langue philosophique dans l'École, • vous dira, en pensant à la prose du Comito ; « Il y a là des hauteurs et des profondeurs, des précisions que l'intelligence oontempors^ne est loin de comprendre. % Même la sienne, ce qui prouve sa modestie. Quant au sujet du livre en lui-même, « C'est la lutte de deux amours qui se disputent son cœur et que deux dames personniGent, Béatrice et la Philosophie. » Où peuvent donc avoir l'esprit ceux qui veulent voir deux croyances dans ces deux amours et deux églises dans les deux dames 7 •
Quant à la Comédie (monsieur le comte n'a point porté sa sentence sur le traité De Vulgari e/091110), la Comédie «reproduit, dans son ensemble et dans ses parties, la vie si complexe du poète et ses trois épaques distinctes» L*Enfer, lePorgatoirectleParadisrépondentàces trots phases : la vie publique, l'exil et la vision. » Comme cela est net et fait bien jaillir la lumière sur les obscurités du poème! et puis quelle noble assurance dans cette déclaration : « J'ose aflSrmer qne si b Somme de saint Thomas venait à se perdre, on retrouverait, dans ses parties essentielles, sa philosophie traduite en vers par le Dante. • Qui peut donter d'après un tel témoignage que touC le poème n'ait été inspiré par la plus pure ortliodoxie? « Ceux qui s'étonnent de lin? sur la porte de ce grand édiûce ces mots, Comédie divine^ ccox-ti ignorent sans doute qu'on abîme sépare le comique de l'hoDune dt' celui de Dieu» et que la comédie dans le Ciel est bien souvent la tra-
gédie sur h terre (cela veut- il dire qu'on y rit de bon cœur de nos tribulations?), drame émouvant et terrible, dont Dieu tient les acteurs dans sa main, et où l'homme, après avoir occupé la scène quelques ins* tants, disparaît dans les coulisses de l'éternité ! Loin de lui, toutefois, la pensée que « ces périi)éties sanglantes, que ces grandes catastrophes ne soient que des jeux préparés par le grand Aristophane du Ciel pour les plaisirs d'un parterre inconnu. » A la bonne heure, voilà de l'érudition dantesque relevée par les plus heureux effets de style et celle de M. Lamennais, il faut le reconnaître, est bien pâle à côté.
I^lais en dépit de son rationalisme révolutionnaire, de ses hérésies politiques et religieuses, M. de Lamennais a du moins un mérite aux yeux de sou sévère censeur. Il a tenu bon contre « l'inqualifiable méprise de M. Aroux, » il est donc juste de lui en savoir gré. Oui, • M. Lamennais lui-même, si prévenu et snrioixt si crédule, A résisté CETTE FOIS. » Son manque d|érudition n'a pas laissé son jugement en défaut, tt il a prouvé du moins à M. Âroux que sa chimère d'un Dante hérétique ne peut tenir, même pour des yeux prévenus, devant les résultats tout autrement décisifs des recherches et des convictions d'Ozanam. Il a beau ])ar ses traductions, ses clefs et ses commentaires se mettre r«sprit à la torture pour faire du Dante un fauteur de Thérésie, un ennemi de l'Église et même un imposteur, le Dante de l'orthodoxie rémXe à ses prises et M. Lamennais lui-même refuse d'y toucher. »
Le mouvement oratoire est beau, mais ce qui ne laisse pas d'en atténuer quelque peu l'effet, c'est cette réponse que, du fond de sa tombe, le pauvre abbé adresse h M. le comte.
Ciomment l'aurais-je fait si je n'étais vivant 7
Gomment aurais-je combattu • la décevante hypothèse d'un Dante hérétique, révolutionnaii*e et socialiste, » si j'étais sur mon lit de mort, quand le livre publiésous ce titre a paru dans les premiers jours de 185/i, et si ce titre même n'a jamais retenti à mon oreille ? Ne m'attribues donc pas une opinion qui ne m'appartient pas et ne vous en faites pas un prétexte pour dire « cela nous dispense de réfuter l'hypothèse de AL Aroux. »
Il en est pourtant ainsi; à telles enseignes que nous avons entendu plusieurs amis de celui que M. le comte appelle « un des chefs du parti révolutionnaire et un esprit puissant dans le faux, » nous exprimer le regret que l'éloquent écrivain n'eût pas eu connaissance avant de mourir d'un ouvrage qui, disaient-ils, l'aurait vivement intéressé. Nous ne le regrettons pas moins qu'eux. Mais une perte que nous
déplorons bien plus encore, c*esl celle d'un homme qui s'était acquis Testime de tous les partis, et qui laisse un vide irréparable dans les rangs, peu nombreux, de ceux qui se livrent à Tétude de la littérature du Midi, et en particulier à celle de Dante. Nous lajdéplorons profoodémeut parce que nous n'admettons pas que, loyal et laborieux qu*il était, il eût, lui, cherché des prétextes et des faux-fuyants poar éviter d'engager la discussion ; convaincu, au contraire, qu'il eût examiné et approfondi la question soulevée, présenté ses doutes, ses objections, et que si, par hypothèse, il avait trouvé les preuves et les arguments produits à l'appui de l'opinion opposée à la sienne, suffisamment graves, précis et concordants, il aurait avec une noble franchise reconnu, et d'une âme toute chrétienne, qu'abusé parla fonne, il s'était trompé au fond. Après cet aveu généreux, il n'en serait pas moins resté, quant à la partie extérieure du poème, le plus bnllantet le plus docte des commentateurs de la Comédie. Telle aurait été, nous n'en douions pas, la manière d'agir d'Ozanam, et nous en avons pour garant celle qu'a tenue à notre égard son élève et son ami, M« Ferjus Boissard, chez qui nous pensons au moins avoir fait naître le doote, qui n'appelle pas moins ardemment que nous la discussion et la lumière, et dont nous espérons que cette dernière publication déterminera la conversion finale.
Mais revenons & M. Fouché de Careilqui, pas plus que HM. Yanucci, R. de G. , Frédéric Morin et autres, ne se soucie de discuter, par les puissants motifs que vous savez. Ceux-là qui « ne craigoeot pas d'arracher à Béatrice son voile et sa couronne, pour eu faire la personnification sacrilège de je ne sais quelle secte menteuse, • sont bien coupables à ses yeux, mais surtout H. Aroux « qui a suivi les intei'prétatioHS de la critique allemande. » Ce serait donc fort innocemment et par quelque conspiration du malin esprit, car M. Aroux, il l'avoue à sa honte, ne sait pas un mot d'allemand et si l'on peut lui reprocher à bon droit « la singulière aventure d'un Danle hérétique, relaps, et même pasteur d'une église albigeoise, » il peut déclarer hautement que, du côté de l'Allemagne, « la tragique histoire d'un Dante qui a connu le doute, et qui l'a traversé avant des'arrêterdans la foi n lui est restée complètement inconnue; enfin, que si M. de Lamennais a eu le tort de « chercher dans le Nord protestant la lumière sur le Dante catholique, » sa voie, à lui, a été toute différente, car c'est dans le Midi catholique, dans les producti<Nis cootempofaines du poëte, chez des écrivains qui lui soot antérieun, à une époque où il n'y avait de protestants que les Pauliciens, les Ca-
ihares, les Vaudois et les Albigeois; eDÛo, dans les Ihres des docteurs orlhodoies et dans les archives de rinquisition, qa*il a cherché la lumière sur Thérésie de Dante. Il devait en être ainsi tout naturellement de sa part, mais non pas de celle de M. de Lamennais, puis* que, à vous en croire, il aurait eu « horreur de cette inqualifiable hypothèse. » Resterait seulement à s'expliquer comment, en proclamant Dante un chrétien sincère, le docte abbé a aurait pris pour guide Ugo Foscolo, » qai le signalait comme aspirant à fonder une religion nouvelle.
£t moi aussi, monsieur le comte, je vois dans le poëte florentin uu chrétien sincère, ayant mis en lumière, dans sa trilogie, ta plus -pure orthodoxie, et vous auriez pu lire, dans Tavant-propos de ma traduction commentée, si vous aviez daigné y jeter les yeux, à quel point ma manière de voir à ce sujet se conciliait avec celle de M. de Lamennais, en même temps qu'elle admet en partie celle d'Ozanam.
Mais l'orthodoxie de Dante était-elle réelle ou seulement apparente? la retrouvc-t-on à la fols dans l'esprit et dans la lettre de ses œuvres, ou seulement dans cette dernière? Là gît tout le problème, et il faudra bien se résoudre enfin à l'aborder autrement que par des allégations ou des fins de non-recevoir. « La meilleure défense du Dante, dites-vous, c'est encore son poëme, c'est le Paradis que M. Aroux a seul laissé sans commentaire hérétique et qui défiera longtemps ses atteintes. » Ces atteintes auraient donc porté déjà quelque peu, selon vous-même, dans V Enfer elle Purgatoire, Mais pourquoi vous avancer ainsi, monsieur le comte, et encore lorsque vous étiez prévenu, p. 6\Uf que nous ne faisions halle que pour un moment, dans l'inlention de laisser à la critique sérieuse le temps de formuler son opinion et de profiter de ses conseils? Après un an d'attente, nous n'en pouvons mais si la critique sérieuse fait défaut ; si nous avons vainement fait appel à la plupart de ceux dont l'autorité semblait la plus considérable et dont la compétence ne pouvait être douteuse pour personne. Mais pour avoir attendu en vain, nous n'avons pas perdu courage; loin de là, nous avons eu à cœur de ne pas laisser notre tâche inachevée. Force nous a donc été de tromper vos prévisions et de nous attaquer à la troisième partie du poème, cette meilleure défense, selon vous, de l'orthodoxie dantesque. Peut-être nous accuserez-vous de présomption, mais il faut bien se rendre à Tévidcncc, la citadelle est démantelée, nos « toiles d'araignée » ont suffi pour y faire brèche de toutes parts et 11 se trouve qu'elle aura seulement tenu un peu m#ins que les ouvrages avancés.
Comment vous êtes-vous figuré qa*U fût possible d'abandooner ainsi, à moitié développée, une idée adoptée après mûr examen» à laquelle on a cimsacré un bon tiers de son existence intellectuelle et une partie de sa fortune ? Votre mérite précoce vous a valu , monsieur le comte, d'être chargé d*one mission littéraire dans la Péninsule. Je ne doute pas que cette mission n*ait été féconde et que vous n'en ayez rapporté des trésors, où les doctes auront à puiser un jour ; mais VÊUlI vous a naturellement indemnisé des dépenses que vous étiez appelé à faire dans un intérêt général. Il en a été tout autrement pour moi ; je suis parti pour l'Italie, muni seulement de quelques lettres de recommandation de M. Mole, pour nos agents diplomatiques dans la Péninsule. Durant quatre ans J'ai parcouru ses diverses provinces, visité ses bibliothèques, ses archives, consulté ses vieux écrivains; j'y sais retourné, quelque temps après, pour compléter mes recherches; puis il m'a fallu me rendre à Londres dans le même but Je ne suis pas riche, monsieur le comte, et tout cela, avec les achats de livres, ne m*a pas coûté moins de trente mille francs, ajoutez-en douze au moins pour l'impression des ouvrages que j'ai publiés,. nous dépassons le chilTre de quarante mille francs. Personne ne croira qu'on dépense tant d'argent et de temps pour le triomphe d'une idée si l'on n'a foi en elle, et si l'on ne la croit consciencieusement fondée en vérité.
Mais enfin, je puis m'étre trompé très-innocemment, comme vous l'avez fait, au sujet de la répulsion de M. de Lamennais pour des interprétations dont il n'eut jamais connaissance. Vous avez, je n'en doute pas, l'érudition dantesque qui lui manquait. Veuillez vous charger de réduire à néant ce que je considère comme des preuves évidentes de l'opposition de Dante aux doctrines de l'ï^lise catholique. Engagez franchement la discussion avec moi. Si l'avantage vous reste, je déchire mes malencontreux commentaires et je proclame votre victoire, en appelant sur votre tête toutes les faveurs académiques et universitaires, et je me renferme désormais dans le silence. Mais en supposant, chose peu probable, j'en conviens, qae ce fût moi qui vînt à vous convertir; comme je dois vous croire assez bien en cour et que je suis maintenant trop vieux pour faire autre chose que fouiller dans les anciens auteurs, je compterais sur votre appui pour me faire octroyer le seul emploi qui puisse me convemr désormais, à savoir la succession de M. Romieu, que je ne sache pas avoir encore été donnée, car je ne voudrais déplacer personne.
f}oin de moi la pensée de convoiter une sinécure, ce serait aa contraire, afin de pouvoir travailler plus et mieux, que-je rtdamerais
vott*e protection. J'aurais ainsi accès dans toutes les bibliothèques, où je pourrais prendre les livres dont j'aurais besoin ; mon traitement me permettrait de rétribuer convenablement deux secrétaires, l'un versé dans la connaissance des langues du Midi, Tautrc dans la littérature du Nord, pour venir en aide à mon ignorance de l'allemand. Je pourrais alors achever sur Pétrarque et sur les poètes, tant italiens que provençaux, un travail analogue à celui que je viens de terminer sur Dante, travail dont lés matériaux sont amassés en partie. Pardonnez-moi, monsieur le comte, d'entrer ainsi, avec vous, dans le détail de mes petites affaires; mais puisque je réclame vos bienveillants offices pour la réalisation de mes châteaux en Espagne, encore faut-il que TOUS ne puissiez douter du bon usage que ferait votre protégé de son temps et de son argent
Je compte donc sur vous pour essayer de briser, sous la vigueur de votre argumentation, « ces trames subtiles, véritables toiles d'araignée sans consistance, que le critique a tirées de lui-même. » Vous êtes sans doute un trop gros moucheron pour vous prendre dans les miennes; brisez-les, balayez-les, je vous les livre.
A l'œuvre donc, monsieur le comte, prouvez que « iM. Aroux s'est pris lui-même dans ses trames subtiles,» ou décidez-vous à reconnaître loyalement que vous-même vous vous êtes laissé enlacer, avec des milliers d'autres, dans un immense réseau d'acier de la plus fine ti;empe, qui, sous des arabesques décevantes, dérobait ses mailles combinées avec un art infini. Jusqu^à ce que vous vous soyez décidé à adopter soit l'un, soit l'autre parti, nous resterons avec la conviction d'avoir signalé dans la Comédie une fraude de génie et, en concluant, à la suite d'un examen consciencieux, que son auteur était hérétique, d'avoir proclamé une vérité.
Mais c'est une loi de nature, toute vérité a besoin de temps et d'efforts pour se frayer sa voie ; il lui en faut d'autant plus que l'erreur s'est enracinée et qu'elle a acquis droit de prescription sur le terrain d'où la nouvelle venue tend à la débusquer. Aussi n'est-ce qu'à force de {Ksrsévérance et en revenant incessamment à la charge, sans se décourager, sans s'émouvoir de l'injure plus que de l'indifférence qu'on parvient à lui assurer gain de cause. Lei idées aujourd'hui le plus unanimement reçues, les découvertes les plus utiles à l'humanité, les plus belles conquêtes de l'esprit humain, ont toutes été repoussées au début, par cette répugnance instinctive que l'homme éprouve à subir une manière de voir, de penser, d'agir, qui contrarie ses habitudes, ses préifentions, ses croyances, et l'oblige à revenir
sur ses premières impressions, à répudier ce qu*il a acceplé comme vrai, à reconnaître qu*il s*est trompé, aveu si di£Bcile à arracher.
Quiconque innove, découvre, invente, peut être assuré d'inspirer dès Tabord la d^iance, et de ne rencontrer que des incrédules ou des insouciants. Il est immanquablement un songe-creux, un homme à systèmes, un fou ; si encore, non content de le tourner en ridicule, on ne s'attaque pasà ses intentions, en Taccusant de mauvaise foi; en ne lui ménageant pas les épithètes de sophiste, de plagiaire ou même de calomniateur. Il en est ainsi depuis que le monde existe, et cela ne changera pas de longtemps. Il faut donc en prendre son parti et poursuivre philosophiquement sa tâche, en persistant à soutenir ce que Ton croit vrai en son âme et conscience, à en appuyer la démonstration de nouvelles preuves et d'arguments de plus eo plus décisifs.
Voilà pourquoi ce quatrième volume vient s'ajouter à ceux qui l'ont déjà précédé et comment l'auteur s'est trouvé amené à donner à sou Commentaire plus d'étendue qu'il n'a\ait cru devoir le faire dans ses notes précédentes. Il avait compté sur le jugement, sur le sens commun, encore plus que sur la science ; c'est le préjugé qui a élevé la voix, le sommant fièrement de produire ses preuves. Il a donc dû se résigner à faire plus largement dans les champs du passé et sur le domaine d'autrui ce glanage patient qu*on appelle de l'éroditîou. Il lui a bien fallu, ayant à convaincre des gens prévenus, dont beaucoup jettent à peine des yeux distraits sur quelques pages ouvertes au hasard, et affectent de ne pas comprendre, lorsqu'on ne leur met pas les points sur les i, revenir sur ses explications '|)récédentes, en répéter plusieurs fois quelques-unes, entrer dans des détails de rites et de costumes. Il lui a fallu surtout préciser des faits peu connus ou mal appréciés, en esquissant les biographies de certains personnages dont la valeur réelle a la plus haute portée |M)ur l'intelligence du poème dans ce qu'il a de plus arcane. Il résultera de là» peut-être, qu'après lui avoir reproché de ne pas être assez explicite, on trouvera qu'il en dit trop cette fois; mais, du moins, on ne l'accusera plus sans doute d'avoir copié, volé même Rossetti. On s'est dispensé, du reste, de citer les plagiats dénoncés, et Ton s'est assez adroitement tiré d'affaire en disant que le nouveau système était l'exagération du sien. Il va, en effet, beaucoup au delà, en permettant de reconnaître sous leur masque et de désigner par leur véritable nom des acteurs que le savant écrivain ne s'était jamais dout€ avoir à jouer un rôle dans la Gomédiei. en assignant son véri-
table nom à Téglise pour laquelle Dante avait répudié la foi romaine; en faisant connaître ses dogmes, ses usages, leur dériyation et ses principaux établissements, surtout en Italie; en donnant enQu la clef du langage de ses fidèles. Pensera-t-on que ce soient là des résultats insignifiants du nouveau système ?
S*il était fanx, c'eût été déjà quelque chose d'étrange que de le voir fonctionner sans se détraquer, en opérant constamment d'après le même principe, sur les soixaute-sept chants des deux premières parties du poème; mais l'épreuve ne doit-elle pas être considérée comme décisive lorsqu'il obtient, appliqué à la dernière Cantique, à ce Paradis considéré comme inabordable à Tinterprétation , comme inexpugnable à l'esprit de système, des résultats plus probants encore, lorsqu'il projette la lumière au sein des ténèbres?
Eh bien, qu'on se résigne à lire attentivement ces pages qui contiennent presque une traduction nouvelle en prose avec une partie du texte; que les gens pressés se contentent même de commencer leur lecture aux douze derniers chants, sauf à revenir sur les autres à leurs moments perdus, et qu'ils aient à déclarer, la main sur la conscience, si le commentaire du Paradis donne, tant dans son ensemble que dans une de ses parties, un démenti au mode d'interprétation suivi dans Y Enfer et dans le Purgatoire, si chaque expression du langage symbolique n'y conserve pas la même valeur conventionnelle, si les initiales employées à former certains mots de reconnaissance n'y reviennent pas avec la même signification ; si la pensée secrète ne s'y dégage pas nette et claire de la phrase constamment obscure et souvent illogique, entendue dans le sens littéral. Enfin si la scène, avec ses décors, aussi bien que les personnages, avec les discours que le poète met dans leur bouche, ne justifient pas pleinement le titre que nous avons donné à cette dernière partie du Commen-taire, et l'épigraphe : Imx ex tenebris.
Mais c'est en vain, quant à présent, que le Paradis aura été illuminé à jour, nous en serons pour nos frais de luminaire, et la clarté ne se fera pas plus pour les aveugles par ignorance ou paresse que pour les aveugles volontaires. Nous avons si mal pris notre temps et choisi le sujet de nos investigations I Que ne déterrions-nous quelque cité fossile ? que ne mettions-nous en lumière quelque manuscrit poudreux, un Yèda de la première édition ou quelque vieille chronique chancie ? Que ne signalions-nous une petite planète méconnue? Il y a là peu de concurrence et le succès blesse la vanité de peu de gens.
Mais nous nous avisons de scruter un livre que tout le monde a sous la main, que chacun a la prétention de connaître, sans l'avoir lu, et ceux qui Tout lu sans Tavoir compris, sur lequel la critique s'escrime depuis cinq siècles, en proclamant son admiration pour Tauteur, sans le rendre plus intelligible à la foule, qui admire de confiance. Nous arrivons à la suite d'une multitude de doaeurs, proclamant sur tous les tons l'orthodoxie du poète florentin, en même temps qae l'impossibilité d'arriver à dégager complètement sa pensée secrète des voiles de l'allégorie, attendu que la clef de son langage symbolique est désormais perdue, et nous avons l'impertinence d'annoncer que cette clef est retrouvée. Bien plus, nous essayons d'en faire usage et il se trouve que cette clef est un véritable passe-partout ; il en résulte, que des mystères dérobés jusqu'ici aux regards des profanes sont révélés au grand jour, que la Comédie, si longtemps divinisée, perd son auréole d'orthodoxie, qu'un nouveau poëme apparaît sous l'ancien, comme un palimpseste sous les caractères superposés, et qu'un nouveau Dante,. ennemi de Rome, surgit, substitué au Dante presque canonisé comme théologien catholique. Oui, répondront ceux qui, ne pouvant enfin se refuser à l'évidence, garderont rancune à celui qui les aura contraints de reconnaître leur erreur, belle merveille que ces travaux sur les œuvres du vieux Gibelin, pour en faire tant de bruit; car enfin il ne s'agissait que de se baisser et d*y regarder d'un peu près, pour ceux-là surtout qui avaient la vue basse. Quelle simplicité d'avoir passé tant d'années à secouer la poussière de ces friperies, à en rajuster les morceaux!
Il est difficile d'être plus mal inspiré sans doute ; comment le méconnaître en présence des résultats? Qu'a produit en effet cette prétendue découverte? De quels applaudissements a-t-elle été saluée? Bien loin de là, mon Dieu! à quelques exceptions près, on l'a vue accueillie d'un concerl'de malédictions. Parmi les doctes, les uns ont haussé les épaules, les autres ont souri, les plus polis ont douté* Mais dédaignant de se commettre dans un si mince débat, ils ont laissé à qoi voudrait faire preuve de zèle et mériter leur patronage, le soin de confondre l'audacieux novateur.
£n voici un pourtant, et c'est à vrai dire un écrivain d'une valeur incontestable, qui se décide à donner signe de vie. Au moment de mettre ces pages sous presse, la Revue des Deux-Mondes puUîe un article de M. Saint^René Taillandier, intitulé : Dante et la Uttéraitwre dantesque en Europe, Nous y lisons : « Le commentateur qui a bit de Daute^un socialiste, a renouvelé, à un^int de vue tout oppose.
Terreur de Rosselti. » Nos contradicteurs finiront, peut-être, par se mettre d'accord. « Cet épisode en un tel tableau, n*est pourtant pas aussi bouffon qu'il paraît l'être, et le livre de ÎVl. Aroux, en dépit de l'auteur, nous aidera à mieux faire compi*endre la saine et puissante originalité du Florentin. » Cela ne nous eût dépité en rien, mais nous avons cherché vainement, où et comment nous étions venu en aide au critique.
Il semblait d'après cette entrée en matière qu'il y eût lieu de s'attendre à une discussion et par suite à une réfutation victorieuse des erreurs quasi-bouiïonnes du commentateur malencontreux. Erreur; la méthode Morin est bien plus commode et cxpéditive. Après avoir passé en revue, dans quarante pages compactes, tous les travaux dont la Comédie et son auteur ont été l'objet en Europe depuis cinq siècles, et après avoir exalté, parmi les modernes, d'abord, ceux du roi de Saxe actuel, car à tout seigneur tout honneur, puis les précieuses découvertes de M. Ch. lYitte, auxquelles nous rendons justice, ainsi que les ouvrages de M^l. F. AVegel et K. Rnih, dont, nous l'avouons en rougissant, le nom même nous est inconnu^ le sévère censeur daigne accorder à nos études une vingtaine de lignes ; véritable charité de grand seigneur.
Nous avons osé avancer que Dante fut pasteifr d'une église albigeoise dans la ville de Florence. «Vous demanderez, dit-il, les preuves de cette accusation ; l'auteur de ce beau système a un procédé bien simple: il ne prouve pas, il affirme... Virgile dit : Je suis Lombard O impudence! le Virgile dantesque proclame lui-même ses accointances avec les Albigeois de la Lombardie. Toutes les argumentations sont de celte force... La monomanie de M. Âroux le suit partout, ce qu'il a lu il Ta lu de travers, etc., etc. » Ne semble-t-il pasquenons soyons eu droit de répliquer à notre tour : Le critique a un procédé bien simple, il ne prouve pas, il affirme ?
Pour qui n'aurait pas été réduit è suivre une consigne, n'y auraitil donc pas eu plus et mieux à dire sur une méthode d'interprétation* qui, si elle n'avait pas encore déduit toutes ses preuves, avait produit du moins des résultats assez imprévus et assez probants par euxmêmes ? Quand le Christianisme venait briser leurs idoles, les docteurs païens avaient du moins le courage et la loyauté de lui opposer leurs réfutations et de le combattre à visage découvert Vos Celse se font bien attendre, Messieurs.
M. René qui lit droit satis doute, mais peut-être un peu vite, pourra voir au surplus ^e nous avons devancé ses bons avis; car
nous avons essayé de prouver cette fois. Il verra qu'à Texempledc Daote et de ses coreligionnaires, nous avons « épargné saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean, » tout en osant, « littérateur naïf • que nous sommes, « regarder en face Jean de Parme et saint Bonavenlure, saint François d'Assises et saint Bernard, saint Thomas d'Aquin et saint Dominique lui-même , sans que ces figures si hardies nous aient rempli de frayeur. » Qu'il ne s'en étonne pas : car nous pouvons l'assurer n'être pas de ceux qui ont « étudié le moyen âge chez l'historien de sainte Klizabeth ; » encore moins dans les écoles chrétiennes de M. Veuillot.
Quelle revanche nous pourrions prendre du littérateur conGant, quoique peu naïf, qui s'est aventuré à prendre la parole pour ceux que la prudence retenait derrière le rideau ! Mais nous serons généreux, afin de lui prouver qu'il « n'y a pas plus de violence dans notre polémique que de pusillanimité dans notre foi. » Car enfin ce n*est pas sa faute si nous n'avons pu commencer notice glose par le Paradis et lui fournir plutôt ces preuves dont il se montre à la fois si avide et si économe. Comment ne pas être touché d'ailleurs de ces louanges confraternelles adressées par le pèlerin germanique au pèlerin dantesque, qui les lui rendra au même lieu, en célébrant son érudition bibliographique? Nous lui passerons jusqu'à ses admirations [xiur les poissants de la terre, on le renvoyant, à titre de pénitence, aux commentaires du roi Jean le Philaléthès.
Notre seule vengeance sera de l'inviter à relire son irès-savant article, lorsqu'une fois il aura daigné porter son attention d erudit, ayant étudié le moyen âge aux meilleures sources, sur les derniers chants du Paradis illuminé, que nous aurons l'honneur de lui adresser. Peut-être alors reconnailra-t-il qu'il faut avoir la consciencieuse patience de tout lire, même les livres de Franc-Maçonnerie.
£h bien, après avoir pu juger les façons ravalières de certaine critique, envers un homme qui , depuis deux ans, Tadjure en vain d'engager une discnssion réelle et digne au moins des graves questions soulevées, le croira-t-on? il est pourtant des gens joui^sant de leur raison, et même des dignitaires de l'univerbilé, il est jusqu'à des membres du clergé, des gallicans à la vérité, pour qui Dante est désormais un hérétique convaincu, un puissant révolutionnaire aspirant à un remaniement religieux et social ! Ils n'ont garde de s'en exprimer tout haut, leur position leur commande la prudence , mais dans l'iotimité ils vous diront, portes bien closes, qu'avant dix ans on rira an nez de quiconque osera mettre sur le tapis k vieille niystificaiioo da
AVE€ LA CRtTlOUE. 1325
catholicisme de Dante; que ses apologistes d'aujourd'hui seroot devenus alors ses détracteurs, et qu'il en sera d'eux comme de certaios hommes de parti à chaque revirement de la politique. A entendre ces personnages graves, lorsqu'il est difficile, à l'heure qu'il est, de rencontrer dans la presse quelques esprits libres de préjugés, disposés à soutenir de leur assentiment les efforts tentés par l'auteur des Révélations, pour arracher l'opinion à l'ornière de la routine, loin que personne, dans dix ans, élève la voix pour lui lancer l'anaihème, ou seulement pour le combattre, ce sera à qui protestera n'avoir jamais eu d'autre avis que le sien, d'où résultera qu'il n'aura rien découvert dont chacun n'eût déjà la conviction, tant la chose était simple et brillait d'évidence.
Avant dix ans les Académies elles-mêmes, toujours à en croire ces optimistes, les Académies se seront décidées à reconnaître pour vrai ce qui ne sera plus contesté ; bien plus, elles mettront au concours, nombre de graves questions relatives h l'histoire, à la littérature, à la philosophie, etc., que ces malencontreuses révélations obligeront d'étudier de nouveau plus attentivement et de remanier en entier. Quand la lumière se sera faite ainsi, les Francs-Maçons, ces [héritiers directs de l'ordre du Temple, seront dans la jubilation, en appre* nant qu'ils avaient réellement un secret ; ce dont la plupart commençaient à douter beaucoup avec tout le monde. Ils féliciteront donc cordialement le commentateur pour avoir retrouvé non-seulement la parole perdue, mais encore son véritable auteur; bonne nouvelle qui lui vaudra Taccolade fratenielle du Maître, gratulando per la ftûvella, (Ps. XXIV.) Ils s'empresseront de lui voter, quoique profane, un bijou iVhonneur avec le titre de Prince Rose-Croix in partibus; peut être même y ajouteront-ils une dotation, faute d'une grasse Commanderie à luiDiïrir; le tout pour avoir clairement établi leur généalogie sur des documents irréfragables, en leur donnant l'explication de leur symbolique et de leurs cérémonies rituelles.
Loin que ses ouvrages soient mis à l'index à Rome, comme l'en avalent menacé certains critiques, disposés à voir tout en noir, le souverain Pontife lui témoignera sa satisfaction, pour avoir ouvert les yeux des fidèles sur un livre inspiré par l'esprit d'hérésie, et il daignera lui accorder sa sainte bénédiction; cai* on ne lui a guère laissé
autre chose à donner.
|)e leur côté rois et princes protestants, lui sachant le meilleur gré de leur avoir restitué, dans une aussi haute renommée poétique, un des patriarclMS de la Réfomation, lui réserveront leur plus gracieux
accueil, s'il se sent encore assez vert pour visiter lenrs Étals; et leurs bibliothèques, leurs archives lui seront généreusement ouvertes.
Ceux qui le traitaient d'inquisiteur, de calomniateur, d'obscnraotisle furibond, d'affilié de ï Univers, les philosophes, les incrédules de toute couleur, ne parleront de rien moitié que de lui élever des statues, pour avoir signalé, bien malgré lui, dans la lune quelques taches inaperçues jusqu'ici.
C'est ainsi que, dans des sphères si différentes, on verrait les opinions les plus opposées se trouver d'accord pour acclamer un grand service rendu à la religion, à la philosophie et à la science. Enfin le nouveau ministre de l'instruction publique, pris d'un bon mouvement en faveur de son ancien chef au parquet de Rouen, voudra lui témoigner sa haute satisfaction. Il s'estimera heureux de pouvoir l'indemniser de sacrifices onéreux, sur les fonds mis à sa disposition par un gouvernement qui, n'ayant point à se débattre contre la lésine parlementaire, sait du moins en rémunérant faire largement les choses.
Yoilà jusqu'où va l'optimisme de ces honorables persomiages, pins liallacinés par un sentiment bienveillant ^ notre égard, que nous ne l'avons jamais été par l'esprit de système. Nous avons certainement la plus grande confiance en eux, mais elle ne va pas au point de croire h la réalisation de toutes leurs belles prophéties. Nous doutons même fort qu'elles aient ^ s'accomplir au centième. Ayant d'ailleurs fort peu d'ambition, nous nous tiendrions presque satisfait d'an revirement de l'opinion dans le délai énoncé. Mais nous commençons à dater de loin et qui peut se flatter de vivre dix ans? C'est même celte pensée qui nous a fait hâter la publication de la dernière partie de ce Commentaire y tout en sachant trop qu'elle n'aurait pu que gagner à attendre encore.
^ Après avoir exposé fidèlement l'opinion des autres sur notre ouvrage, c'est bien le moins que nous donnions la nôtre en terminant. Eh bien, nous déclarons que c'est un travail à refaire, en le réduisant de moitié au moins, ce qui sera facile une fois la croyance du poêle admise sans conteste. Il ne s'agirait plus Blors que de reprendre en sous-œuvre la traduction, en prose bien entendu, en restituant au texte son sens tout sectaire, et en adjoignant à chaque nom biblique ou mythologique celui que désigne ThiSloîre ; le tout accompagné do quelques notes succinctes; mais aurons-nous le courage d'entreprendre de nouveau une pareille tâche 7 Nooten doutons. Peut-éire
préférerons-nous chercher quelques distractions k ce rude pèlerinage dans les trois royaumes, en faisant passer à notre coupelle les riantes créations de TArioste, inspirées par la même croyance, sans qu'on s*en soit douté, et dirigées vers le même but, quoique dédiées à un Cardinal et publiées avec privilège d'un Pape.
Peut-être parviekidrons-nous alors à convaincre M. Delécluze que Fauteur du Roland furieux nourrissait tout autre ambition que celle d'être coiffé du chapeau rouge par Léon X, et que son £riphyle chevauchant un loup n'est rien moins que la Réformation ; ce que nous écrivions de Naples, en 1839i si nous avons bonne mémoire, à M. Sainte-Beuve, dont il serait tant à regretter pour nous que la critique si fine et si nourrie d'érudition, n'eût pas à intervenir cette fois dans un débat d'une bien plus haute portée, digne par cela même de ses savantes investigations. Car enfin nous nous permettons d'élever des doutes sur la parfaite orthodoxie de ses chers Solitaires de Port- Royal des champs. Youdra-t-il laisser à d'autres le soin de la défendre ?
Paris, 8 décembre 1856.
IêM VlatooioiMif «I lef AvenoUloi.
~ Le vœu de Dante fut en partie réalisé, quand les trois branches ca< thares de Goncerezzo, de Bagnoio et d'Albano (Rinerius, Schmidt), ses Stoïciens, ses Pythagoriciens et ses Épicuriens, se furent réunis sous le nom oomonin de Platoniciens. Aussi ces disciples de Vécole d'Amour, qui comptèrent parmi leurs maîtres Pétrarque et Marsile Picin, ne purentils vivre en paix avec les disciples de Técole païenne, dite Averroïste, pour ne pas la désigner sous son véritable nom d'école Romaine. Les romafite de chevalerie et le poëme mutilé de TAfrique sont là pour attester que rÊtat pontifical fut constamment désigné par les sectaires comme le pays des Arabes, des Sarasins, des infidèles.
Même détournement d'idées dans Tordre philosophique. Uintelléet actif de TAverroïsme était devenu, pour les adversaires de Rome paganisée, la raison, le libre arbitre, la no6t(e^»ffà, dont ils revendiquaient l'usage et qu'ils n'entendaient pas laisser confisquer au profit exclusif de leurs adversaires, en se contentant de Vîntellect passif ou pôsMle, cohdamné à attendre passivement la possibilité de se mouvoir^ à soumettre la ragion al talento. En conséquence, selon le point de vue où ils^ se plaçaient, Iqs Platoniciens de Florence s'élevaietit contre l'unité d'intellect, tandis que les soi-disant Averroïstes dePadoue tenaient pour. Le tout afin de se donner carrière dans des discussions sans fin, dont l'habileté consistait à traiter des questions en tout difiFérentes de celle qui s'agitait ostensiblement.
Cette habileté était telle qu'elle a pu faire illusion au savant auteur de V Histoire de rAverroisme, Et pourtant sa sagacité critique le conduit
bien près de la vérité lorsqu'il dit : « La tactique par laquelle les philosophes de ce temps cherchaient à revendiquer quelque indépendance, était d'exposer les doctrines compromettantes sous le nom d*autrui, en les désavouant et même en les réfutant r (page 328). Et plus loin : « On faisait des livres pour défendre les dogmes qu'on voulait attaquer > (page 337). De là à attaquer certaines doctrines sous des noms d'emprunt il n'y a pas loin. Et c'est justement ce que faisait Yanint, dont le docte écrivain dit : « L'opinion qu'il réfute est presque toujours celle qu'il veut inculquer » (page 337).
Cette polémique masquée explique pourquoi < pendant quatre siècles les libres penseurs ne trouvèrent pas de meilleur subterfuge pour excuser leur hardiesse que l'opposition de l'ordre de la foi et de l'ordre philosophique, qui, dans tout le moyen &ge, est le trait distinctif des Âverroïstes » ( ou soi-disant tels), p. 286. L'analyse critique des romans de geste prouvera qu'ils avaient encore une autre corde à leur arc pour combattra le géant anthropophage de la selva oscura.
Or, nous l'avons dit, en présence des pseudo-Averroïstes de Técole de Padoue, attaquant la Papauté sous le nom d'Âverroïsme, il y avaii les pseudo-Platoniciena de l'école de Florence, s'entendant assez avec eux sur la question religieuse, quoiqu'on divergence sur la question politique, à telles enseignes, que les œuvres des uns et des autres s'imprimaient également à Venise.
En effet, les Platoniciens (lorentiens étaient, sous un autre nom, les successeurs de ces Épicuriens, qui, un siècle avant Dante, changeaient le gouvernement de Florence; révolution rappelée par M. Renan et à laquelle M. Schmidt assigne son véritable caractère de mouvement albigeois. Mais les Platoniciens du xv* siècle ne faisaient pas de révolotions, attendu qu'ils étaient au mieux avec cette famille des Médicis qui ne fut pas, à bien y regarder, d'une parfaite orthodoxie, tout en donnant des pontifes à l'Eglise.
« Certes, dit encore M. Renan, sous le rapport de la liberté de la pensée, Florence n'avait rien à envier à Venise. Nulle part la licence d'opinion et l'irrévérence des choses saintes ne furent portées aussi loin dans le moyen ftge ; on y poussait le scepticisme jusqu'à ne pas croire aux miracles de sainte Catherine de Sienne, attestés par tous les Siennois» (page 340). Ce serait pourtant cette Florence «rieuse, incrédole et légère, s'abandonnant aux enivrements d'une vie parfumée de jeunesse et de gaieté, » qui aurait été le foyer de l'idéale doctrine platonicienne. Nous ne saurions admettre, avec le savant académicien, comme cause déterminante d'un pareil phénomène l'influence atmosphérique ; i Tair de fraîcheur et dejoie qu'on respire au pied des coteaux de Fiesole^ > et encore moins a la sérénité de la conscience » dans une ville adonnée au hixe et aux voluptés les plus raffinées où triomphait le machiavélisme.
Mais où M. E. Renan nous parait s'être complètement mépris, c'est lorsque, se laissant abuser par la profonde antipathie que Pétrarque manifeste en toute occasion contre les médecins arabes, il croit, avec l'honorable naïveté de la science, qu'il s'agit réellement de disciples d^Escnlape professant les doctrines averroïstes : eh ! mon Dieu « ces médecins du pape avec lesquels il avait eu quelques démêlés à Avignon et qui
4PPENDIGE. 1331
affectaient de dédaigner les poë'tos» (page 263))fy compris Geste, celui qui célébrait la foi d'Âmoor sous le nom de Laure, étaient tout bonnement des médecins des âmes, des docteurs spirituels, des cardinaux qui le desservaient près du pontife. Comment M. Renan n'a-t^il pas été édifié à cet égard par ce passage de la lettre à Boccace où, nous dit-il lui-même, « il décrit avec malice le charlatanisme et la vanité des médecins de son temps, qui ne paraissent en public que superbement vêtus, montés sur des ehevauœ magnifiques, avec des éperons d'or, un air d'autorité, les doigts resplendissants de bagues et pierres précieuses? Vea s'en faut qu'ils ne s'arrogent les honneurs du triomphe et en effet ils le méritent, car il n'est aucun d'eux qui n'ait tué (au physique ou au moral) au moins cinq mille hommes. »
11 faudra donc croire que le pape avait des médecins arabes ou averroïstes, et qu'ils allaient faire leurs visites avec le costume et l'appareil affectésaux seuls dignitaires de l'Église? Il faudra admettre que Pétrarque aurait attaché une telle importance aux ridicules des docteurs de son temps, qu'il aurait cru ne pouvoir faire moins que de les flageller dans quatre livres (ïinvectives; enfin que cette hostilité de sa part contre de simples médecins aurait causé un tel enthousiasme, à raison du courage qu'elle supposait, sans doute, qu'un « Padouan aurait proposé d« lui élever une statue avec cette inscription : Francisco Petrarchœ meaieorum hosti infestissimoj^ (page 263) ? Traduisez : ennemi irréconciliable de la théocratie romaine, et vous comprendrez tout à la fois la proposition et l'inscription, ainsi que l'enthousiasme du poè'te pour Rienzi.
Quant aux entretiens de Pétrarque à Venise avec Dandolo, Talenlo Cootarini et Guido de Bagnolo, tous trois averroïstes, et pourtant ses amis, remarquez-le bien , parce qu'ils n'étaient tels qu'en apparence^ et que surtout ils n'étaient pas médecins, s'ils « mirent tout en œuvre pour l'attirer dans leur parti et finirent par l'appeler un bonhomme (notez que c'était le nom des croyants sectaires), un bonhomme sans littérature, me sine literis virum bonum » (page 265), c'est que, d'accord sur le fond de leur croyance, ce qui explique leurs relations amicales, ils différaient sur quelques points de doctrine ou de conduite; ce que nous ne nous arrêterons pas à examiner quant à présent, renvoyant ceux que la question, peut intéresser au traité] De suiipsius et muUorum igno^ rantia.
Disons en terminant que si « Tincrédulité averroïste (de ceux qui arboraient ce drapeau fictif) au xvi* siècle, est sombre, méprisante, hypocrite, sans dignité » et si elle contraste ainsi avec « la gaie et spirituelle franchise qui caractérise l'incrédulité française du xvni* » (page 337), c'est que cette dernière n'avait [rien à redouter des inquisiteurs et des bourreaux; mais une fois{cetl9 idée admise, qu'il y avait de vrais et de faux averroïstes, il restait bien peu à faire, pour arriver à se demander si ce philosophisme hypocrite, justement signalé, n'aurait pas trouvé commode d'imposer au catholicisme le nom d'Averroïsme et, pour mieux simuler l'orthodoxie, de l'attaquer insidieusement en le donnant lui-même pouir averroïste.
YSSi A?PSNDlCfi.
ABalyaé •riiiqoe eu poioM de Triftaa d» TiéornioM (*}•
Triâtap jesl de la même famille que Garin ou Guério, récuyer de l'Espagoûl Ferebrace, car Garin, Guarin ou Guérin (de garir, guérir), ne sont qu'un même nom affecté à une même personnification, celle des Pauvre^ de Lyon, ces médecins des âmes. Un coup d*œil rapide jeté sur Iç poème de Tristan de I^éonnois suffira pour en apprécier la pensée inspiratrjcoi.
Rien de plus simple que son sujet, rien de plus compliqué quesacontexturci^Yxabolique, rien de plus habile que sa mise en œuvre :
Troi^jsLémenls religieux, trois croyances étaient en présence dans la grande él.la petite Bretagne, du ix^* au xui^ siècle, peuUètre même avaut, et nous les voyons se produire dans cette œuvre remarquable comme personnages principaux, savoir :
4<> Le vieil élément druidique se résignant, pour se perpétuer, à s'àlUer au principe chrétien, avec lequel il fait assez mauvais ménage , sous lûs ixaits du roi Marc ou Marsh, fils de Meirchiav^ ; %^ la croyance orthodoxia, inclinant à l'aibigéisme, acceptant donc avec hésitation et répugnance Télemeat druidique, et se convertissant sur ces entrefaites à la religion de T Amour, dans la blonde Essylt, la cavale à la blanche crinière , ou Iseult , devenue TËglise d'Irlande, dont le nom signifie : belle à contempler, correspondant au ^ei-Fez^r provençal; 3« enfin le prosélytisme albigeois dans Tristan, qui. gardien des Marcassins sacrés ou initiateur des néophytes, chez les Druides, héraut de leocs mystères, devient.le missionnaire de la foi évangelique, de la r^igion d'Amour et d'humilité, parce que son nom signifie tout a la fois te Proplamateur, en langue gaélique, et le pauvre, le misérable affligé, dans les idiomes romans.
Marc, Iseult et Tristan constituent donc une triade, la première du poè'me, où se reprpduit plus d'une fois cette forme des traditions druidiques.
Le Morhout irlandais, ce géant qui soumet le pays de Cornouailles à un tribut annuel de jeunes hommes, de jeunes filles et de chevaux, ce Morhout redouté, dont Tristan reste vainqueur et qui le blesse d'an
(*) Mous donnoDB ici in extenso ce travail sur le Tristan, dont nous n'avons soumis qu'un fragment à l'Académie de$ inscriptions et belles-lettres. Aussi, à en croire une bouche ofQcîelle, n'anrions-nous réussi qu'à Vètonner et à la faire douter de sa compétence au sujet d'un travail qui lui aurait paru plus particulièrement pkUosophiguc Avail-on qualité pour formuler ce Jugement au nom de la Compagnie ? Ceat ce dont il est pcrmb de douter. Quoi qu'il en soit, nous renonçons à en appeler l elle-même, comme aussi I nous pourvoir devant l'Académie des sciences morales ; nous craindrions d'étonner encore bien plus ses doctes membres et d'éire écondult de ce cOté pour fait d'ardicolosk littéraire,
APP£r4DlGE. 1333
glaive empoisonné, se révèle à nous comme le Monacbisme, enlevant chaque année pour ses couvents les jeunes gens des deux sexes et les écus ; les monnaies armoricaines portant, on le sait, une tète de cheval. C'est en sa qualité de nièce du Morhout catholique qu'iseult, avant sa conversion à la religion d'Amour, veut venger sa mort sur son meurtrier.
Le serpent cresté ou mitre, comme on voudra, ce monstrum homndum, informe, ingens, à Thaleine empestée, rappelant la puanteur « des Gémonies de Rome, » dit naïvement Jean JMaugin, ce fléau dont Tristan triomphe sur le sol de Tlrlande et dont la langue fétide lui fait une plaie envenimée, rien qu'en touchant sa peau, nous a tout Fair d'être la fîguro du clergé romain, naturellement disposé à prendre parti pour le Menachisme contre ses ennemis.
Enfin, dans ce vilain de la forêt qui surprend le Parfait chevalier endormi, et lui lance une flèche empoisonnée, parce qiï'il a tué son père, dont le nom n'est pas indiqué, et qui pourrait bien être le Morhout monacal, ne faudrait-il pas voir la plèbe catholique, ignorante et cruelle' sous la direction de ceux qu'elle appelle ses révérends pères?
La seconde triade se composerait ainsi très-rationnellement du Morhout, du serpent cresté et du vilain.
Si Tristan et Iseult, son église bien-aimée, ont pour ennemis acharnés dans Godoïne, Ganes et Donajaïn, trois barons félons, représentant la noblesse catholique, le parti féodal dévot, ils ont d'autre part trois amis à. toute épreuve, savoir : l'instituteur-écuyer de Tristan, Governal ou Gouvernail, le libre arbitre éclairé par la raison, la nobile virtù de Dante; Brangien , l'adresse prudente, la dame d'honneur, la Minerve d'IseuU, et enfin Perinis, le dévouement constant, {Perennis) leur messager fidèle ; troisième et quatrième triade.
Frocin ou Frociné, le nain difforme de Cintaguel, si bien initié au secret du roi Marc, dont il est le conseiller intime, et auquel il imposa sa nature chevaline, ce méchant nain qui ne cesse de tendre des embûches aux deux fidèles d'Amour, et va confier aux arbres de la forêt le secret de la difformité royale, qu'il ne doit pas révéler aux hommes^ n'est-il pas la figure du vieux parti Druidique ?
Quant au boire amoureux, qui décide faialement du sort de Tristan et de sa dame-église, faudrait-il expliquer comment il n'est autre chose que YAwen, l'eau du sacrifice et de l'inspiration, la même absolument que celle du Saint-Graal, contrefaçon manifeste du vase Azewladour des Druides, christianisée à l'aide de Joseph d'Ârimathie?
Que signifie ce sang dont Tristan souille successivement la couche de la dame de Belle-Ombre, qu'il ne possède pourtant pas et qui Tabandonne lestement pour un autre, puis la couche royale d'Iseult ? Sinon les efforts qu'il lui faut faire dans son apostolat, ses épreuves douloureuses, les traces sanglantes du martyre laissées par lui sur son passage; blessé qu'il est tantôt par le sanglier druidique, tantôt par la faux sans pitié du catholicisme.
Que symbolisent ses déguisements successifs, en ladre, en joueur de flavel, en mendiant, en fou; les talents si divers dont il fait preuve comme chevalier, ménestrel, chasseur, constructeur, etc.? Sinon les diverses
transformations, les expédients ingénieux auxquels a recours ta propagande sectaire pour triompher des (^lacies et parvenir à ses fins.
Comment méconnattre dans Tombre du roi Marc se projetant dans Teau de la fontaine aux yeux de Tristan et dlseult, qu'il épie du haut d'un arbre, ombre qui les avertit de se tenir sur leurs gardes, l'élément druidique se reflétant forcément dans la doctrine d* Amour, lui suggérant des moyens de fiction, et venant lui-même en aide à la religion rivale eo lui inspirant dçs stratagèmes contre lui , ainsi qu'il appart de tout l'ensemble du poë'me?
N'est-ce pas, en effet, à Tantique science des Druides que le proclamateur Tristan, devenu le Pauvre de Lyon, doit son habileté à so servir du langage des arbres, à faire parler les rains (rameaux) et leur feuillage, à c doler des copels avec son costel » dans la fontaine de science et d'amour^ à façonner la branche de coudrier qu'il plante sur le passage d'beult (Lai du chèvrefeuille), à bâtir une maison de verre au-dessus des nuages, et à prodiguer si ingénieusement le symbole dans sa feinte folie?
Si le Parfait chevalier traverse la chapelle de la falaise et accomplit le Saut Tristan pour échapper au bûcher, c'est que les pauvres albigeois étaient souvent contraints, comme lui, de traverser l'Église catholique pour se racheter des flammes et de faire ainsi le saut périlleux.
Dans ces ladres dégoûtants dont le chef^ parlant au roi Marc d'égal i
égal, lui promet, s'il veut lui livrer Iseult, la reine-église, de lui faire une
vie pire que la mort, et auxquels elle est arrachée par Tristan, ilnous
faut bien signaler des moines, et très-probablement des inquisiteurs.
^ Comme Gérard de Roussillon , comme la Nicolette d'Âucassin , et
maints autres personnages de même essence, comme les albigeois et vaudois, épiés, traqués de tous côtés, Tristan devient constructeur, il édifie une loge dans la forêt de Morrois, où \\ se réfugie avec sa dame persécutée : c'est-à-dire qu'il y fonde un sanctuaire pour le prêche ; et non moins bon chasseur que Walther d'Aquitaine, il y nourrit sa danoeéglise du produit de sa chasse aux âmes^ dont l'arc qui ne faut ne le laisse pas chômer ; la bouche d'où s'élance la parole dessinant la forme d'un arc-'^.r--. D'après le même ordre d'idées le langage devenait une flèche empoisonnée s'il sortait d'une bouche orthodoxe.
Celte épée du Parfait chevalier placée entre les deux fidèles d'Amour, dans la loge de Morrois, où, couchés sur les feuilles fatidiques, ils reposent bouche à bouche, sans toutefois que se touchent leurs lèvres, qui ne se rapprochent que pour le baiser du consolement; ce glaive a double tranchant, qui devient leur sauvegarde, est évidemment un symbole du même genre. Il figure lé langage à double sens, qui, tout en paraissant isoler le pasteur de son église, était en réalité l'agent, l'entremetteur de leurs relations intimes de jour et de nuit, et détournait d'eux le péril, en faisant illusion à la jalousie haineuse qui les épiait.
Quel est le lieu où Iseult, enfin justifiée, sort victorieuse de ses épreuves et. désormais réhabilitée, triomphe de ses calomniateurs, à l'aide d'un serment jésuitique et d'une métaphore assez risquée ? Il s'appelle la Blanche lande : c'est la terre d'innocence et de promission qui attend les bianche stole de Dante. Impossible d'y arriver sans traverser le fangeux
marais du catholicisme. Ceux qui suivent la bonne voie, sur les indications de Tristan, revêtu de l'humble costume des Pauvres de Lyon, passent sans encombre et sans Feuillure au Gué aventureux ; mais ceux ^|ui s'engagpnt follement au Mal-pas', dont le voisinage est peifide, sont certeins de s'y embourber profondément, car le foule de gens qui suit cette roule funeste Ta a effondré » et eh a délayé la fange ; aussi tel est le sort des trois félons, ennemis des deux amants. Quant à Iseult, est-il besoin de dire que le Proclamateur de ses beautés et deses mérites incomparables lui fait atteindre le fortuné rivage, sans que la moindre tache souille sa blanche hermine?
Quand Tristan, réduit à s'éloig;ner de sa dame, prend le parti de se marier, qui s'avise-t-il d'épouser? Une autre Yseult ! ce qui est bien fait pour indigner les âmes poétiques. Disons donc de suite, comme circonstance atténuante, qu'il n'a ^arde de consommer le mariage, en dépit de toutes les caresses de la dame, car la Bretonne Iseult aux Blanches mains, qui peut le disputer en beauté extérieure à sa blonde homonyme, est loin de l'égaler en tendresse et en dévouement. Comme elle, onjrappelle belle à contempler, bel-vezer, ou Eglise chrétienne, mais elle n'a que le nom de commun avec l'Eglise d'Irlande convertie à la religion d'Amour, car la haine et la vengeance fermentent au fond de son cœur.
Ce mariage fictif, presque toujours contracté par les Albigeois, était le plus souvent leur sauvegarde, leur moyen de salut; aussi l'Iseult bretonne est-elle représentée comme apte à guérir certaines blessures de son époux. Mais elle est, au résultat, la fausse Iseult, contrastant avec la ▼raie, de même que la fausse Berthe, rette fille de mauvais lieu (de Margiste), contraste avec la noble Berthe au grand pied.
Sans prolonger davantage celte analyse rapide, terminons par une triade capitale; celle des géants, dont les trois figures se reproduisent symétriquement au début du poë'me, au milieu et au dénoûment, pour indiquer, sans doute, l'idée qui domine du commencement à la fin.
La première figure est celle du géant de la forêt, le Satan Aleppe de ]a Selva selvaggia, qui, se repaissant de sang humain, « fit sa viande » de sa propre mère, en disant : l'Église c'est moi; qui, nouveau Caïn, se servit d'elle pour écraser son frère, aussi bon, vertueux et aimant, qu'il est, lui, cruel, pervers et haineux. £n dépit de ses énigm«s, ou de ses mystères, il e^t tué p^r Apollo l'Aventureux, bisaïeul de Tristan, transformation dans le sens Albigeois, comme propagateur de lumière, du Taliésin des Druides, dont le nom, qui signifie front radieux^ est un de ceux du Bel ou du soleil <*).
(*) Afin qu*on paisse Joger de l'eiacUtode de nos InterprétaUoos nous doonerons icf le texte des deux premières énigmes proposées par le géant de la forêu Elles tufnitmt pour bire apprécier l'esprit des trois autres.
PBEMltBB.
Je d*nn arbre Jouy Jadis , QueJ*aiinais mieux que Paradis.
Cest «rbre bel fruii in*apportat Que sa grand beauté m*eiihoria Tellement que la fleur eu pris.
La deuxième figure est celle d'un autre géant appelé Branort oopeut^ être Bruncor; il est le successeiu^ de Dialéthès le féloD, le parricide, qui se fît élever jadis le château de Pleur ^ cimenté du sang des missionnaires de Joseph d'Arimatbie, fatto a del cimeterio mio eloaca del sanguô e délia puzza. Par. xxvii. Le géant Brunor, en qui revit Dialéthès, dont il a la* force et la cruauté, domine, entre autres lieux, sur les lies lointaines, c'est-à-dire sur cette Scandinavie évangélisée aussi par le& missionnaires de la foi d'Amour, ainsi qu'en témoignent Dante, Thistoire et le roman d'Ogier le Danois ; m.ais surtout le remaniement complet de ses Sagas, à la même époque où le même esprit d'opposition anti-romaine fiiçonnait à son usage^ avec une ingénieuse habileté, les traditions germaniques, kimriques, françaises, espagnoles, en imprimant à toutes un caractère identique, celui de la chevalerie amoureuse, ennemie des opprimés, contre-partie de la chevalerie féodale, violente, dévote et tyrannique. C'est Tristan, digne descendant d'À polio T Aventureux, qui triomphe de cette, espèce de Polyphôme, dont la dame porte précisément le nom de Galathée. Délivrant les malheureux captifs, autour desquels une autorité orgueilleuse et brutale a tracé un cercle de fer infranchissable, il abolit la cruelle ootUumey ou religion, qui les opprimait, non sans faire reconnaître son Iseult bien-aiméej(sa Béatrice), la plus belle des danaeaou des églises.
Enfin le troisième géant, dernière forme d'un même symbole, se subdivise lui-même en trois. C est Estult l'Orgueilleux ou l'orgueil poussé
Ri puis'du fruict Unt Je m'cspris Qu'à le manger fus irrité.
Dis-«ioi du cas la vérité.
Eoiendcs que l*arbre de la croiz, symbole de la loi do Christ, ce bel arbre dcstiBéà 8*éiendre sur le inonde enUer, produisit l'Eglise primitive, fruit de beauté menreil>e«se, dont le géant ponUfical ne tarda pas k abuser et dont il finit par se repaître avîdeBaenu
SlOOlUiE.
Nagtièfes firent deux vaiioeaui , Très bien bits, Ibrt genUls et beau ; Dont l'un fuste, l'autre malin, nesseroblaient A bel et CatD.f Si Fun prit d'innocent le non\^ L'autre ne fut esHmé bon.
L'un certes toujours bien aima.
Et l'autre oncq* vertu n'estima^ L'un qui fut un long temps enclos Dans l'autre, et gardé en son clos, Enfln, par mauvaise nature.
Dévora sa douce ciosture.
Les Dieux lors voyant ce mespris, Ont de feu le mescbant espris.
Est-il donc bien difflcile de comprendre que les deux raisseaax sont, l'on, la nière da géant (l'Eglise primitive), l'autre le géant lui-même (le pape)T Elle vertoeoseet aimaore, l'autnr pervers et huineux, si bien qu'il a fini par dévorer sa mère ; absorbant ainsi en loi celle dont le sein le porta, sa douce ctosture, ce qui aiUra sur sa téie les foudres d'en haut; et c'est ce qoe dit Dante des géants de son Enfer, que Jupiter menace qoandil tonne i Cul minaceia Giove del Cielo ancora ,' quando tuona, xxl
jusqu'à la folie (Estult, de Sfultus). Il a pour gardes-du-corps ses six frères; or quels sont les frères de Torgueil, sinon les six autres péchés capitaux? Son casl6(-/ier, où il emprisonne ses captifs, correspond parfailementr au château de Pleur. Sa prétention est de dominer sur tous les rois et empereurs de la terre ; il leur cherche querelle tour à tour, les déBe et finit toujours par les tuer ou les blesser grièvement, le tout pour . qu'ils aient à lui livrer leur barbe de gré ou de force ; leur barbe, signe de virilité et de puissance. Que fait-il de ces barbes royales? La fourrure d'un large manteau aux lougs plis flottants. La fiction est-elle assez transparente?
Comme il manque encore au fels^ au papale amnianio, le collet et les agrafe:*, pour l'assujettir solidement sur les épaules du géant, il somme le roi Arthus, figure du pouvoir temporel dans la Grande-Bretagne, où il s'appuie sur les douze chevaliers teraplistes de la Table-Ronde, successeurs des douze fils de Joseph d'Ârimathie, autrement dit sur la (oi d'Amour, il somme Arthus d'avoir â se raser le menton et à lui faire, à son tour, hommage de sa barbe. Mais dans la lutte qu'il engage avec le monarque anglais c'est lui qui a le dessous.
Tout n'est pas fini, le pape est mort, vive le pape! N'a-t-il pas ses légats, ses cardinaux, plus ou moins neveux? Estult a donc des neveux, de^cUter ego^ non moins orgueilleux que lui, qui poursuivent son œuvre. Celui qui le représente en E-pagne, où Tristan est précisément en mission pour le jservice d'Artbus, exige la barbe du Castillan ; le pauvre roi n'f'n peut mais, abHndonsé qu'il est de ses barona^ amis et parents, car « ils tremblent tous à l'aspect d'une étole. » Plus intrépide qu'eux, Tristan, dont le potentat espagnol implore le secours, parvient à abattre Vorgueilleux géant.
A son retour dans la petite Bretagne, le Parfait chevalier a encore affaire, pour la défense de l'opprimé, avec un autre représentant du fou orgueilleux et il en triomphe de môme, ainsi que de ses six frères; mais le glaive du troisième géant, inévitablement empoisonné, comme Tépée du Morhoul monacal, la langue du Serpent cresté ou mitre, la flèche du manant catboliijue, etc., lui a fait une profonde blessure. Il faut pour le guérir des remèdes fHiissants, que la vraie foi peut seule dispenser. Par malheur la perfidie d'Iseult aux Blanches mains (montrant patte blanche), l'épouse de droit, non de fait, le prive par un odieux mensonge des secours que vient lui prodiguer la fidèle église d'Irlande, et Tristan succombe, martyr de son zèle pour la religion d'amour.
Notez que, les trois géants Dialéthès, Brunor et Estult l'orgueilleux, revivent dans Gérard de Kevers sous le nom de Brunigalans, géant anthropophage, seigneur des laides-pertes, qui se guérit d'un mal dont il est pris périodiquement et qui dure quarante jours, comme le carême a par car d'homme que il mangue » vous le retrouverez dans bien d'autre romans de chevalerie (*).
(*)Qa*on se reporte aux Iffabtnogion publiés par iady Guest, à ces contes de I*en&nce, dans lesquels M. E. Renan Toit da véritable exprcsi>ion du génie celUque » [Rev. de^ DettX'BlondeSt i** février 185ik), on y reconnalira, au contraire, legéniedu protesianUsme albigeois s'appropriant les traditions nationales des Celtes bretons et les remaniant dans
L*es8encti réelle du fou orgueilleux une fois reconnue à des signes qui ne permettent guère de 8*y méprendre, comment admettre Fessence orthodoxe dans son antagoniste et son vainqueur? Il semble donc que des allusions si multipliées, dans le poè'me queiious venons d*anal3r8er, sool assez palpables pour faire comprendre dans quelle pensée Dante a placé dans TEnfer, au nombre des apostats de la foi d* Amour, un personnage purement romanesque, et damné Tristan, coupable d'avoir épousé, quoique fictivement et seulement pour la forme, dans Iseult aux Blanchesmains, l'Eglise orthodoxe, en gardant au fond de son âme Tamôur de la foi rivale. Ainsi se justifie ce hors-d*œuvre dans notre conmientaire de l'épisode de Francesca.
Peut-être ces interprétations inattendues ne parattront-elles pas trop inadmissibles, appuyées qu'elles sont de tant de témoignages contemporains du poëme ; car elles font apparaître, avec toute importance qu'fl avait acquise dès cette époque, un élément trop négligé dans Thistoiredu moyen âge, histoire à réédifier entièrement selon nous, savoir : Tesprit d'opposition à la papauté, le protestantisme albigeois.
Cet élément, nous le retrouvons, non pas seulement dans les poésies des troubadours, mais dans l'Edda remanié, dans le Romancero, dans les compositions des trouvères comme dans celles des minnesingers. Il se révèle en Allemagne, en Angleterre, aussi bien qu*en Italie et en £spagne.
On reconnaîtra sans doute que nous sommes complètement dans le vrai quand, procédant d'après la même méthode historique dont nous avons usé pour le Tristan, et dont nous avions fait l'apprentissage dans nos études sur la Comédie, nous publierons les résultats de l'autopsie à laquelle nous avons soumis également Férebrace, Walter d'Aquitaioe, Guillaume au Cort-Nez, Ancassin el Nicolette, Berthe au grand pied, Renaud de Montauban, Jauffre et Brunissons, Blandin de Cornouailles, Gérard de Roussillon , les Romans de la Rose et du Renard, etc., avec bonne partie de la littérature provençale.
Ce travail d'anatomie comparée est tout prêt, nous avons employé les six mois durant lesquels nous avons dû attendre notre tour de lecture, à en réunir les matériaux. Nous en avons extrait cette esquisse sur le Tristan, qui doit donner beaucoup à réfléchir à ceux qui voudraient y voir resplendir uniquement la pensée catholique. Elle n'y est qu'apparente, comme dans ta Comédie, et, dans l'une aussi bien que dans Taulre, on retrouve bientôt, une fois les premiers voiles soulevés, le protestantisme à l'éiat latent; c'est ce qui résultera de l'examen analytique auquel nous nous sommes livré sur les ouvrages du même genre et de même origine.
Lorsqu'on verra les Parfaits chevaliers, et les Parfaits troubadours réduits à l'état de pasteurs,|de missionnaires évangéliques, sous le titre de chevaliers errants, de chevaliers sauvages, de chevaliers volontaires,
un iniérét de propagande. On comprendra, en parcourant cfs menreilleiiz rêdta, avec quel empressement, le prosélyUsme sectaire.'dat^É'asBimiler les tables d*ane race au candèic eoncenu^, rêveur, k l'esprit aventureux, éprise de Tidéal de la femme, et aitendant avec une impertubable conGance un Messie vengeur, un veltro, appelé a délivrer la Camiirie de aet oppresseurs de toute espèce, géants antbropophagei, Morhoat, serpent creaté, naùu malfaisanis, barons fétoos, manants grossiers, etc., etc.
(dans les siete par/tdos d'Alphonse X deCaslilio) et leurs dames Parfaites, toiijoun la belle des belles, à celui d'églises, il faudra bien se rendre à Tévidence. Force sera bien alors d'accepter les Romans de geste pour ce qu'ils sont réellement, à savoir : le compte rendu allégorique, impossible sous toute autre forme, des faits et gestes de l'opposition contre la tyrannie du géant pontifical ; pour des chroniques de l'hérésie, ses journaux, les bulletins de sa grande armée, ayant pour rédacteurs ses poètes, ses proclam ateurs, le plus souvent anonymes, non sans cause ; car c'est dans ces romans de geste, partout colportés et commentés par leurs missionnaires, qu'ils signalaient heure par heure, pour ainsi dire, les progrès de ses invasions en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, dans les Pays-Bas, jusque dans la Scandinavie ; ses alternatives de succès et de revers, le tout à la plus grande gloire de ses martyrs, dans un but de propagande systématiquement organisée.
Suite de la note page 1366^
Fn 4212 au plus fort de la croisade albigeoise, plus de quatre cents Limosins, autrement dit Languedociens et Provençaux, de la religion .proscrite, moines, prélats, chevaliers, allaient s'établir en Catalogne, où ils étaient certains de trouver des frères et presque d<'S compatriotes ; leur langue hérétique étant, au dire de Gasp. Escolano (Hist. de Valence), le troisième idiome de l'Espagne (Verneilh Puyrazeau, 4, 435, Hist. d'Aquitaine).
Au risque de nous faire lapider dans la ville des Capitoulà, nous dirons, qu'à notre point de vue, la trèsnirthodoxe ville de Toulouse honore une figure albigeoise dans la problématique Isaure, dont la triade florale comporte évidemment une triple allusion à l'église proscrite. Elle est représentée dans l'églantine, comme 1 h rose mystique, ramenée par la persécution à l'état sauvage, mais toujours objet d'amour pour les chevaliers sauvages. La violette est l'image de ses humbles vertus dont le parfum embaume les bois solitaires; le souci enfin est l'emblème de ses cruelles épreuves. C'est ce que nous nous flattons de démontrer, quand nous analyserons les Leys <FAmors de Guillaume Molinier et les Joyas del gay saber publiées par M. Gatien Arnoult.
Note de la page 1340.
Il est si vrai que le Lancelot, traduit, sinon composé en langue provençale par Arnaud Daniel, était un roman d*es8ence hérétique, qu'il fut prohibé par Innocent III (Ducang^, Dissert, vi, hist. de saint Louis': or nVst-il pas remarquable que Dante se soit avisé de puiser précisément dans ce roman à Vindex une comparaison pour le sourire de Béatrice au chant xvi du Paradis, en même temps qu'il canonisait les héros de trois autres romans de la même école, dans Guillaume au Cort-nez, Renoard et Godefroi de Bouillon, mss. 6777 de la Biblioih. impériale?
Si dans le Lancelot, la foi d'amour réduite à végéter dans les bois a nom Genièvre, plante odorante et sauvage des sites alpestres, dans Gérard de Nevers, comme dans la fondation de Clémence Isaure, elle s'appelle la violette, humble fleur des bocages au doux parfum. Elle devient laure ou laurier pour Pétrarque, l'arbre aimé de celui qui dispense la lumière et dès lors symbole de lumière. Nous avons déjà établi sur des preuves nombreuses qu'elle est la rose, la fleur par excellence pour une foule de poètes du moyen âge.
La symbolique des Roman chevaleresques ne varie que dans les détails de forme, jamais dans le fond. Ainsi l'olivier, arbre de la Provence, y devient la figure de la foi méridionale, et donne son nom au Parfait chevalier, son missionnaire, qui opère en Fere[brace la conversion du vaillant peuple espagnol ; ainsi une forêt d'oliviers s'élève pi es du Mans, au scandale des doctes, pour abriter Berthe au grand pied, et la dnme persécutée s'y fait un lit de feuilles d'olivier. Quand Guillaume au Cort-nez descend à Paris dans la cour dn palais, il y trouve à point nommé un olivier pour attacher son cheval, etc., etc.
C'est en multipliant de pareil rapprochements que nous finirons peutêtre par triompher de la prévention et du parti pris.
Note de la page 1278.
La nécessité du mystère faisait que la plupart des compositions de cette littérature, au moyen âge, étaient publiées sans nom d'auteur ou sous un pseudonyme, presque toujours celui d'un ecclésiastique, afin d'inspirer confiance, en imprimant à l'œuvre le sceau canonique. Le zèle r^gieux
faisait taire alors tout sentiment d'amour-propre. Ainsi au faux Turpin et au prétendu chapelain d'un Henri quelconque» roi d'Angleterre, onpeiit ajouter le chapelain d'un roi quelconque de France, collecteur des lois et sentences d'amour, et désigné sous le nom d'André: Uber de Arts amandi,.., A magistro Andrœa Francorum aulœ regiœ capellano. Puis il arrivait souvent aussi que ces productions hétérodoxes avaient pour auteurs des religieux ralliés a la doctrine sectaire ; car elle avait fait invasion dans bon nombre de monastères des deux sexes (voy. l'Hist. des Cath. par G. Schmidt) , et Ton conçoit que ceux-là fussent peu soucieux de se faire connaître sous leur nom vériiable. Cette invasion de l'hérésie dans les couvents explique pourquoi tant de personnages d'une orthodoxie fort douteuse, ou même hérétiques avérés, comme Ezzelin de Romano, finissaient alors dans le cloître une vie longtemps agitée.