‹ Le paradis retrouvéChapitre 14 sur 43 · LE BAISER · texte numérisé non relu

LE BAISER

Le sommeil végétal qui pleut des hautes branches

A fini par t'extasier :

Sous tes cils abaissés, palpant tes longues hanches,

Es-tu colombe, es-tu rosier?

Tu compares ton âme à la biche, elle broute Le songe universel éclos dans Tombre en fleurs. Le vertige embaumé qui t'enveloppe toute T'ouvre ses tendres profondeurs.

Tu compares ton âme à la panthère lasse Qu'éblouissent les flancs redoutés du chasseur. De tout ce vaste ciel renversé sur ta face Vaguement tu te sens la sœur.

Tu compares tes seins aux ruches qui bourdonnent, Ton sang aigu court sous tes doigts,

A toute la forêt tes désirs s'abandonnent, Souffle et pollens tout à la fois.

Et moi qui te surprends dans ta chaude détresse, Parmi les lys foulés, sous le jasmin brisé, Je n'ai pour te tirer du néant qui t'oppresse Qu'à l'incarner dans un baiser.

Le Fruit

Les branches du pommier traînaient surrherbe épaisse...

Et pour qu'à tout jamais Adam le reconnaisse,

Dans Topulent Jardin qui tremble autour de lui,

Un cercle désolé, sous sa grande ombre, luit.

L'air divin qu'il respire épouvante les roses.

Au-dessus de la vie, au cœur fixe des Causes,

Il se dresse, alourdi de fruits étincelants.

Adam le fuit... Mais obstinée, à pas brûlants.

Toujours, au fond perdu de son immense rêve.

Loin de l'Homme et de Dieu, sous les fruits, revient Eve.

Elle était nue. Au bord de ses cils innocents

Ses pleurs ne disent pas Tangoisse de ses sens.

Ses beaux pieds, dédaigneux de la douleur des choses,

Sous leur orteil crispé foulent deux pâles roses.

Et d'une âme, où déjà le Mal vient à pas sûrs,

Ses longs doigts, sans les voir, caressent les fruits mûrs.

Le monde attend. L'effroi monte des sources vives, L'air se penche, la mer s'amasse sur ses rives. Les arbres anxieux confondent leurs rameaux. Et de partout venus, tremblants, les animaux Sous l'énorme pommier la voient toute petite. La vie est suspendue à son geste. Elle hésite.

C'est alors qu'éclatant de jeune royauté, Adam parut. Mais à son tour épouvanté, Il regardait la femme et n'osait rien lui dire.

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