‹ Le paradis retrouvéChapitre 15 sur 43 · LE FRUIT · texte numérisé non relu

LE FRUIT

Elle, le corps dressé dans un calme sourire. Dans Taudace sans frein de toute sa beauté, Sous l'arbre étincelant, devant son roi dompté. Brusque, planta les dents dans la plus belle pomme, Et sauvage, en riant, tendit le fruit à THomme.

Tristesse de Dieu

Lorsque, doutant déjà du dur bonheur de vivre. Aux portes du Jardin, pris de morne stupeur. Il les vit, hésitants devant la route à suivre. Avant de les chasser, Dieu fut triste en son cœur.

Et laissant sur leur front, de sa droite invisible, Tomber cette amertume avec un vague espoir. Il fit monter pour eux sur l'univers paisible Le sourire attendri de l'étoile du soir.

Le Figuier

La steppe est morne. L'air pèse torrentiel Sur les seigles coupés que Tété mort parfume Et comme un encensoir tombé des mains du ciel La forêt flambe au bord de la plaine qui fume.

Nous mourrions du désir d'arriver. Tes beaux flancs Palpitaient de sueur sous ta robe défaite, Et sur ton front brûlé, purs, torrides et blancs Les cieux tourbillonnaient comme une dure fête.

Tu t'assis... Un verger était là, près d'un puits. Tout l'Eden retrouvé flottait sous les feuillages, Et dans la verte odeur des branches et des fruits Tu te mis à pleurer à grands sanglots sauvages.

Tu pleurais, sans savoir, le front entre tes mains, Ramenant contre toi ta robe déchirée, Je sentais, sans les voir, tous les crimes humains Gonfler sous tes seins nus ton âme exaspérée.

La lune se leva lentement, la nuit vint Consoler ce pays où lorsque le jour baisse Sanglote on ne sait quoi de vaste et de divin Gomme tu sanglotais au fond de l'herbe épaisse.

Tu levas dans l'air pur ton visage apaisé Où ruisselaient encor des larmes éclatantes Et dans son cœur d'un soir le verger reposé Souriait comme toi sous les ombres flottantes.

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