‹ Le paradis retrouvéChapitre 18 sur 43 · LE PAQUEBOT · texte numérisé non relu

LE PAQUEBOT

Dans mes soutes le rêve abonde, Ardente Europe, nous voici.

Nous avons fait le tour du monde, Chante le paquebot noirci.

Le vieux poème que répète La vague aux vagues du néant, Dans les cheveux de la tempête M'a traîné sous son poing géant.

Toute une ivresse prophétique Vibrait le long du gouvernail Et Tavenir mathématique Ronflait au fond de mon poitrail,

Cependant que lourdes d'histoire Les frustes races du passé Venaient, le long des promontoires, Dans leur brume, nous voir passer.

Les seins gonflés de ma fumée Attiraient au soleil levant Comme' une garce parfumée Les mains frémissantes du vent.

Chaque aurore, la nappe mise Nous attablait au grand festin Que Tunivers donne à la brise Sous les bannières du matin.

Pour nous, crispant leur frénésie Au bord du Songe universel, Les temples roses de TAsie Dansaient dans Tair chargé de sel,

Et les usines d'Amérique,

Les cités de suie et de fer.

Sur les rails d'or l'express lyrique.

Jetaient leur fumée à la mer.

Les voluptés orientales Epousaient les neiges du Nord Aux soirs rêveurs de nos escales.

Et maintenant voici le port.

Les bras ouverts, Marseille blonde — Siffle, sirène — nous sourit.

Nous avons fait le tour du monde.

Chante le paquebot noirci.

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