‹ Le paradis retrouvéChapitre 21 sur 43 · MINUIT · texte numérisé non relu

MINUIT

Minuit. La ville dort. Le port respire à peine. Sur la forêt des mâts comme un pont de cristal Le transbordeur reçoit sous son arche sereine L'âme errante des morts chassés de l'Hôpital.

Au pied de THôtel-Dieu la Débauche publique Ouvre ses lits sans gloire aux pâles débauchés Tandis qu'au ciel des forts la jeune République Berce sous ses drapeaux les régiments couchés.

Je m'en vais par les quais tout palpitants de songes, Le Travail assoupi rêve sur les ballots. Un train siffle, emportant vers leurs lointains mensonger Les fiévreux passagers des derniers paquebots.

Et rien, plus rien... Un mât, qui rêve, se soulève Pour voir, sous l'horizon des pays radieux, Les éléphants de marbre accroupis sur la grève Dresser leur trompe d'or vers le nombril des dieux.

Plus rien... Une guitare italienne soupire...

Un camion perdu s'enfonce dans la nuit...

Et je rêve des jours qui viendront, de l'Empire,

Du Peuple qui m'attend, de la Paix qui me suit.

La lune épanouit un orchestre invisible, Dans l'humide forêt, sur nos fronts balancé. Les phares sur la mer croisent leur feu paisible, À travers le brouillard les îles ont dansé.

Sur les flots rougissants écume la jetée. Les vagues sont debout... Quelle est cette rumeur ? Le jour va se lever... C'est la clameur jetée Par la race qui vient à la race qui meurt.

Tout le ciel s'est ouvert : un lumineux silence, Une extase attendrit le port sanctifié.

Aux parvis liliaux de Taube qui commence On dirait que la nuit vient de communier.

Descendons... Au labeur ! A la commune joie ! En me voyant passer sourient les travailleurs, Car ils ont reconnu, dans Celle qui m'envoie, L'Aurore, aux flancs gonflés, mère des jours meilleurs.

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