‹ Le paradis retrouvéChapitre 31 sur 43 · SOMMEIL DU PAUVRE · texte numérisé non relu

SOMMEIL DU PAUVRE

Il a lu son journal. Il songe^ Tâme ouverte Au secret radium de quelque découverte, Et bercé de fatigue il s'endort doucement. Repos du corps 1 travail de Tâme I enfantement 1 Sous ce front, pour celui qui sait lire les signes, D'un plus noble avenir flottent déjà les lignes. Un peu de la substance en rêve sous ce front Dans Paris germera, ses enfants grandiront. L'intime liberté qu'il conquiert, songe à songe. Sans qu'il s'en doute, au cœur des autres se prolonge. Il dort, dans l'amitié des meubles familiers. Et vaguement on sent, de paliers en paliers, L'hésitante candeur de ses rêves descendre. Peut-être les vertus de son cœur grave et tendre. De rue en rue, avec quelque chose d'humain, Se lèveront à l'aube et marcheront demain. Car pareil à cet homme affaissé sur sa table. Ainsi rêva jadis le Fils né dans l'étable, Lorsqu'ayant tout le jour fendu le chêne épais Il s'endormait, le soir, dans cette même paix.

Portrait

Vous cousez. La clarté pensive de la lampe Vous caresse les yeux en creusant votre tempe, Et la salle à manger respire autour de vous L^air sans bonheur du soir. Fidèle au rendez-vous Votre étoile est venue au bord de la croisée, Avec votre bonsoir son âme s'est croisée. Sous les veines du ciel on croirait voir courir Du sang. Le crépuscule achève de mourir. La plaine agenouillée assombrit sa prière, L'odeur des vieux cyprès vous vient du cimetière,

Page 1