‹ Le paradis retrouvéChapitre 9 sur 43 · OH I QUI PEINDRA JAMAIS SUR LES IMURS · texte numérisé non relu

OH I QUI PEINDRA JAMAIS SUR LES IMURS

Qui peindra, comme un mont où l'aurore s'allume. Le front du Forgeron délivré, sur l'enclume Les glaives pêle-mêle avec les socs luisants. Les bras éblouissants et les seins gonflés d'Eve, Son ventre radieux et ces yeux qu'elle lève

Vers son colosse aux yeux puissants?

Qui me la couchera sur un lit de feuillages, Jouant, comme la lune au milieu des nuages,

Avec ses songes familiers, Tandis qu'à ses beaux pieds, au flanc de la colline. Vers elle ses fils nus, vers qui son front s'incline,

Montent de larges escaliers.

A l'heure où le travail n'enfièvre plus les villes Qui précipitera, sur les jardins tranquilles, L'essaim tumultueux des rêves embrasés.

Tout en laissant couler l'azur des perles fines Des yeux fermés du jour sur le toit des usines Et des grands docks aux murs rosés ?

Peut-être, à sa fenêtre ouverte sur mon rêve, Amoureux comme moi de ce fantôme d'Eve

Qui sort des brumes du couchant, Sur les quais d'un vieux port quelque peintre médite De modeler un corps à Tâme qui palpite

Au fond lyrique de mon chant.

Frère, qui que tu sois, Manguin, Lombard, Laprade, Sur Paris qui s'éveille ou sur ta vieille rade.

Si tu te penches, tu verras Monter, comme en mes vers, de toutes les fumées, Des chantiers étoiles, des forges allumées,

L'Eve éparse que tu peindras.

Tentation

Au fond du parc bleuâtre où s'assoupit TÉté La Femme songe ; l'heure éparse, Tair bleuté Scintillent à ses pieds dans Fombre chatoyante, Et sous les arbres noirs sa pensée ondoyante, Dans le bourdonnement de ses désirs, entend Se plaindre Tâme triste et fausse de Satan. Invisible d'abord, le Banni qui l'attire, Sous l'Arbre défendu, parmi les fruits, soupire. Ses mots courent dans l'herbe, et derrière eux il luit Dès qu'il voit venir Eve amoureuse de lui. PuiSj séduisante voix de la Faute qui rôde :

LE SERPENT

« Air touffu d'ombre bleue où fond une émeraude, Tranquille après-midi mélancolique et chaude, Jardin dont le soleil écaille les murs blancs 1 Le nuage qui passe a des regards brûlants. Là-bas, où le vent d'est emporte les nuages, Quel cœur souffre pour toi sous ses mille visages, Quel pays te regarde avec ses milliers d'yeux. Quel autre amour t'attend, quel damné radieux. Quel compagnon plus triste ? et quelle destinée ? Peut-être, pour souffrir là-bas, étais-tu née ? Comme un torrent gonflé, de ton corps aminci Ton âme débordée aurait pu fuir... Ici, Tu trames dans la joie une chair opulente Et goutte à goutte perds une âme grasse et lente Où rien de tourmenté jamais n'a su frémir. Les grands paons ocellés ne savent pas gémir, L'ennui tombe à longs plis sous la soie à ramages. Quand le beau ciel se vêt de pluie et de nuages

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