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Le paradis tricolore

Député de Colmar, emprisonné en Allemagne et mort en martyr le 8 Alars 191 5, pour avoir trop aimé la rrance.

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Note. — Dans- une école de l' Alsace française l'instituteur adonné à des petite élèves le thème de composition suivant : « Quels sont les changements que ta guerre a apportés dans votre village? » — J'ai prié l'élève qui avait rédige la meilleure composition — un tout petit Alsacien de huit ans à peine — de recopier pour moi bien proprement ,<a " rédaction » et j'ai pensé que je ne trouverais pa<i de plus jolie préface pour mon livre.

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L y a, au milieu de I Europe en rlammes, un petit pays dont les

Habitants vivent heureux. On ! je ne veux pas parler des ouïsses,

non ! 11 me semble que ceux d entre eux qui ont toléré, sans

dire leur indignation, 1 injustice commise envers leurs Irères de

Jjelgique doivent avoir trop de remords pour se dire heureux.

C-es gens privilégiés, ce ne sont certes pas les JOoches. v^ar des criminels,

des pillards, des assassins, éprouvent peut-être quelque satislaction à assassiner

et à voler, mais ce n est pas là du bonheur. 0,t puis, pour être heureux, les

Boches ne sauraient se passer de lard, de saucisses, de bière, et, .Dieu merci

— pour le moment ils n en ont point.

Le pays heureux dont je veux vous parler, c est la toute petite partie

de 1 Alsace que nos troupes ont libérée au mois d Août 1914* ^e petit coin

est heureux tout à lait. 11 est protégé par des tranchées où veillent, calmes

et vigilants, les chasseurs et les territoriaux. Certes, il y a là, comme ailleurs

en france, des villages détruits, et les ruines de vieux clochers qui avaient

survécu à tant de guerres se découpent tristement sur 1 horizon. V^es ruines, on les

conservera, comme on laissera subsister dans toute sa laideur arrogante, le château du

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HAIYS, T^f,

riaut - Ivœnrgsbourg .

Les églises en ruines autant que le taux château au moyenâge témoigneront éternellement de la barbarie de nos voisins d Outre-Rhin. Plus tard, on y conduira les petits Xrançais d Alsace ; ceux qui n auront pas connu laltreux Jjocbe verront là ce que vaut le peuple qui pendant ^y ans nous a opprimés et brutalisés.

jVlais oublions les ruines, oublions le xxaut-JVœiiigsbourg et toutes les souffrances qu il nous rappelle, et allons visiter les petites villes, les villages de 1 Alsace déjà heureuse.

Si

la route

AL

nous entrons en Alsace par la trouée de Dellort, en suivant par laquelle, un beau jour d été de 1914* no5 magnifiques troupes de 1 Lst se sont élancées sur 1 ennemi, nous arrivons à L)annemarie. L, est un gros village avec de belles maisons ; j ai dessiné pour vous celle que j ai trouvée la plus jolie : c est 1 auberge de la Carpe.

L>es maisons d Alsace mont charmé de tout temps ; leurs laçades gaies, le dessin amusant de leurs poutrelles, leurs lenêtres toujours garnies de géraniums nous consolaient un peu aux jours les plus tristes d autrelois. M.ais -à présent elles sont plus belles encore ; le drapeau Irançais Hotte à la fenêtre du milieu, des lampions tricolores se balancent au milieu des Heurs et devant la porte quelque brave Poilu fume sa pipe. Alainte-

ime sa pipe.

,lè

nant leur beauté est complète.

En allant de Dannemarie à Ài.assevaux on traverse de bien beaux villages. Ils sont enfouis dans de grands arbres, que dépasse tout juste la pointe du cloclier ; leurs maisons enguirlandées de vigne ont des portes sculptées ; les poutrelles, le crépi, sont ornés de dessins naïls et cliarmants. J espère bien que nos architectes, avant de reconstruire les mairies et les écoles des villages détruits, iront étudier en tous ses détails cette architecture gracieuse.

Ces villages, vous irez les voir après la guerre ; mais ce que vous ny verrez plus, ce sont les Poilus cantonnés un peu partout. Ils sont de la lamille, ils aident aux travaux des champs, us conduisent la charrue, us rentrent le blé, et le soir on les voit au milieu d un cercle d enfants raconter de terribles histoires de guerre. Car le Poilu de France et les enfants d Alsace sont de grands amis. A 1 école les enfants d Alsace apprennent le Irançais classique et ils 1 apprennent fort bien. Alais les mots qu il laut savoir pour décrire les hauts faits des chasseurs alpins et exprimer la haine du iioche,

ce sont les Poilus qui les enseignent. Et dans les villages où sont cantonnées des troupes du .M.idi, les petits entants de 1 Alsace ont pris 1 accent de .Marseille.

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Avant d arriver à .M.assevaux, vous verrez un village appelé oaint- Losme. 11 y a là, sur une colline, une vieille, vieille église, ombragée par deux tilleuls centenaires. Autour de 1 église se trouve, protégé par le mur d enceinte, ce qu en alsacien on appelle si joliment le « Lnamp de JJieu » le « Grottesacker », c est-à-dire le cimetière. On y voit de vieilles tombes et quelques-uns des braves qui se sont battus pour la rrance dans les guerres d autrefois y sont enterrés. iWais il y a aussi des tombes toutes traîcbes, des croix blanclies toutes neuves, ornées de cocardes tricolores, de drapeaux ; elles disparaissent sous les Heurs, L,t toujours, dans le vieux cimetière, vous verrez des entants apporter des bouquets, des couronnes, sur les tombes de ceux qui sont morts là- bas, dans la montagne, pour détendre le village contre le JJocne. Je voudrais que les mamans, les fiancées, les sœurs des soldats enterrés à Oaint-V^osme pussent rendre visite aux tombes toujours fleuries au pied de la vieille petite église alsacienne... Elles seraient moins tristes, si elles pouvaient voir 1 nommage tous les jours renouvelé des enfants du village, les Heurs d Alsace toujours traîcbes sur la tombe de ceux qui dorment le sommeil glorieux dans la terre sainte du vieux cimetière d Als

lsace.

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