‹ Le paradis tricoloreChapitre 2 sur 4 · MASSE VAUX · texte numérisé non relu

MASSE VAUX

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enfance, quand dans la journée j avais ete brutalise au lycée Locke, quand le professeur d allemand nous avait enseigné que la langue allemande était la plus belle et la plus ancienne de toutes les langues, quand le professeur d histoire avait insulté nos pères et tous les Français, en remontant jusqu au temps de Charlemagne, quand le professeur de français, originaire de Kœnigsberg, nous avait prouvé que ni les français ni les Alsaciens ne savaient leur propre langue et que ce n est qu à JXœnigsberg que Ion parle le français correctement, quand à mon retour du lycée, d où tous les jours je rapportais quelques gifles et quelques heures d arrêts, j avais rencontré les officiers insolents battant le pavé de notre ville, les fonctionnaires, laids et arrogants, et que je rentrais cliez moi, triste et découragé, alors, pour me consoler, mon père me racontait combien notre petite ville était belle du temps français. Et il me décrivait les soirs d été, oîi la retraite avec tambours et clairons passait devant la maison, ou bien 1 entrée d un régiment avec ses sapeurs, ses grenadiers et ses voltigeurs.

Je m endormais content et je taisais de beaux rêves : je voyais les soldats français de garde à la mairie et le drapeau tricolore au balcon, j étais moi-même parmi les gosses qui suivaient les régiments et je me sentais heureux. 1-

M.àis au matin le beau rêve était fini il talfait aller au lycée et subir les insultes du Jrrotesseur et la glorification méthodique de 1 Allemagne. L. étaient de tristes réveils... Lb bien, chaque lois que je suis à -M.assevaux, j ai le Donneur de voir réalisé mon beau rêve d entant.... Le drapeau tricolore tlotte à la mairie, le commandant d armes Iume sa pipe au balcon. Au-dessous, c est le corps de garde. -Les hommes devant le poste de police interpellent la cuisinière de Alonsieur le curé, se font ravitailler en vin blanc par les gosses, tous liers de porter des bidons, et écoutent patiemment les histoires de 1 autre guerre que leur racontent les vieux.

Dans la rue passe un zouave superbe ; c est un des nombreux engagés volontaires alsaciens, qui pour venir en permission tiennent a mettre la tenue légendaire de ce corps. Avec leur chéchia, leur petite veste et leur large pantalon rouge, ils suscitent sur leur passage 1 admiration sans borne de leurs concitoyens, grands et petits. J ai vu à Axassevaux arriver un régiment composé, comme ceux dont parlait mon père, de sapeurs, de grenadiers, de voltigeurs ; ils portaient des bnsques et des fourragères.... et us me semblaient plus beaux, plus héroïques encore que tous ceux dont je rêvais quand j étais petit. -Le régiment lorma le carré sur la place du marcbé, et tous les entants de Alassevaux vinrent en courant entourer les beaux soldats. Lt quand le colonel, après avoir dit qu il était heureux de se trouver en Alsace avec ses nommes, lit sonner au drapeau, alors d un seul geste tervent et pieux tous les entants se découvrirent... et cela, c était encore plus beau que tout ce que j avais rêvé, quand j étais petit.

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Les enlants d Alsace ! oont-ils gentils, bien élevés, depuis qu us sont français ! Avant la guerre ils étaient turbulents, bataill Ouano, par exemple, j étais installé dans rue de village pour dessiner, leur groupe bruyant devenait vite insupportable , ils se disputaient, criaient ces gros mots dont se servait 1 uistituteur boche pour faire leur éducation, et finalement se donnaient des coups, renversaient mon cbevalet et mon pot à eau. Ils ont oublié les gros mots du iJoche, us sont pous, parlent le français tort joliment et puis us sont si heureux de ne plus recevoir de coups à 1 école ! .Les petits garçons portent des bonnets de pofice, des bérets de chasseurs alpins, ou même de vieux képis rouges du début de la guerre. (Quelquesuns ont reçu de leur ami le roilu un authentique pantalon rouge qu ils ont coupe à la taille de leurs petites jambes, et enroulent en spirales savantes les bandes molletières au-dessus de leurs pieds nus. -Les petites filles aiment à se coiffer de bérets ou bien à mettre de beaux rubans tricolores dans leurs cheveux. Aux grandes occasions, quand arrive un général ou un gros personnage de la République, les petites tdles revêtent le costume qui, à Paris, passe pour être le costume alsacien : c est d abord une sorte de grande cravate Lavallière percfiée au haut de la tête (il paraît que cela représente la coiffe alsacienne), puis une petite jupe très rouge et très courte et un petit tablier de dentelle encore plus court v^uand les poilus viennent en Alsace us sont bien contents de voir les petites fifle.s ainsi vêtues, mais je crois qu us le seraient encore plus s ils voyaient le vrai costume, si beau et si sobre, tel qu il se porte dans les environs de Strasbourg.

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Jai en à Alassevaux une autre joie ; il laut que je vous la raconte. J ai cantonné dans la maison d un ijoclie, cl un de ces hauts fonctionnaires qui depuis quarante ans ont encombré nos petites villes de leur bruyante arrogance et enlaidi nos paysages de leur silhouette biscornue. C^uand, au matin du 5 Août, les agiles soldats aux pantalons rouges dévalèrent les pentes du versant alsacien des Vosges, le c< Herr Oberpostrat » et sa « Cynaedige Jrau » plantèrent là le café au lait matinal ; à la hâte ils emballèrent dans 1 înlorme sac vert le col en celluloïd, les manchettes en papier et les tartines de pain noir beurré de beurre d Alsace. Aladame se coilla de son petit chapeau vert, s arma de son ombrelle de cotonnade, Alonsieur mit le sac au dos, et ils partirent en courant dans la direction du Rhin. Certes, ils craignaient les soldats aux pantalons rouges, mais ils craignaient surtout la conduite de Grenoble que les Alsaciens de Alassevaux s apprêtaient à leur faire. Leur villa prétentieuse est restée telle qu ils lavaient quittée. Uans la salle à

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