‹ Le Paradis trouvé, comédie en 1 acte, en versChapitre 23 sur 27 · WALTER, MARIE · texte numérisé non relu

WALTER, MARIE

WALTER

Ce brusque d<5pait ! je sais ce qu’il m’annonce, John a craint de m'appremirc ici votre réponse !

MARIE, SC lève et remonte la scène; à part.

Dieu le garde !

WALTER

Vos yeux semblent suivre ses pas ?

MARIE, allant à la croisée.

Il a quitté l’enclos !

WALTER

Vous ne m’écoutez pas !

MARIE, cherchant à se dominer.

O mon cœur !

WALTER

Un seul mot, un seul ! j’ai du courage

S’il a peu de franchise, ayez-en davantage !

Rien!... Mais j’entends, allez ! tout me dit vos refus: Non ! vous ne m’aimez pas, non, je n’en doute plus. MARIE, te lève; allant à Walter.

Je ne vous aime pas ! vous, son ami, son frère!

Seul cœur auquel le sien soit attaché sur terre ! Gardien de ses secrets, vous qui les savez tous.

Je ne vous aime pas, Walter, le pensez-vous?

Mais qui donc a pour moi quelque douce parole?

Qui, dans mon humble sort, me soutient, me console? Ah I de mes senlimcnls^vous avez le meilleur !

Croyez que je vous aime.

WALTER, vivement.

Oui, mais comme une sœur. MARIE.

Dévouée !

WALTER

Et c’est tout voilà ce qui me fâche !

Mon ami !... :

MARIE

WALTER

Je devine, ün amour qu’on me cache...

Mon cœur en rêvait un aussi ! Votre amitié Ne peut plus à présent le remplir qu’à moitié.

Enfin, que voulez-vous ? chacun a sa pensée.

Sa folie... et le mal c’est qu’on la croit sensée!

On aime à la dérive, on vogue, on fuit le flot, Confiant et craintif,' on n'ose dire un mot,

Et cependant, avant que de s’y laisser prendre.

On devrait, n’est-ce pas, commencer par s’entendre.

MARIE, dont l'agitaliou est extrême.

Oui, l’on s’épargnerait ainsi bien des douleurs!

LK PARADIS TROUVK

WALTER, à qui son trouble n’cchappe pas.

Mais vos yeux, je le vois, sont inondés de pleurs. MARIE.

Non... non... ;

'WALTER, s'emparant de sa main.

Vous me trompez! Si je suis votre frère.

Vous devez m’avouer ce qui vous désespère...

MARIE, à part, en remontant la scène.

Et je ne suis pas la?

WALTER, lui prenant U main.

Votre main a frémi.

Elle brûle la mienne !

MARIE

Ah ! Waller, mon ami.

Ne m’interrogez pas !

(Allant à la croiaée.)

Il faut que je vous quitte !

WALTER

Dans cette émotion, ce regard qui m’évite,

Qui, de loin, sans le voir, se tourne encor vers lui.

J’ai lu qui vous aimez, ah! c’est John Milton!

MARIE, avec clan.

Oui !

Dût ma honte éclater à tous les yeux : je l’aime !...

Mais puisse- t-il jamais ne l’apprendre lui-mômc!...

Si vous saviez combien je lutte eu ce désert.

Vous me pardonneriez pour ce que j’ai souffert! J'admirai s»n talent, je plaignis sa tristesse.

Et l’admiration devint de la lendresse !

Je sentis le danger et je voulus partir,

Mais il n’était plus temps que de me repentir !

Soùs un charme inconnu, ma force était domptée... Cliaque femme qui vit par lui, qu'il a chantée... J’aurais désiré l'étre; et ce fut mon écueil;

Comme sou Éve aussi, j’ai péclié par l’orgueil !

Je lis furtivement ses pages commencées,

Dans leurs premières fleurs, je cueille ses pensées, Là, seule auprès de lui, sans qu’il s’cn doute.

waltek.

Eh ! quoi

MARIE

CroiraA-il seulement que je sais lire, moi !

Ainsi je me suis fait dans sa vie une place !

Et pour que je le quitte ! 11 faudra qu’il me chasse !

Ce malheur est plus près que vous ne présumez. Pauvre fille...

MARIE

Comment !

WALTER

Celui que vous aimez...

MARIE, d’un ton résigné.

A moi ne pense pas !

WALTER

11 aime une autre femme

Lui-méme me l’a dit !

MARIE, avec une anxiété méléc d'espoir.

C'est. . .

Ahl

WALTER

Quelque grande dame !

MARIE, avec douleur.

' AVALTKfl

Qui de lui se joue à ce qu’il m’a paru. MARIE, à pari, abattue.

Une lady ! Quoi, rien de ce que j’avais cru ! (Soudaiuement.)

S’il se bat à présent, c’est pour elle peut-être !

O nouvelle douleur ! n’en laissons rien paraître... Tûclions de le sauver !

(Elle remonte.)

WALTER, SC plaçant devant elle.

Voudriez-vous le fuir ?

De son indifférence est-ce pour le punir ?

MARIE, (.«ouvement noble et senti.)

Que me dites-vous là!... Vous offensez Marie! Sachez tout... Là... tantôt, sous cette draperie,

A peine j’entendais... mais sir John... et ce lord Écliangaicnt à mi-voix des paroles de mort.

WALTER

Ah ! que m’apprenez-vous !

MARIE

Faudra-t-il qu'il périsse?

WALTER

En tardant, d’un malli.xr on se ferait complice !

Où sont-ils ?

MARIE

Je ne sais... sans cela j’y serais.

(Vivement, prütant l’orcillc au dehors.)

Écoutez!

On dirai! qu’on entend...

MARIE

Là, tout près...

WALTER

Un bruit d’armes...

MARIE, les yeux sur le jardin, éloullant un cri.

Voyez !...

WALTER, remontant avec elle.

Reynolds seul 1

MARIE

Quel présage I

WALTER

Qu’il est pâle I

MARIE

Ah 1 j’ai lu mon sort sur son visage.

(Elle tombe assise à droite.)

WALTER, redescendant pour prendre son manteau.

Eh bien !

MARIE

Que faites-vous?

WALTER, en s’élançant par le fond.

A nous deux maintenant 1 Mourir pour un ami, je n’espérais pas tant !

Page 1