‹ Le Paradis trouvé, comédie en 1 acte, en versChapitre 5 sur 27 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, WALTER.

WALTER, à neynoUls.

Vous à Londres I...

REY.VOLD.s.

Bonjour, mon dicr musicien !

D'où nous revient milord?

REYNOLDS

. Eh! de Paris, de France !

\Valter.

Ah!

REYXOÎ.DS.

L’air de ce manteau le dit assez, je pense.

(Marie se retire lentement vers le second plan.)

Et vous, qu’avez-vous fii! ?... Voyons, maître chanteur, Qui de voire lliéorbc accompagniez ma sœur...

WALTER

Ma meilleure écolière !...

REY.NOLDS.

Oui, mais la plus espiègle!

W.VLTER.

Fauvcite ..

Et colibri!...

WALTER

Couvée au nid d'un aigle !

REYNOLDS

Devenez donc nous voir, oublieux !

WALTER

^ C'est promis!...

REYNOLDS

Dilcs-moi !... John Milton est un de vos amis?

AVALTER.

Oui, le plus cher !... Son père autrefois fut mon maître. Vous le connaissez donc?...

REYNOLD'

Je voudrais le connaître.

.Mais il pir.aît qu’il faut se faire présenter,

Et sur vous, n’est-cc pas, Walter, je puis compter?...

WAI.TER.

Que demandez-vous là?

REYNOLDS

Corbleu!.., quelle épouvante !

Vous vous effarouchez autant que sa servante.

WALTER

Y tenez-vous beaucoup ?

REYNOLDS

Certe !...

WALTER

On se dévoûra !

(A Marie qui vient de redescendre la scène et se trouve près de lui.) Voyons, qu’en penses-tu?

MARIE

Dame ! il se füchera !

C’est lui désobéir !

WALTER

Pour une fois, qu’importe ?

Que risquons-nous?

REY.NOLDS, souriant.

Jo suis aux trois quarts à la porte !...

WALTER, à Marie.

Dis-lui que je l’attends... que je viens d’arriver...

> MARIE

Il doit être là-bas, dans le bois, à rêver.

WALTER

Ne parle que de moi !

MARIE, en remontant.

Nous le trompons.

WALTER, remontant avec elle.

(En la congédiant.) Je me charge de tout, va I

Vétille !

LE PARADIS TROÜVIÎ

SCÈI/E III

REWOLDS, WALTER.

REYNOLDS, à Waller, regardant Marie s'éloigner, La charmante fille !

WALTER

Et bonne! et dévoui'e!.. Avez-yous jamais lu VAlkgio de Millon? •

C’est par là qu’il m'a plu !,., WALTER.

Vous s.ivez ce lutin, cet ange du poème,

Qui prend pour tout salaire une jatte de crème, Lorsque muet, docile, il acheva sans bruit,

La tâche de dix jours dans une seule nuit ;

Ce gardien du foyer qui, couché sur la cendre.

Moins pour se reposer encor que pour défendre.

Se perd dans un rayon de l’aube qui parait,

Et ne 1. isse après lui que son travail discret...

C’est Marie !

REYNOLDS

Oh ! l’éloge est bien dithyrambique.

Il ne vous reste plus qu’à le mejtre en musique,

WALTER

Bon ! . . riez, moquez-vous !

nF.YiNOLDS,

D’un tnl attaclicmcnl ?

Non pas ! ,

WALTER

En pouvait-il être différemment !...

L’aulre printemps, Millon revenait de voyage;

Ce pavillon lui plut sous son rideau d’ombrage.

Son père ici nota scs hymnes. .. fils pieux,

Il trouvait qii’i ses vers l'écho répondait mieux !

Un soir que nous errions dans les plaines voisines.

Un vieillard s'offre à nous, près d'un chaume en ruines, Morne, au bruit de nos pas, il sort comme en sursaut De scs pciisers, salue et retombe aussitôt 1 Milton va droit à lui « Que fais-tu là, brave homme ?

» Comment t’appclles-lu ? — C’est Toby qu’on me nomme. » Il se lait. On le presse... Il nous apprend alors Qu’il perd son seul asile ; on le jette dehors !

C’est lui faire expier durement sa vieillesse !

Que va-t-il devenir avec sa jeune nièce.

Pauvre glaneuse aux champs ? Qui leur tendra la main ? Milton les installait chez lui le lendemain.

Et, depuis lors, quels soins et quelle obéissance ! - /

Le travail est leur joie et leur reconnaissance.

REYXO'-DS.

Il a fait cela !

Mais quand j’étais inconnu,

Même de vous, milord. Qui donc m’a soutenu.

Donné du cœur? L’hiver, quand j’étais sans ressource,

Qui souvent oubliait la moitié de sa bourse

Sous mon œuvre... sans prix?... Lui ! Tenez j’ai, dit-on,

Quelque talent...

REYNOLDS

Beaucoup !

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