SCÈNE PREMIÈRE
MARIE, puis REYNOLDS.
MAItlE, au fond, l’air pensif, semblant suivre quelqu’un dans le jardin.
Il sort, et toujours seul; il s’en va toujours sombre !
Et l'ennui jusqu'au soir marcliera dans son ombre.
L'ennui ! d'oi'i lui vient-il ? 11 n'en a pas parlé,
On dirait qu'il a peur d'en être consolé
(Allant à la table.)
Il est plus triste encor depuis une semaine Sa Bible est Ht fermée, il la regarde à peine.
(Elle la prend.)
Pauvre sir John! pour lui tout remède est donc vain.
LE PARADIS TROUVli
Puisqu’il ne croit plus môme en ce livre divin ;
Puisque, pour apaiser son üme et ses orages,
Il ne va plus chercher ce qu’à travers ces pages L’Esprit consolateur, l’Esprit saint lui soufflait.
(Elle feuillette ta Itible, un papier en tombe.)
Mais quel est cet écrit? Ciel !... son dernier pamphlet I Dont la cour s’est émue... et qui me désespère.
Dans le livre de paix, cette œuvre de colère I Ainsi dans son cœur pur le malheur mit du fiel Le trait envenimé dans la coupe du miel.
Il lisait la Genèse... il rêvait au poème Qu’il interrompt toujours... Moi, l’histoire que j’aime C’est, je ne sais pourquoi, cello de Noémi Et de Ruth, s’en allant vers Dooz endormi...
(Elle se met à lire.)
REYNOLDS, sc montrant en dehors.
Personne dans l’enclos... A la fin je me lasse...
* Entrons I
MARIE, avec surprise.
Un inconnu l (Se levant.)
Que demande Sa Grâce ?
REYNOLDS, du fond.
Sir John Milton?...
MARIE
Mon maître !... on ne peut pas le voir.
REYNOLDS, qui est entri.
Bah ! suis-je un créancier?., fais-moi donc recevoir...
Voilà ce que Ma Grâce exige de la tienne...
MARIE
Mais...
RÉYNOLDS, lui montrant une bourse.
Il faut à tout prix qu’ici je l’entretienne !
MARIE, avec une révérence respeetneuse.
Impossible !...
REYNOLDS, étonne.
Ah !
MARIE
Milord a donc pu pénétrer
Dans le jardin...
REYNOLDS
Tu vois...
MARIÉ
Comment ! sans rencdnfrer
Même Tobjj mon oncle...
REYNOLDS
Une porte est ouverte,
J’entre, sans me douter que je donne l’alerte.
MARIE
C’est que jamais, ici, l’on ne voit d’étranger.
REYNOLDS
Je suis un accident ?...
MARIE
Oui, pour nous un danger Si le maître aperçoit seulement votre trace...
REYNOLDS, i part.
Je tiens 1a sienne, moi I...
M.ARIE
Je crains qu’il ne nous chasse !..
REYNOLDS
Laisse-toi renvoyer...’ tu n’iras pas bien loin ;
Cliitz moi, d’une fcmnte on a, je crois, besoin.
(En rcmonlant.)
Ail çà! votre désert admet des privilèges.
(walu-r paraît.)
Vois donc!., je ne suis pas de ceux que tu protèges...
MARIE
. Lui! c’est son seul ami !
' REYNOLDS, rcfonnaissant Waller.
Mais c'est un peu le mien t...