‹ Le paradoxe de l'égalitéChapitre 10 sur 10 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La Franco, dopuis 1789, fait l'oxpérience do l'égalito. Elle la fait dans dos conditions toutes nouvelles. L'égalité était facile à Athènes ou à Sparte, quand la cité se composait do quelques milliers d'hommes libres, nourris par le travail sorvile. L'égalité est encore facile dans les jeunes républiques do 1* Amérique, où de vaslos territoires en friche sont le refuge des déclassés et des mécontents. En Franco, trentehuit millions d'individus se pressent les uns contre les autres; on se dispute l'emploi le plus chétif; toute question politique est compliquée d'une question économique; cha(|no couche

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sociale a ses passions et ses préjugés; l'égalité est à la fois menacée par ses adversaires, qui jèvent de l'anéantir, et par ses partisans, qui veulent la pousser à rextrème.

Divisés au dedans, nous sommes menacés au dehors. Nous tentons d'organiser le gouvernement populaire, et nous sommes entourés d'Etats monarchiques. On critique nos efforts, on se réjouit de nos fautes. Les principes pour lesquels nous combattons depuis un siècle nous ont rendus suspects aux autres peuples. Cependant, si l'expérience réussit, tous en profiteront : si elle échoue, nous y périrons seuls.

Je lisais, il y a quelques jours, dans un article signé de M. Scherer : « La république actuelle, la république de 1875 est la dernière chance de la France. " Il s'agit, en effet, de savoir si la démocratie peut s'accommoder aux conditions de tout gouvern ement . Nous sommes aujourd'hui entre deux extrêmes : les réactionnaires voudraient restaurer l'autorité du passé : les niveleurs. détruire toute autorité. Il semble que les conservateurs dignes de ce

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nom, acceptant sans arriëre-penséo le ftiit accompli, doivent s'efforcer d'organiser la république. Leur tâche est bien marquée : concilier la hiérarchie, qui est leur propre principe, avec l'égalité, qui est le principe de la démocralie.

L'erreur de la démocratie est de vouloir tout ramener à l'égalité, comme à la justice suprême, sans se demander si elle ne serait pas quelquefois la suprême injustice. La majorité, investie du jour au lendemain du droit de suffrage, a introduit le simplisme dans la politique. Le grand nombre se représente la société comme une réunion d'individus égaux par l'intelligence, par l'éducation, par les droits, par les devoii's : c'est la conception la plus simple, mais aussi la plus contraire à la réalité. Il faut avoir le courage de le dire tout haut;, l'égalité absolue est un paradoxe en politique comme dans la nature.

Nous sommes en présence de cette singulière contradiction : la sociéti' nouvelle veut se fonder sur une idée simple, quand le monde

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devient chaque jour plus complexe. '< Le progrès, a dit M. Spencer, est un changement de l'homogène en hétérogène. » Que voyons-nous, en effet, autour de nous? Partout diversité et complexité croissantes, dans les questions religieuses, dans les problèmes moraux, dans les découvertes de la science, dans les luttes de riiiilustrit'. Quand la simplicité n'est plus dans les faits, c'est une chimère de la rêver dans les institutions.

La question de légalité est mal posée : on risque de se tromper en répondant non, comme en répondant oui. L'égalité est une vérité, mais elle n'est pas la seule vérité. Un Etat fondé uniquement sur le principe de l'égalité serait sans cesse ballotté entre l'anarchie et le césarisme. Il y a une part de nécessité dans le point de vue égalitaire. mais il est dautres points de vue non moins nécessaires, .le me suis proposé de montrer que h* problème de notre temps est précisément de concilier deux points de vue contraires : l'égalité des individus, la hiérarchie des fonctions. J'ai

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rcclierciiL' ensuite à quels signes on peut reconnaître un commencement d'organisation (le Ja démocratie : c'est assez pour que je Terme ce livre sur une parole d'espérance.

Je crois, malgré les difticultés de l'heure présente, à l'avenir de la démocratie française : je crois que les fils de la Gaule ont encore plus d'un combat ta livrer, dans le monde des idées comme dans le monde des faits, et <pie l'alouette n'a pas dit son dernier chant.

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