HISTORIQUE DE NOS RECHERCHES PERSONNELLES
En 1903, durant notre adjuvat d'anatomie à la Faculté de Médecine de Montpellier, notre attention fut attirée sur un organe nouveau que Zuckerkandl venait de découvrir dans le tissu cellulaire de la région cœliaque et dont il avait fait la description au XV° Congrès de l'Anatomische Gesellschaft, à Bonn, sous le nom de Nebenorgan des Sympathicus (4901).
Peu après, cet organe parasympathique de Zuckerkand! avait élé l'objet d’une étude histologique de MM. Bonnamour et Pinatelle, faite au Laboratoire d’Histologie de Lyon, en 1902 (1). Les auteurs, après étude d’un matériel provenant d'autopsies (fœtus et nouveau-nés), y virent un organe spécial ne rappelant en rien ni le cortex ni la substance médullaire des surrénales, « organe spécial, disaient-ils, dont la structure fine, les fonctions, et même l'anatomie comparée sont encore inconnues et demandent de nouvelles recherches ».
En 1905-1906, durant notre séjour militaire à Marseille, M. le professeur Alezais, qui avait bien voulu nous ouvrir son laboratoire, nous engagea à étudier le développement de cet organe en corrélation avec celui des paraganglions dont la nolion venait d'être dévéloppée par Kohn. Les recherches en collaboration effectuées sous sa direction nous permirent de constater la chromaffinité de l'organe qui avait été méconnue
(1) BONNAMOUR et Pixareze, Note sur l'organe parasympathique de Zuckerkandl. Bibliographie analomique, 1902.
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par Bonnamour et Pinatelle et de préciser son embryologie topographique en particulier chez le chien (1).
L'erreur des histologistes lyonnais résultait évidemment du choix de leur matériel qui était particulièrement défavorable à la recherche de la réaction chromaffine.
Cette étude préliminaire avait pu nous convaincre que certains points de la morphologie des paraganglions, en particulier la délimitation exacte du groupe chez les mammifères, appelaient de nouvelles précisions; d'autre part, l’anatomo-pathologie générale des capsules surrénales devait également être reprise d'après la dualité de leur origine. C'est ainsi que nous fûmes amené successivement à apporter la notion et les caractères généraux des tumeurs des paraganglions (2), à constituer le groupe de paragangliomes carotidiens (3) à l’aide de tumeurs confondues jusqu'alors avec les sarcomes, les endopérithéliomes, ou les branchiomes; et celui des paragangliomes surrénaux qui fait l’objet de notre nouveau travail (4).
Notre mémoire préliminaire de 1912 résumait également le résultat de nos premières recherches sur les vacuoles, les enclaves et le cycle histo-physiologique des cellules chromaffines.
En allant ainsi de la morphologie normale à la morphologie néoplasique, nous avions soupçonné l'existence de tumeurs à dispositions neuro-embryonnaires, provenant des éléments générateurs des paraganglions (5); nous avons pu, dans la
(1) Azezais et PEyron, L'organe parasympathique de Zuckerkandi chez le jeune chien, Réunion biologique de Marseille, in Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1906.
Inem, Sur le développement des paraganglions lombaires. {bid., 1907.
(2) Azezais et PEyrow, Un nouveau groupe de tumeurs épithéliales : les paragangliomes. Réunion biologique de Marseille, in Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1908.
(3) Azezais et Pryron, Histogénèse des paragangliomes carotidiens. Associalion française pour l'étude du cancer (avec 24 figures), 1911.
(4) Azezais et Peyron, Le paragangliome surrénal. Association française pour l'étude du cancer [avec 17 figures), 1912.
Ivem, Sur la cytologie de la cellule chromaffine dans les paragangliomes surrénaux. Réunion biologique de Marseille, in Comptes rendus de la Soc. de Biologie, juillet 1910.
Ineu, Les vacuoles et les enclaves de cellules chromaffines. 1bid., mars 1911.
Ioeu, Sur une tendance évolutive fréquente dans les paragangliomes surrénaux. Zbid., 25 avril 1941.
(5) Acezais et Peyron, Les tumeurs dites gliomateuses des capsules surrénales. Réunion biologique de Marseille, in Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1907.
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suite, constituer ce groupe de sympathomes embryonnaires et parasympathomes, successivement pour le paraganglion surrénal (1) et pour le paraganglion carotidien (2).
Il reste, pour compléter la série, le groupe plus nombreux des cortico-surrénalomes; les documents histologiques qui s'y rapportent seront publiés ultérieurement.
Cette anatomo-pathologie des tumeurs surrénales était neltement favorable à la conception dualiste : nous avons pu l'appuyer, d'autre part, à l’aide de quelques cas rares mais probants de lésions localisées à l’une des deux substances (3).
En ce qui concerne la délimilation du groupe des paraganglions des mammifères, la détermination morphologique de la nature de la glande tympanique reste incertaine. Par contre, nous avons pu faire, au sujet de la glande coccygienne de Luschka, un ensemble d'observations, nettement contraire aux conclusions de Jakobsson et de Kohn sur le lien génétique de cet organe avec le sympathique. Le glomus coccygien représente un simple bourrelet artério-veineux, pulsatile, tendu entre l'artère et la veine sacrée moyenne; les tumeurs qui lui avaient été rapportées au titre de périthéliomes sont, en réalité, des neuro-épithéliomes, provenant des vestiges médullaires coccygiens (4).
(1) Azezais et PEyron, Les parasympathomes de la capsule surrénale et l’histogénèse des sympathomes embryonnaires. Bulletin de l'Association française pour l'élude du cancer, fascicule complémentaire de 1912 (avec 24 figures).
(2) Arezars et P£yron, Les parasympathomes carotidiens. Bulletin de l'Association française pour l'étude du cancer (mémoire en impression en avril 1914).
(3) Azezais et PEeyron, Aplasie des paraganglions surrénaux et lombaires chez un anencéphale. Réunion biologique de Marseille, in Comptes rendus de la Soc. de Biologie, novembre 1909.
Pezer et Peyron, Lésion dégénérative oliese au cortex surrénal chez une aliénée. 1bid., juillet, 1910.
(4) ALezais et Peyron, Les tumeurs dites de la glande de Luschka et leur histogénèse aux dépens du vestige du ‘segment caudal de la moelle épinière. Association française pour l'avancement des Sciences, Congrès de Nimes, 1912, in Bulletin de l'Association française pour l'étude du cancer, fascicule complémentaire de 1912 (avec 29 figures).