SCÈNE VI
MARIELLE, GUILLAUME.
GUILLAUME, entrant la figure bouleversée.
Fiez-vous donc aux femmes, fiez-vous donc à leur vertu?
MARIELLE.
Qu’est'ce qu'il te prend, à toi? qu'estnce que tu as, avec ta figure â l’envers?
GUILLAUME
Madame Guillaume, nous avons à causer!
MARiELLE.
Eh bien, causons.
GUILLAUME, avec colère. ,
Mille noms d’un nom!., je casserais bien quelque chose ..
(il prend une chaise et va pour la briser.)
Avise-toi un peu, butor, de casser cette chaise. (eUb 1ère la
main sur lui.)
GUILLAUME, calmé tout à coup et reposant 1a chaise, sur laquelle il s'assied.
Expliquons-nous tranquillement. . .
MARIELLE.
A la bonne heure! (Elle le pousse, le fait lever et s'assied sur la chaise.)
GUILLAUME
J’étais donc là-bas avec Gaspard... (Appuyant.) le beau Gaspard, à la maison de poste... Pendant qu’il .essayait de ferrer un cheval, moi, j’étais entré pour boire un coup avec les postillons : mais j’avais l’œil sur lui, ptar la croisée entr'ouverte.
S u’est-ce <me je vois? un domestique galonné qui s’approche e lui! Qu’estHie que j’entends? le même laquais qui lui dit avec mystère : « Une lettre de Paris pour vous, mon sieurre le vicomte! »
MARIELLE.
Eh bien? ^
GUILLAUME
Comment, eh bien?
MARIALE.
Qu’est-ce que ça prouve?
’ GUILLAUME
Ça prouve que ce Gaspai'd n’est pas un vrai Gaspard, tu m’entends?
MARIELLE.
Certainement, puisque c'est M. le vicomte de Sancey.
Comment sais-tu ça?
MARIELLE.
Tu es bien curieux.
GUILLAUME, élevant la voix.
Comment sais-tu cela?
MARIELLE.
Je le sais depuis dix minutes.
GUILLAUME
Fais un peu ton innocente, essayé de me faire accroire qu’un gentilhomme se fait garçon de forge, uniquement pour gagner un petit écu par semaine, et manger des z-^ricots : ça ne s’est jamais vu. S’il est ici, c’est pas par hasard.