MA BIELLE
Depuis cinq jours. ^ .
HÉLÈNE. •
Quelle imprudence !
En le regardant, je me disais souvent : V’ià un drôle de forgeron... 11 avait beau se noircir les mains, je m’apercevais bien qu’elles étaient douces et fluettes... Après ça, comme il sentait le jasmin ! Il m’est venu dans l’Idée que c’était un perruquier déguisé qui voulait me faire la cour.
HÉLÈNE, avec un mouvement.
Ah ! il te prenait la main, il te faisait la cour!
MARIELLE. ^
Est-ce que j’ai dit ça? ‘
HÉLÈNE
Non, non, ie me trompe; je devine pourquoi il est ici, sous ces habits... Malgré mon abandon, il a voulù me revoir, et il craint de me compromettre. Il m’aime toujours.
MARIELLE.
Comment, il vous aime?
hélEne.
Ce jeune homme est M. Raoul de Sanoej, officier aux chevaulégers de la reine.
MARIELLE, à part.
Qu’est-ce que j’apprends là, mon bon Dieu!
HÉLÈNE
Nous nous étions fait les plus doux serments, l’avenir nous promettait une heureuse union; mais, obsédée par ma famille, , dont la fortune venait d’être gravement compromise, je n’écoutai que le devoir, et je me sacrifiai.
MARIELLE.
En é]>ousant le vieux marquis?
HÉLÈNE
Eh épousant M. Coquard, qui venait d’acheter, à prix d’or, le marquisat de La Pigeonnière,
MARIELLE.
Je vois ça. Vous avez pris un mari de soixante ans pour rester fidèle à un amant. V’ià pourtant comme nous sommes, nous autres femmes... C’est pas les hommes qui feraient ça... Pour se consoler, ils en p;:ennent de jeunes.
HÉLÈNE
Tu as mon secret.
MARIELLE.
Soyez tranquille, on n’est pas bavarde.
HÉLÈNE
Je compte sur ta discrétion, et j’ai un service à te demander. •
MARIELLE.
Je devine i il ne suffit pas de la vertu, faut aussi de la pru*