‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 108 sur 229 · DÉDICACE SIFFLEUR · texte numérisé non relu

DÉDICACE SIFFLEUR

Mon vers est un verre De Venise aussi ;

Je viens de le faire, Et sur place, ici.

Je l’enfle et le gonfle En forme de fleur...

Le four du ciel ronfle, Le vent est souffleur.

J'irise et burine, J'y trace au fil clair

De l’aventurine Le nom de Whistler

LAGHI

Cadenabbia, Bellaggio,

C’est l’allegretto, l’adagio…

Des villas et des fleurs dans des vases, Et des souvenirs dans des extases.

Lauriers roses et noirs cyprès

A la villa Serbelloni Fraternisent.

Le laurier est parfois jauni

Mais les tristes arbres auprès S’éternisent.

Les lauriers roses sont coupés, Nous ne verrons plus leurs appas, Et sans doute Les noirs cyprès sont occupés A porter le deuil de nos pas Sur leur route.

La musique de chambre avait eu lieu dehors.

Les instruments épars gisaient sur les pelouses; Et des bribes de sons, dans les gorges jalouses Des oïiselets surpris mettaient de neufs accords.

Le piano béant et béat, fier Sicambre

De palissandre, ouvrait son clavier tout pantois Où l’araignée heureuse étirait ses huit doigts. Dehors avait eu lieu la musique de chambre.

Et sur cette terrasse on sentait s’assoupir Quelque reste de bruit dans l’ombre saturée; Et nous avons goûté dans toute sa durée Tout ce demi-silence et ce quart de soupir.

Jusqu'à ce que Le soir qui lentement s’élance Du faite des monts bleus au chapeau violet Eut peu à peu figé sous son voile de lait

Tout ce quart de soupir dans son total silence.

VIGILES

Je suis donc à Venise, — Ou plutôt jy serai!

Rien ne s’en adonise

Cependant à mon gré.

C’est ainsi : le prestige, Pour se dévelouter, N’attend rien que la tige Offrant de le goûter...

Je suis donc à Venise.

— Ou plutôt j'y serai!

Rien ne s’en solennise Nonobstant, à mon gré,

C’est ainsi! Le mirage N'a, pour s’évanouir, Attendu que la rage De s’en épanouir.

Je suis donc à Venise, — Ou plutôt j'y serai!

Rien ne s’en éternise

Néanmoins à mon gré.

C’est ainsi : le mystère N'a pour s’évaporer, Attendu que la terre Prête à l’élaborer.

Je suis donc à Venise.

— Ou plutôt j'y serai!

Rien ne s’en infinise Toutefois, à mon gré.

Par respect pour la mémoire Aimable de Canale,

Le ciel conforme se moire, De rose en bleus en allé.

y COLUMBATIM

« Ceu fumus. »

VIRGILE

« Des bouffées de colombes.. »

— C'est Gautier qui l’a dit; Sur les toits, sur les tombes, Le ciel en resplendit.

Volutes et spirales, Oiseaux d’un blanc rosé; Le seuil des cathédrales En est comme arrosé.

Chapiteaux et balustre, Aiïles d’un rose blanc;

Un arbre comme un lustre, En est tout ruisselant.

Des touffes, des bouflées ; Par flots et par flocons, S'en sont comme étouffées Sur l’appui des balcons.

Il en tourne, il en fume, Il en plane et pâlit;

Le Lido s’en parfume Comme un immense lit.

Il en fume, il en tourne, Il en flotte et plana; Tout Venise séjourne Sous ces miscellan«.

Il en pleut, il en pleure, - Il s’en plaint, il en pleut; L’effroi vous en effleure, L'amour vous en émeut.

Il en choit, il en neige,

Il s’en éparpilla ;

Et c’est comme un Corrège Qui se déshabilla.

C’est du nu qui vollige, L'air en est indécent!

C’est un lys dont la tige

En fleurs, monte et descend.

Il en descend et monte, L’air en est allumé;

Et c’est comme une ponte D'oiseau tout emplumé.

Il en grêle et ruisselle,

IL en fuit et revient;

Un pont sous son aisselle En abrite cent vingt.

Il en ruisselle et grêle,

Il en vient, il en fuit;

C’est comme une aquarelle Où la gouache luit.

Il en roule et roucoule, L’atmosphère en raucit; La colonne en découle,

Le carrare en roussit.

Il s’en guinde, il en grimpe,

Dans le rayon vermeil, Et c’est comme une guimpe Dont se vêt le soleil.

Il s’en pose, il en vole, il en vient, il en va; Et l’éther s’en affole, Et l’azur s’en lava.

Il en flotte, il en file, I s’en multiplia..

Jusqu'à ce que la ville Sous leur plume, plia.

ENVOI

Des touffes de colombe

L'air en est tout entier,

Qu’en bulle qui se bombe,

1Z 2 red

Et roucoule, et retombe, Je souffle vers ta tombe, Théophile Gautier!

A mon jour, à mon heure, Toi qui m’eusses aimé, De mon rythme j’effleure Ta tombe où j'ai semé.

Tu te dois de m'’entendre, Et moi, de te parler,

Ma déférence tendre

Sur toi vient déferler.

Je ne suis pas le moindre Qu’ait inspiré ton nom); Mon aurore va poindre, Et sur ton Parthénon,

Réjouit les guipures De tes maîtres ciseaux, Des libations pures

De ce pleur plein d'oiseaux.

Tu me dois de m’entendre Je te dois de parler.

Que perds-tu pour attendre

Quand sur toi vient perler,

A son jour, à son heure, Le chant dont j'ai charmé Ta graphique demeure, Roi qui m’eusses aimé.

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