THOMYRIS
Moi je suis Thomyris, la reine de Scythie.
Rien n’égalait ma force et mon pouvoir divin.
Ma joue était pareille au jour qui s’irradie,
Et mon rire au printemps qui n'aurait point de fin. Ma renommée allait aux confins de la terre,
Qui d’un bout voit l'étoile, à l’autre, le soleil;
Où le vent est sans souffle; où l’âme solitaire Contemple le trépas comme un lever vermeil.
HARHAS.
Moi, reine d’Anakim, je suis Harhas; dans lombre Du temps passé dont la parole n’est plus rien, Dont l’habit est poussière et déchéance sombre, Ma jeunesse brillait, rayon aérien,
Rayon de pluie ainsi que des cheveux aux brises.… Maintenant en soupirs Dieu change mes baisers.
Il émiette mes yeux sous mes paupières grises
Et scelle de ses sceaux mes souffles apaisés.
M\RRHA.
Et moi, je suis Myrrha, la reine d’Arabie.
De mes cils parfumés mes pleurs prenaient l'odeur. D'une autre soif sans fin ma soif était suivie
Afin que mes baisers versassent plus d’ardeur.
Mon cerveau résonnait comme un airain de cloches. Comme des yeux, de pleurs; un bois de feu léché. Le vice rayonnait de mes seules approches
Et mon sein se gonflait d’orgueil et de péché.
PASIPHAE.
Je suis Pasiphaë — Toute la mer limpide
Ne pourrait rafraïchir les ardeurs de mon sang. Pas une herbe qui croît, pas une feuille humide, Pas une eau de rosée ou de ruisseau glissant Entre les nénuphars dont l’onde se constelle. Dans un honteux désir je dévorai le fruit
Dont la douce saveur a sa langueur mortelle,
Et que la seule mort ensemence sans bruit.