‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 159 sur 229 · PATRON · texte numérisé non relu

PATRON

En éventail est l’horizon, Et son détail ;

Et nous sommes dans la saison De l’éventail.

En éventail est le palmier, Et Le portail ; Cigogne y circule, ou ramier; Homme ou bétail.

En éventail est le balcon, Et le vantail :

Une fleur attache un flocon A son frontail.

Tout y vibre sur ce dessin Et ce batail,

Car la houssine de Hussein Fut l'éventail.

Tout y vibre sur ce dessin, Tout y vire sur ce dessein.

ZENGA!

Des Juives aux cheveux cachés; Des Mauresques comme des oies; Des calottes aux glands de soies, Et des vêtements soutachés.

Le burnous rocheux des Arabes,

Le gentil caban de Tlemcen;

Encor ces femmes sans dessin, Colombes marchant comme crabes...

Des calottes et des culottes ; Toujours femmes en pantalons Qui ressemblent à des pelottes Qui roulottent sur des talons.

Plutôt des lustres sous des housses Que des femmes, sur ces patins De cuir verni, femmes en gousses, Sexe en trousses, sacs à catins.

1, La rue.

Car jamais l’épouse mauresque

Au grand jamais — ou du moins presque, La femme de surs parchemins

Ne se promène par chemins.

Voire, un vendredi, quand s’obture Son voile, au fond de sa voiture, Et qu’elle vole au champ sacré Pour y manger un plat sucré !.

Lorsqu'elle rentre avec sa noire,

On ne voit que touffe d'ivoire

Qui semble encor plus blanche quand S'y meut le corbeau de son gant.

Et l’ouverture de son voile Où souvent bleuit une étoile S'éclaire quand ce demi-deuil Y joint le corbeau de son œil.

Et la négresse qui l’escorte

Sous son bouffant linceul de morte Semble plus sombre quand s'y rompt Et meurt le corbeau de son front.

Une oïe aux pantalons de plume Dans l’île du bois de Boulogne Ressemble à ceci que je cogne Ce paquet blanc de fort volume ;

1. Le vendredi de chaque semaine les femmes arabes vont prier et goûter au cimetière.

Ce paquet blanc à patte noire, Et ce paquet blanc à l'œil noir, C’est la Mauresque, Arabe voire Aux culottes en entonnoir.

Mi-colombe, mi-oie, Mi-poulette, mi-œil ; Mi-mystère, mi-joie, Mi-toilette, mi-deuil.

O mimie, à minetle,

Qui mi-charme et mi-nuit; Mi-malpropre, mi-nette,

À mi-voix, à minuit!

SÉRÉE - A M. Marcel Proust.

Sous ces vivants colliers faits de fleurs d'oranger, Elle venait aux rendez-vous de l’étranger,

Rieuse, insoucieuse, et singesse jolie.

Avec sa bouche large où le rire déplie

L'autre collier de fleurs d’oranger de ses dents.

Son teint de fleurs d'orange, aussi, ses yeux dedans Comme deux gros tirets de plumes allongées,

De sourires cillants et de regard frangées.

Elle me racontait des histoires : « Poucet,

Ma bouche sur ta joue, » et « la femme à sept têtes! » Elle avait de la grâce élégante des bêtes Spirituelles; son bavardage poussait

Des cris comme des fleurs; et pour son diadème Demandait un ruban qui fût couleur je t'aime ! Ses colliers en marchant parfumaient le chemin Jusqu'à l'heure d’ôter sa chemise en jasmin.

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