NT IL ÉTAIT UN PETIT NAVIRE
Le reflet du clapotement Sur la panse du gros bateau, Met comme un filet de fumée ;
De fumée, ici qu'il est noir, Et de flamme là qu'il est rouge.
— Vraiment rien de plus irréel.
Beaucoup de peinture, Beaucoup de vernis, Beaucoup de nickel,
Et beaucoup plus de faux acajou.
De l’air ménagé Court dans la cloison :
Un jeu de tentures Comme on n’en voit que dans Edgar Poë.
Rideau se soulève,
Portière s’abaisse,
Il semble toujours Qu'on va voir entrer un revenant.
Chaque objet mouvant Seul garde l’aplomb; C’est très naturel
Lorsque c’est la maison qui le perd.
Tout tourne, tout tourne :
La tête et le cœur, La terre et le ciel;
On ne sait plus bien où l’on en est.
On était nombreux
Au départ, là-haut;
On ne sait pourquoi, Bien peu reparaissent pour diner.
L’assiette est en cage, Le bock est au box; Le fauteuil étreint.….
On marche, le corps tout de côté.
L’enlèvement des cabines, Que n'est-il peint par David ?
Car, ces affreuses sabines, Quoi de plus triste l’on vit?
Couchette numérotée, Sous petits rideaux sergés, Hier encore aspergés
De nourriture éructée.
Le pot de chambre enchaïné, Et la carafe attachée,
Et, tout cela, tout gêné, Tout étroit, toute tachée.
Le bouquet de violette Dont j'y mets le demi-deuil Est la chosette seulette Qui m'y désaltère l'œil.
Buvettes, Cuvettes, C’est au Bateau.
Bavette, Lavette, Va, vont Au pont.
Profonde, Précieux, C'est onde, Et cieux.
Mystère, Missel, C’est terre Et ciel.
Tantôt tangage, Tantôt roulis, C’est le langage Des vents coulis.
Cordes en cage, Voiles en plis, C’est Le bagage Des vents coulis.
Duo s'engage Mauve, courlis Dans le pacage Des vents coulis, Duel s'engage !
LA
L’écume est dentellière, Elle fait chaque point; Dans son atelier erre Le vent qui ia disjoint,
En sa maille elle excelle Pour le point de Bruxelle.
Son réseau s’improvise Jusqu'au point de Venise.
Entre Douvre et la terre, C’est le point d'Angleterre.
Et le flot, s’il nous gruge, Avec du point de Bruge,
Sur le mouvant cercueil Jette un salé linceul
D’écume dentellière Qui fait courir ses points Sur la bière-salière De ses noyés, ses oints!
Alger s’allège D'un ciel d'azur.
Là-bas la neige S’élale sur
Les monts kabyles.… Des soufles d’air Viennent, débiles, Nous souffleter…
J'aime à lire un voyage au moment du voyage : Au Sahel, Fromentin;
Gautier, dans Italie; en Joanne, Uriage,
> Et Tropmann, à Pantin.
Tous ces auteurs charmants me guident à leur heure Dans leurs propres milieux ;
Et, d’heur ou de terreur, de leurre ou de malheure, M’éclairent temps et lieux.