‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 161 sur 229 · GAUTIER · texte numérisé non relu

GAUTIER

C’est le pays des babouches

Qui s’ouvrent comme des bouches Parmi l’éventaire obscur :

Bouches de cuir et de soie, Bouches d’or, bouches de Joie, Bouches d’argent et d'azur.

Oh! ces babouches sans boucles Mais si pleines d'escarboucles Comme pour Elagabal !

Babouches d’où semble sourdre Quand je les regarde coudre Comme un élément de bal;

Comme un aliment de danse; Bouches pleines de cadence Babouches pleines de ris; Babouches que semble moudre, Quand je les regarde coudre, Le brodeur aux points fleuris.

Babouche qui semble mordre, Bouches qui semblent se tordre Dans leurs sourires coupés; Babouches qui semblent poindre Pour le peton le plus moindre Comme pour les plus huppés,

Babouches pleines de houppe Et de huppe, et que découpe Le couteau le plus follet; Babouche plus sérieuse

Què taillade, moins rieuse Ciseaux pour autre mollet.

Babouches de tout calibre,

Babouches pour le pied libre

Et pieusement lavé, Babouche à voir embusquée Sur le pas de la mosquée Et sur le seuil du café.

te LE PARCOURS DU RÈVE AU SOUVENIR.

Babouche de courtisane, Babouche arabe ou persane Babouches de marabouts ; Babouches de toutes pointes Et de toutes flammes ointes, Babouches de tous les bouts.

Babouches de toute forme,

Babouche minime, énorme;

Babouches à tous les coups;

Babouches de toutes bouches,

Bouches de toutes babouches,

Babouches de tous les coûts. -

Babouches et hbabouchettes, Bouches de toutes couchettes, Babouches de tous les lits; Babouches de toutes poses, Et bouches de tous les roses, Babouches de tous délits.

Babouches des adultères

Et babouches des mystères, Et babouches de viols; Babouches de violettes

Ou violentes palettes, Babouches de tous les vols.

Babouches de tous délyres, Bouches de toutes les lyres, Babouche de tous les luths; Bouches de toutes bamboches, Babouches de toutes poches, Babouches de tous les ruts.

Babouches par qui l’on pèche, Et babouches de bobèche, Sandales de scandaleux; Acheminez-vous, marcheuses, Acheminez-vous, chercheuses, A vos folles queue-leu-leus.

Vers toutes les choses saintes, Profanes, que, de vous ceintes Les murches appèteront;

Et que déjà je démêle

Dans l’arc-en-ciel pêle-mêle De vos savates en rond.

Donc Et cœtera pantouffes, Acheminez-vous, marouffles Vers ce qui vous attira; Acheminez-vous, sauteuses, Vers toutes choses douteuses Ou sûres, et cœtera.

Acheminez-vous savates

Sous vos couleurs de cravates Vers ce que vous désirez...

— Et vous, toutes les aurores, Et vous, tous les météores, C’est vous qui les cirerez!

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