‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 168 sur 229 · ANDRÉ CHÉNIER · texte numérisé non relu

ANDRÉ CHÉNIER

Le roi Zeyn Alasnam, l’ornement des statues,

Ayant perdu ses biens, vit en songe un vieillard :

« À les reconquérir, pour que tu t’évertues, |

Au Caire il faut aller. » — Zeyn partit sans retard.

Au but il s’endormit. — « Fils, — dit un nouveau songe, Je voulais t’éprouver, rentre à présent chez toi,

Tu seras riche! » — « Hélas! le songe était mensonge! » Conclut Zeyn. Au retour le somme encore fit foi :

« Fouille en le cabinet du feu prince ton père. » Alasnam y descend, trouve au sol un anneau, . Une pierre, une porte, un couloir, un repaire, Quarante urnes de marbre, en poussant un panneau « Ce vin doit être vieux, » dit Zeyn. Le vin ruisselle, Ciel! de l’or. Il en a bientôt jusqu’à l’aisselle. Une urne plus petite offre encore une clé.

Une serrure s’ouvre, un second lieu cerclé De neuf piédestaux d’art, huit portant des figures En diamant. Sur l’autre éclatent ces augures : Il te faut la neuvième. Elle vaut mille fois Les premières. Retourne en Égypte, et là, vois Mobarec, un esclave. Il l'instruira des suites. — Zeyn y court, entend l’homme : « À ce que vous me pie Je connais que mon maître en vous a revécu Et que par vous le charme a lieu d’être vaincu. Marchons! »

« Comment franchir ce lac? » dit le jeune homme,

(Il n'avait pas vingt ans) — Une barque, tout comme Aborde. — « Acquittons-nous des préceptes du Farz, Fait l’esclave; et surtout, ne soyons pas bavards. Quoi que nous puissions voir durant la traversée, Nul mot ne nous échappe! »

__«— Une tête parée De petits yeux, avec la trompe d’éléphant, Le corps du tigre, c’est le batelier, devant La nef en santal rouge à banderolle rose, Sous le mât d’ambre fin. La trompe les dépose Sur la rive. — « À présent, parlons, dit Mobarec. La fumigation du musc et de l’areq Va chasser ces géants qui visent notre échine Du choc de leur massue en acier de la Chine. »

— Au bout d’un pont fait d’une écaille de poisson De six toises de long et de quatre de large,

Quand des ogres, ils ont éparpillé Ia charge

Du Seigneur des Eprits éclate la maison

D’émeraude. 11 paraît. — « Seigneur, lui dit le prince, La neuvième statue est-elle donc pour moi?

— Oui, mon fils, si trouvant de par quelque province La vierge de quinze ans qui n’a connu l’'émoi D'amour, ni souhaité même de le connaitre,

Tu me l’offres ici, sans désir de l'avoir;

Prends cette glace. En elle une vapeur doit naître Quand le front qu’elle mire aura trop de savoir.

La toute pureté s’y voit seule sans trouble. »

Le voyageur se hâte et met le chemin double.

Il retourne à Bagdad, épuise Balsora.

Partout une buée aussitôt s’essora

Du tain interrogé par chaque jeune fille,

Si chaste qu’elle soit, si claire qu’ellé brille, Alasnam désespère. — Au sû de son désir :

« J'ai ce que vous cherchez : la fille d’un vizir, Une toute beauté d’une toute ignorance, »

Dit un docteur. — La glace éprouvant l'espérance, Reflète sans nuage un éclat sans pareil.

Zeyn souffre. Il ne peut voir, sans l'aimer, ce soleil. 11 le préfère à toute autre extase de pierre.

Et Mobarec l’exhorte à fermer la paupière,

A tenir son serment. — Alasnam fait ainsi.

— «Je suis content de toi, dit le génie, 1c1 Laisse-moi ce trésor; et, le tien, va le prendre.

Ce que tu fis pour moi, je veux bien te le rendre : La neuvième statue à son socle est déjà,

Mes esprits l’ont portée. » — Alasnam qui songea A l’idole de chair, s’en retourne sans joie.

Il descend au caveau.

Là, dans un flot de soie,

Sur le neuvième socle est la Jeune Beauté!

— « Ce que tu respectas ne saurait t’être Ôté C’est Elle, dit l’Esprit, la Neuvième statue, Plus rare mille fois que tous les diamants.

A sa vertu fleurie oncques ne t’habitue

Et tiens lui lieu, toi seul, de tous autres amants. »-

CODADAD!

Le roi de Dyarbekir jusqu’à ce jour stérile

Eut en songe l'avis de prendre autant de grains De grenade qu’il veut de lignée, et virile.

Ainsi fit-il. Ainsi cessèrent ses chagrins.

Il prit cinquante grains : ci cinquante grossesses. Cinquante princes dont chacun fut épousé Rationnellement par cinquante princesses.

C’est ainsi que naquit le fils de Pirouzé.

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