Soleïman — de Selim, sain
PALMES. DRE: ft
A la Huppe d’aller où filtre l’eau sous l’herbe. Mais l'oiseau, dans son vol, de la Mekke à Sâna S'était laissé tenter par un jardin superbe, Celui de Balkamah, qu’on appelle Bilkis.
La Huppe de Bilkis, Anfir, dit à l'oiselle
De Salomon, Yafour, en cet Éden exquis :
« Où vas-tu ? D’où viens-lu ? Quel est ton maître ? Celle Que je sers a l'Yémen pour royaume. Ses chefs
Qu'elle lance en campagne à l'heure des griefs
Sont douze mille, avec autant dans chaque armée. »
— « Mon Souverain par qui la terre est alarmée,
Dit Yafour, est le roi des hommes et des ins,
Des animaux, des vents, des chaïtans, des djinns. »
— « Viens, dit Anfir, viens voir ma reine en ses demeures. » Et la Huppe n’en put repartir qu’à trois heures.
Or, Salomon reçut un rayon de soleil.
Levant les yeux, il vit que, parmi l’appareil : Des oiseaux étalaut, pour l’abriter, leur jupe,
Une place était vide, et celle de la Huppe.
— « Je ne l’ai nulle part adressée en ce jour »
Dit le chef du ramage, Afrit, lutin-vautonr.
— « Je la tuerai, si rien de formel ne l’excuse, »
Fit le roi. L’aigle alors vers celle qu’on accuse,
Vole. — « Notre prophète a juré votre mort. »
— «Et, sans restriction ? » — «Si nul motif plus fort
Ne vous absout. » — « C’est bien. Alors, je suis sauvée. »
— « D'où viens-tu? dit le Roi quand elle est arrivée, Je veux te châtier ! » — « Seigneur, épargne-moi. Tel, devant ton Seigneur tu paraîtras. Pour toi J'ai travaillé, ce jour, et ne fut point trahie. — Tout au fond de l’Yemen, jusqu’en la Sabaiïe, J'ai vu Mareb, cité des enfants de Saba,
Et l’enfant de Màrek, fils de Räyan, leur Reine. »
« — Port: donc, de ma part, à cette souveraine
Cette lettre où le musc de mon cachet tomba :
À Bilkis, Salomon, fils de David. Ne songe :
A te glorifier par-dessus mon pouvoir;
Viens, el suis ma parole. Ainsi fais ton devoir.
Hors de la droite voie il n’est rien que mensonge. »
MAKÉDA
Le père de Bilkis, Zou-Chark, eut cette fille Entre quarante fils. Sa mère est Rihänah Que procréa Sakan avec une djinnah.
Zou-Chark, un jour, chassant, vit près de sa cheville Deux serpents qui luttaient : un noir qu’il écrasa ;
Un blanc qu’à son palais il porte et fait renaitre.
Le serpent devient homme : « A toi je suis, mon maitre,
Dit-il. Le noir reptile, et que ton pied brisa
Était mon ennemi, Pour femme je te donne
Ma fille. Cependant jamais ne t’abandonne
A la questionner pour la troisième fois. »
Les enfants appelés, ils échangent leurs fois.
Naît une fille. Un feu flambe près de la couche :
La mère y met l'enfant. Et l'époux dit : « pourquoi ? »
— « Tu n’as plus droit qu’à deux », fait-elle. Il se tient coi. — La Reine Rihânah, d’un fils encore accouche.
Un chien ouvre la gueule : elle y jette l’enfant.
« Pourquoi? » dit l’oublieux de ce qu’on lui défend.
— Rihânah jette encore un mets qu’on lui présente.
« Pourquoi? » — « Je veux répondre avant que je m'’absente
Pour toujours. Des enfants, et la flamme, et le chien Sont nourrices. Chacune a veillé sur le sien Et le rendra quand l'heure au temps sera sonnée, — La tarte de ce jour était empoisonnée.
Adieu. »
Le fils mourut. La fille fut Bilkis.
Elle épousa Baou-Akh pour en purger le monde. Et le tua la nuit de leurs noces.
— L’immonde
Tyran mort, elle règne en ce pays conquis.
Elle rend la justice une fois par semaine, Elle écoute la plainte, et sagement tout mène, Derrière son rideau fait d’un léger tissu, Elle a tout vu sans être vue, elle a tout su, Et rentre en son palais par la septième porte Des sept appartements. -— Le trône qui la porte, Les jours qu’elle revêt ses superbes habits, Est d’or, d’argent, mêlé de perles, de rubis Et mesure en largeur quarante-deux coudées De saphyr, d'émeraude, et de perle inondées.
La Huppe arrive. — Au fond du septième palais
La Reine dort, avec les sept clefs sous sa tête. Tendant l'aile étalée en guise de volets.
Par la fenêtre ouverte où le soleil fait fête,
L'oiseau s’en va poser sur la gorge sans busc,
Le billet que son maître a cacheté de musc.
— Balkis l’ouvre, lit, songe : il faut que je le tente.
D'un costume de fille, à couleur éclatante
Elle fait habiller cinq cents jeunes garçons
Assis sur des chevaux constellés aux arcons : Colliers et bracelets, anneaux, pendants d’oreilles.
. Suivent cinq cents beautés de méprises pareilles :
Chevaux simples, ceinture ordinaire, tenant,
Deux briques, l'une d’or, l’autre d’argent sonnant. — Les présents pour le roi sont un bandeau, qu’on offre Avec de l’aloës et de l’ambre, en un coffre;
Une perle encor vierge; une gemme au pertuis Ondulant, tortueux, dans deux autres étuis.
Plus la lettre qui suit : « Si ce roi prophétise,
Quels sont les envoyés qu'il recoit, qu’il le dise;
Et, sans l’ouvrir, quoi git dans le coffret étroit.
— Il doit aussi percer la perle d’un trou droit;
Puis enfiler la gemme, à la courbure folle. »
— L'ambässade partit. Et la huppe s'envole.
Salomon prévenu couvre de briques d’or,
Et d'argent, un trajet long de sept parasanges, Entre deux murs pareils, Et, dans ce corridor Dont l'éclat fait sembler leurs ébats plus étranges, — Après avoir soumis aux chaïtans les mots
Du billet — il dispose un groupe d’animaux.
Comme 1l avait laissé libres autant de vides
Qu'il savait recevoir de briques, désireux
De n’être point taxé d’entreprises avides,
Chaque envoyé logea la sienne dans le creux.
Lors les djinns familiers à leur suite amenèrent Devant le roi des rois, deux vers qui se traînèrent: L’un enfilant la gemme avec de fins cheveux; . L'autre perçant la perle. — Enfin, le roi : « Je veux Qu’on présente l’eau pure au Sabéen cortège. » Ceux qui lavaient les mains avant le front de neige Furent filles; et, fils, ceux qui n’usaient ainsi.
Au rapport de ces faits, Balkis dit : « Celui-ci Est vraiment un prophète. » — Elle se mit en marche.
Les djinns, les chaïtans apprêtèrent alors
Un palais dans lequel on entrait par une arche : Sous le sol de cristal nageaient des poissons tors; Pour contraindre la dame à retrousser sa robe; Car le roi devait voir ce que le pli dérobe,
Et que Balkis avait des jambes de chevreau.
— Ainsi fit Balkamah que déçut le carreau.
Salomon pourtant l’aime, et l’épouse; et lui cède Une garde de djinns qui l’escorte toujours, Revenue au Màreb. Mais son charme possède
Ce prince, et tous les mois, près d’elle il va trois jours.
Il meurt debout. Sa face, un an, reste si vive Que nul de ses sujets n’ose douter qu'il vive. Cependant le bâton qui le tient accoté S’émiette, et le roi tombe en poussière à côté,
Sept ans, sept mois après, Balkamah qu’on admire Meurt de même, et son corps est porté dans Palmyre.
En l’an quatre-vingt-six de l’hégyre, Mouça Découvrit son cercueil en pierre Jaune : « Çà, Disait l'inscription, dort Balkis couronnée, Femme de Salomon qui fut fils de David.
Son abjuration sous ce règne se vit
Dans la dernière nuit de sa vingtième année.
— C’est le dixième jour du mois de Moharrem Que Salomon la mit au front de son harem.
Le deux du mois Râbi, rentrée en la nature On l’inhuma de nuit sous les murs de Tadmour. Nul ne connaît l’endroit où dort sa sépulture. »
—Et, le cercueil ouvert, par miracle d'amour
En présence d’Abbas, rejeton du calife
EI Oualid, le fils d’Abd-el-Merik, devant Abou Mouça signant ce récit de sa griffe, Balkis leur apparut fraiche, et comme révant !
26 mars 1890.
SECTION DES CHAITANERIES
Au poète tchèque Jareslaw Vrcehlicky.
Les Gnômes sont connus, les strypes, les willis, Les dives, les péris, les larves, les empuses; Ephialtes et djinns, elfes aux bonds jolis
Et lémure et lamie, et nixe aux yeux de buses.
Imbloque, brucolaque, ondines, apsaras,
Walkyrie, autre encor, mais qu’est-ce que ces goules : Amloùûk, silâh, delhàth, issus des Saharas
Et que sur nous, déserts. à flots tu débagoules?
Amloûk, homme et siläh; silah, goule; alyân,
La créature mixte entre l’humain et l’ange,
Le Delhât nécrophile, aux rives ralliant
Les corps des naufragés qu'il ingurgile et mange.
Les Gog et les Mâgog, Chikk et Daülafäny, Mangeurs de scorpions, et serpents et vipères; Fils de la plante et de la bête, flot banni
Par Alexandre, et dont la Chine est le repaire.
Les Mazhab qui surtout harcèlent les sofis,
Les Khirrit, tourmenteurs des lentes caravanes,
Les Raddâr ou traitreux, qui portent des défis,
Les Nasnas,'moitiés d'homme, et brûleurs de cabanes,
Les Afrit, ravisseurs de femmes, tous enfants
Du fameux Djânn ben Djânn, roi des Préadamites; Prince de tous les djinns, fée ou dive vivants
Et qn'Iblis refoula dans leurs justes limites.
Les Ner ou les Nérès, les mâles des péris :
Eux affreusement laids, elles aux beautés mates; Eux effroyablement d’immondices nourris, Elles exquisement de parfums d’aromates,
Les Hâtef, farfadets aux voix que tu n’ouiïs,
Aux corps que tu ne vois; en tout vingt-quatre classes De géniens et de chaïtans inouïs
Que l’ange Gabriel délogea de leurs places :
« Assez troublé le monde! au prophète de Dieu Salomon de David, obéissez; c’est l’ordre
De l'Éternel; vous Lous, accourez de tout lieu
O chaïtans ! o djinns ! assez grouiller et mordre. »
Et voici que des vaux, des cavernes, des monts, Des cryptes, des forêts, des ambages, sortirent Des légions de djinns et chaïtans démons
Criant : « Salut à toi dont les cris nous attirent! »
Les anges devant eux chassèrent ces essaims
De monstres noirs et blancs, de tigrés et de pies; De jaunes et de verts, de roux, de tous dessins De tous originaux et de toutes copies.
Des têtes de lions sur des corps d’éléphants
Avec des yeux au bout des trompes et des queues ; Des cornes, des sabots à des formes d’enfants ;
Des assemblages fols sous des écailles Dites
Salomon s’étonnant de leur diversités :
« Mon Seigneur, fais-moi fort pour que je les Se — « Dieu, dit l’ange te rend les clefs de leurs cités
Et ton sceau t’ouvrira les portes de leur temple. »
Il les questionna sur leurs mœurs, leurs séjours, Leurs espèces, leurs rits, leurs lois et leurs pâtures : — « Les interversions de règne en nos amours, Enfants du même Djänn ont mêlé nos natures. »
Pour rompre leur attache incorrigible au mal Il les distribua par des catégories,
A tailler roc, fendre arbre, ou chasser animal Pêcher perles, métaux extraire et pierreries.
D’autres édifiaient citadelle et remparts,
Des oratoires et des chapelles bénies.
Coupes comme baquets, marmites pour cent parts, Auges à régaler des milliers de génies.
Un autre ordre fut mis au travail des moulins Un autre à boulanger, autre à cuire les bêtes. Tel au rayon des eaux, des trésors ou des lins, Ou dresser des chevaux les plus rétives têtes.
Les femelles tissaient les housses, Les tapis ; Filèrent le coton et la soie et la bourre.
Salomon corrigeait ainsi leur pente au pis
Et sa suite s’accrut de ce noir laisser-courre.
Iblis les régissait, le Seigneur des damnés,
Le Grand Diable, et ses cinq garcons hôtes du songe : Thabr, être des malheurs, chef des vols forcenés, Awar, roi des viols, Mabsout, être au mensonge.
Dâcem qui met la haine entre les deux époux; Zalamboûr le démon qui hante les boutiques ;
Et par qui les marchés sont troublés aux deux bouts Et d’où naït la dispute entre les domestiques.
Ainsi le roi des rois étaya ses grandeurs
Et chaïtans et djinns doublèrent son escorte, Les oiseaux l’abritaient et les vents maraudeurs, Transportaient son tapis et toute sa cohorte.
Et Salomon connut la reine de Saba
Et lui compta sa part de djinns et de djinnesses,
Qui, rentrée en l’Yémen, la suivait et nimba
son front de corps d'oiseaux sous des museaux d'ânesses.
EE toujours nous verrons ainsi le roi des rois S’entrefaisant l’amour à la reine des reines Sous un ciel concassé de douceurs et d’effrois Dans la danse au vol bas des larves souterraines.