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Deux anges chargés d’inspecter les tombeaux

LX VII

MOUSLIM

Les amis sont venus pour prêter assistance A cet accouchement :

La femme par ses soins, l’homme par la constance De son attachement.

L'enfant naît, et Le père à Dieu fait sa prière Pour le remercier.

L'enfant meurt : l’oraison ouvre une autre carrière Pour s’en extasier.

Le père rentre auprès des amis qui sourient Du doux ayènement.

Il n’a parlé de rien. Les musulmans qui prient N’ont d’autre événement.

La parturition à l'instant recommence Pour un second enfant;

Le père prie encor et le ciel ensemence Ses vœux, puis les défend.

Le père remercie, et qu’on donne et qu’on ôte. Pourtant il veut un fils,

Et chérit sa compagne, et retourne à son hôte Ignorant ces défis.

« Demain, dit celui-ci, fêtons l’aube meilleure Du noble enfantement. »

Et le père répond : « Demain fêtons le leurre D'un double enterrement. »

LX VIII

La femme avait deux fils d’une beauté pareille Qui se faisaient pendant.

Elle en parait sa vigne, elle en ornait sa treille, Dieu s’y prit cependant.

L'un des enfants mourut de l’étreinte d’une ombre, La mère s’effraya,

Criant: j'avais mon compte, et ma paire, et mon nombre Qu'on me dépareilla.

Le poète écrivit : « Ta part était trop belle, Le ciel en fut jaloux, Il a repris la sienne. » — Et la mère rebelle Ote à son front le deuil, et de son cœur, les clous.

« Ce faisant, la nature en toi s'était trompée, Notre double est là-haut.

Jamais qu’une moitié des pleurs d’en bas trempée

Ne doit être à la fois exposée au défaut.

Aux cieux, l’autre partie assurée et réflexe,

A sa sœur correspond, L’apaise et la soutient, et tremblante ou perplexe, A son anxiété s’assimile et répond;

Mais demeure en réserve et prête pour l’échange Si le vivant s’enfuit,

Pour que la mère, en proie au départ de son ange,

Voie encor s’étoiler une autre jure sa nuit.

Mais le destin distrait t’avait donne la paire, Il s’est refait sa part,

Sa part, la tienne, afin qu’au céleste repaire

Quelque chose te reste en cas de vrai départ.

Car le risque ici-bas des deux fils étant double, Rien ne te fût resté

Si le même malheur les eût pris. Que ton trouble

S’apaise. Un deuil trop long du ciel est détesté. »

Et la mère sourit à la moitié qui reste, La prière l’unit

À la moitié d’en haut, à ce double céleste, Et sa douleur finit.

Elle fait converser Les deux frères, de l’âme ; Dans l’azur dévoilé

Les palpitations des planètes de flamme

Lui semblent les clins d’yeux de son fils étoilé.

Elle est plus que chrétienne, et vraiment musulmane Elle chérit l'honneur

De ce retour en Dieu de ce qui d’elle émane, Adopté du Seigneur.

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