II SERA CB ET TNER ES
que, chaque soir, ils rapportent le bouquet des vi-
sions el des sensations du jour. La Voyageuse en
compose un étrange herbier : edelweiss de laine, ajoncs d’or, tulipes blasonnées et bariolées, chardons bleus, noirs iris, orchidées à formes d'aile ou de queule, anémones végétales ou vivantes, renoncules ou actinies, fleurs d'eaux, fleurs de mer ou de serre, mille fleurs sans nom que lie une longue alque marine. | Pour Caliban, le monde n’est qu'une vaste foire
où grouille une humanité laide, sale et ridicule. Le
vulgaire et le grotesque excitent son génie pervers.
Ilse plait aux jeux de massacre, aux chevaux de
bois, aux boutiques foraines. Il bat la caisse, joue du mirliton et fait (avec quelles ironies!) le boniment sur les tréleaux de quelque baraque à phénomènes, kabyle ou javanaise; et sa malice se daivertit à offenser les narines du Chef des Odeurs
Suaves par des relents suspects.
Ariel n'a compris de l'univers que la douceur,
la magnificence et les nobles mélancolies. Il n’écoute
que le chant ou la plainte de la mer, du vent, des cloches ou de la voix humaine. Il respire l’odeur salubre des plages, de la lande, des prairies, le parfum des jardins de jacinthes, la neige fraiche
qui sent la violette. Ses yeux sont pleins d'étoiles
et de réves, Des féeries orientales s'y reflètent. Ils