‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 21 sur 229 · URBS · texte numérisé non relu

URBS

L’apothéose du noirâtre

C’est bien cette étrange Amsterdam Où le voyageur peu folâtre

Se promène, non à son dam.

Toutes les maisons semblent faites Avec du papier demi-deuil;

Et, des caves jusques aux faîtes,

Sont noir et blanc, comme un cercueil.

Sur ce lugubre fond macabre S'épanouit maint tournesol Dont le rayonnement se cabre De flamber en si triste sol.

Toutes les maisons semblent closes Et vouloir sous leurs murs épais Emprisonner les rires roses

Qui troubleraient leur folle paix.

Jamais en-le blanc ne déferle Le noir un instant relâché Pour mélanger un gris de perle Moins solennel et moins fàché.

Les annonces blanches et noires Pleines de noms féconds en Renversent de leurs écritoires Maint mélancolique ci-git.

Et le galopin qui fait rage Aux abords de la station Vous offre son pot de cirage Pour prime salutation !

Alors devant ce charbonnage, Aux cours de ces décoctions, Je rémémore les Sions

Où se déroula mon jeune âge.

Je me prends à songer à nos Routes, ces blonds rubans de queue Près de ces chemins d’une lieue Cendrés de crasse de fourneaux!

Et je sens, parmi cette transe Un souvenir tendre et marri Remonter en moi, de la France Où tout est bêtement fleuri!

ae CAMAIEU

Bien que ces maisons soient en deuil, Je suis encor plus sombre qu’elles ; Et je porte en moi des séquelles

De catafalque et de cercueil.

Je me promène dans ces rues Lugubres comme un entonnoir; Et de ma silhouette en noir Leurs obscurités sont accrues.

A leur deuil mon deuil fait affront; Je fais tache sur leur fond terne.

Tel mon esprit, terne citerne, Ainsi fait tâche sur mon front.

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