‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 213 sur 229 · OUAILLES · texte numérisé non relu

OUAILLES

A M. Henri de Régnier.

Une illusion étrange

Ce soir me vint du vallon Où s’apâlit et se range Le funéraire salon :

Le salon des tombes blanches Et des moutonnants tombeaux Qui semblent les avalanches De mystérieux troupeaux.

Or, tout à coup, des verdures Un vrai troupeau de moutons Aux laines pures et dures D’en bas surgit à tàtons.

Alors je crois voir sans râles Vers moi, par un triste aimant Le troupeau des tombes pâles S’acheminer doucement.

Ne suis-je pas cimetière

De bien des illusions

Qui me doivent tout entière L'âme des mortes Sions.

Et des brebis encor pleines,

Et des tombeaux mieux remplis Se confusionnent laines

Et linceuls, toisons et plis.

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