‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 26 sur 229 · FILLE DE LA DOULEUR · texte numérisé non relu

FILLE DE LA DOULEUR

Langue que pour l'amour inventa le génie Qui nous vins d'Italie et qui lui vins des cieux.

MussEer.

Un flageolet épileptique Joue;

Un son fol sort de son attique Moue.

Un Chant du départ qui sautille, Flotte

Sur elle, et semble une gentille Glotte.

Départ pour quelque fantaisiste

Guerre, Dont la rancune plus n’existe Guère.

Et son air qu’une mouche frole Bouge

Comme un dindon sur une tôle Rouge.

ŒILLET D'INDE A M. John Sargent.

Au son d'instruments en forme de seins Dont un fol Indien caresse la pointe, L’apsara bizarre.et de baumes ointe Danse nonchalante en jupe à dessins.

Sur ses cheveux bleus s’érige une mitre Faite de dragons aux ailes d’argent,

Et sa gorge blonde exulte, émergeant D'un corps pailleté qu'on croit une élytre,

Sa face très brune, et cependant pâle

Ressemble à la lune étrange d’un soir Brumeux, qu’entortille un nuage noir, Et qui luit dessous ainsi qu’une opale.

Ses sourcils sont teints d’une ligne mincé; Ses yeux alanguis de touches de kohl;

La verroterie éclate à son col,

Et l’or à son pied qu'un bracelet pince.

Ses bras et ses doigts sont chargés d’anneaux ; Sa robe est un pan diapré d'Indienne,

Où mille rinceaux d’une étoffe ancienne Tracent sur ses flancs fleuris, des panneaux.

Telle-elle paraît une antique idole Que la mélodie aux voix de métal Fait très lentement de son piédestal Descendre et danser une danse molle.

Elle danse ainsi, superbe et nacrée

Sous le cliquetis d'éclatants joyaux,

Et son rythme emprunte aux habits royaux Une majesté de chose sacrée.

Elle danse ainsi comme dans un rêve, Lente, nonchalante, et droite, et debout; Et ses doigts crispés retiennent le bout D'une écharpe blonde agité sans trève.

Elle danse au son d’une grêle harpe.

Les reptiles bruns qui sont ses deux bras Tordent leurs anneaux langoureux et gras Autour des anneaux fleuris de lécharpe.

D’elle émane un charme artificiel;

Elle est la laideur rare qui sait plaire Elle est toute sombre, et sa mitre claire; Laisse entre ses trous voir l’azur du ciel.

D'abord en un rite empli de mystère Elle fait comme une incantation;

Et pour infuser une passion.

Demande un effluve au cœur de la terre.

Elle s’en imprègne, elle s’en pénètre

S'en tisse un magique et flou vêtement, Habit de Nessus, tunique d’amant,

Dont en songe au loin, elle envoulte un être.

Elle trie alors d’un geste qui file

La malignité du sourd élément

Et pour le succès de l’enchantement Se met à ramper, féline et servile.

Elle se balance, assouplie et fourbe

Et tort son écharpe à son doigt crispé; Et l’orbe vivant de son corps jaspé

Se noue et se rompt, s'érige et se courbe.

Elle magnétise, émeut et fascine ;

Elle appelle à soi les charmes subtils; Et comme une fleur aux sombres pistils, Sa mitre sur ses cheveux se dessine.

Parfois elle tourne, et les riches pans

De ses ornements de nuance tendre

Flottent autour d’elle, et font comme entendre Sur son sein siffler un nœud de serpents.

Les harmonicas qui luttent entr’eux, Ornés de pompons et de mèches floches, Unissent au timbre argentin des eloches Des accords ligneux et des chocs vitreux.

Parfois un frisson parcourt le clavier...

Parfois une erreur adorable y flotte; Parfois 1l sourit, — parfois il sanglotte, D'un ton qui paraît sans fin dévier.

Sur ce fond d'orchestre expirant et maigre Où jamais ne fuit plus qu’une rumeur, Parfois l’apsara jette une clameur Sauvage, féroce, âcre, aiguë, âpre, aigre.

Un cri furieux dont elle encourage

La besogne sainte où son vœu s’est mis:

Sur le calme plat des chants endormis.

Un cri furieux qui triomphe et rage...

Elle danse ainsi comme danse une âme, Fugace et funeste; et paraît leurrer

Un baiser lointain qui veut l’effleurer… Elle se refuse. et s’offre, et se pâme.

Elle est mélodique, elle est mélomane.

Elle est animale, anomale, et sort

De ses vêtements le philtre de mort Qui comme un arome adorable émane.

Elle est inouïe, elle est ineffable ;

De sa chair s’exhale une folle odeur; Elle est la rouerie, elle est la candeur Et semble exister comme en une fable.

Elle est élégante, elle est élastique

Elle est roide et droite, elle est souple, elle est L’incarnation d’un double ballet

Qui serait profane et serait mystique.

En elle se meut là magie indoue; Elle est un feuillet volant de Véda C’est la Galathée humble de Buddha Au front qu'un verset oublié tatoue.

Pourtant peu à peu l’apsara se hausse, L'orchestre anhélant enfin s’alentit, S’assoupit, s'endort, petit à petit...

Et meurt d’une note exquisement fausse.

Sur des canapés aux reliefs dorés,

Des seins modelés en bronze vert chantent.

Les sons modulés et clairs qui les hantent Se répandent hors en laits adorés.

Ce sont des accords, des incohérences Se mélant au bruit des claviers de bois; Exclamations de bizarres voix

Qui sont des espoirs et des récurrences.

On croit voir la gorge aux multiples pis, Des divinités fécondes symbole,

Sur laquelle flotte et plane, et s'envole Un air incertain hésitant et pis.

MOLEN. ï

Un chœur faux, charmant, agaçantes notes Qui semblent nicher sur les seins élus De quelque Diane aux flancs mamelus Un discord essaim de folles linottes...

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