MENSA
La table d'hôte roide, en sa double rangée
Présente une surface uniforme, frangée
D’Anglais bien élevés, de Francais peu corrects
Qui parlent des Dordrechts, des Haëchts, des Utrechts En happant sans dégoût des brouets incolores.
Des presbytériens, de voyageuses Flores
Qui traînentdes amants qu’on prendrait pour leursfils. Puis de menus bonnets aux crêpes de défis
Sur les honnêtes fronts de veuves Irlandaises, Dont les deuils noir et blanc sontdesombres fadaises.…. Un poitrail où se meut un éventail d’arçon;
Une tête où fleurit un caloquet infâme;
Une fille aux cheveux ras, ainsi qu’un garçon;
Un jeune homme aux bandeaux comme ceux d’une femme,
PROMESSA SPOSA.
La folle miss anglaise Qui croit avoir vingt ans, Au teint de terre glaise, Aux formidables dents;
Qui n’a pas fait de faute, Et dans ses rêves beaux Parcourt les tables d’hôte, Fuit sur les paquebots,
Attendant sous la brise Qui tourmente son plaid, Toujours quelque surprise Qu’arrête son front blet;
Qui depuis mainte année, Au pourchas d’un mari Se promène, fanée,
Avant d’avoir fleuri.
Offrant la lame mince D'un visage sans chair, Et sa taille que pince Un bizarre spencer,
Et sa tête couverte D'un gâteau de satin.
Dort la fenêtre ouverte, Pour être le matin
Par la prime rosée
Au vivifiant pleur,
Dans sa couche baisée Comme une vieille fleur.
Avec, sur son étique Allure d’échalas,
Un habit esthétique Aux bizarres galas
Où le crevé gothique Ajoute son écot
À la coupe éclectique D'une manche à gigot;
Avec sur son épaule
Au rigide maintien, Comme un chapiteau drôle Où le Corinthien
Se mélange au Dorique Croisé d’'Ionien.….
Elle va d'Amérique
Au bord ausonien ;
Et d’un geste qui semble Eftilé dans Shefield,
Son doigté qui va l’amble Découpe un air de Field.