AXE V
Je vis retiré dedans Haarlem,
Aux rêves d'hier je fais la lippe;
Mon jeu tourne un bien plus beau chelem, D’oignons fabuleux j'ai mon harem,
Je suis un bourgeois fol de tulipe.
Mes carreaux, de fleurs sont pavoisés; Je ne veux plus rien ouir des êtres, Car de gentils daims apprivoisés Viennent folätrer sous mes fenêtres.
J'habite un beau parc planté de hêtres.
Si l’on veut juger de mon séjour, L'astérisque en fleurs rares l'indique; Je ne suis plus moi, durant un jour, Je ne sais plus rien d’aucun amour, Je me désavoue et je m’abdique.
Et loin des effrois et des courroux, Et loin des clartés trop aveuglantes, Et loin des senteurs trop violentes, J'entends roucouler les pigeons roux, J'écoute couler les heures lentes...
J'ai trouvé le coin déliciéux
Où de ma fortune était l’attente;
Le coin composé d’ombre et de cieux Dont le frais mirage à jamais tente.
Le coin composé d'ombre et de cieux, D'où l’âme légère au loin s’élance… J'ai trouvé le coin délicieux
Plein de songerie et de silence.
Où le cœur, sans bruit, vient égoutter Sa dernière plaie — exquise trêve !.… Où l'esprit, un jour, vient s’écouter, Et goûter enfin la paix du rêve.
J’ai trouvé le fond mystique et fin Qui convient si fort à mes pensées; Mes recherches sont récompensées Par ce rendez-vous plus que divin.
Avec la langueur des arbrés sombres
Qui, sur le sentier, bougent des ombres.
Avec la splendeur des astres clairs
Qui clignent aux cieux leurs doux éclairs !